Sainte Raphaëlle-Marie du Sacré-Cœur (1850-1925) – 1/2

25 mars 1865 : Dans une église de Cordoue, en Espagne, Raphaëlle, 15 ans, prie avec ferveur. Dans une prière discrète et silencieuse, elle vient de se donner entièrement à Dieu. Une joie profonde inonde son cœur. Dernière enfant d’une famille de petits seigneurs, sa vie tranche de plus en plus sur celle de ses six frères et sœur, jeunes gens exubérants et soucieux de prendre leur place dans la bonne société…

Trois ans plus tard, Raphaëlle est seule dans la chambre de sa maman lorsque celle-ci meurt au terme d’une maladie. Son immense tristesse s’accompagne d’une forte expérience spirituelle. Elle comprend que la vie n’a qu’un but : la sainteté, et que tout le reste n’est qu’éphémère : «La mort de ma mère, à qui j’ai fermé les yeux, a ouvert les yeux de mon âme ». Elle prend alors la ferme décision de faire de la sainteté la priorité de sa vie.

soeur-raphaele%c2%a81220161Il n’est pas facile, pour Raphaëlle, de tenir dans ses bonnes résolutions : Tout, dans la belle et grande demeure familiale, ne cesse de la tirer vers une vie facile et dorée. De plus, depuis qu’elle a entraîné dans son sillage sa sœur Dolores, de 4 ans son aînée, la guerre est ouverte avec le reste de la famille, exaspéré par la vie de prière et de charité qu’entendent désormais mener les deux sœurs. Les disputes se succèdent, jusqu’au jour où la famille sidérée doit se rendre à l’évidence : les deux sœurs ont quitté, en secret et définitivement, la maison familiale !

Elles entrent alors dans une communauté récemment implantée à Cordoue par des religieuses françaises. Raphaëlle y prend le nom de Sœur Marie du Sacré-Cœur, Dolores, celui de Sœur Marie-Pilar. La communauté suivant la Règle de Saint Ignace, sœur Marie du Sacré-Cœur se rapproche tout naturellement de ce grand saint, qui deviendra pour elle un véritable ami et guide spirituel. «Il est le père de mon âme » dira-t-elle souvent avec gratitude. Aussi, lorsque l’évêque, après avoir renvoyé les religieuses françaises, entend réorganiser la communauté et modifier radicalement la règle, sa réaction est vigoureuse… et la conduit, une nouvelle fois, à quitter les lieux !

Toutes les sœurs, 14 en tout, choisissent de suivre Mère Marie du Sacré-Cœur. Percevant en elle un guide sûr pour les conduire à Dieu, elles ne désirent qu’une chose : être formées à son école. Dieu ne voudrait-il pas, par elle, bâtir une nouvelle famille religieuse ?

Mère Marie du Sacré-Cœur ne se dérobe pas à ce qui, pourtant, ne correspond pas à son tempérament plutôt effacé. Aidée de Mère Marie-Pilar, à la personnalité si riche, elle précise le charisme de l’œuvre naissante : «Pour répondre à l’amour immense de Jésus-Christ, nous  vouerons notre vie à l’adorer dans l’Eucharistie et à travailler pour que tous les hommes le connaissent  et l’adorent.» et encourage ses filles : « Maintenant que nous en sommes encore aux fondations, creusons- les bien pour que les vents qui viendront après ne démolissent pas l’édifice. Que nous soyons toutes bien unies pour que le diable ne trouve aucune fente où mettre la discorde ».

En 1887, le nouvel institut compte une centaine de sœurs et est reconnu par Rome sous le nom d’Ancelles du Cœur de Jésus. Il faut alors élire une Mère générale et des  Assistantes. Mère Marie du Sacré Cœur appréhende cette élection dont l’issue n’est un secret pour personne. Pénétrante, elle décèle chez sa sœur, douée de talents multiples, un orgueil caché acceptant de moins en moins l’autorité de sa cadette, dont elle occulte le rôle primordial qu’elle a eu pour la fondation. Mère Marie du Sacré Cœur ne peut que craindre pour l’unité de l’œuvre naissante…

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