Sainte Raphaëlle Marie du Sacré-Cœur (1850-1925) – 2/2

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« Quand nous n’y pensons pas, nous coïncidons sur plusieurs points, mais si elle sait que je dis blanc, elle dira noir et elle croira que c’est noir et jugera tout à fait impossible de changer d’avis  » constate tristement Mère Marie du Sacré-Cœur à propos de sa sœur et première assistante, Mère Marie Pilar. Celle-ci, personnalité riche et autoritaire, accepte en effet de moins en moins l’autorité de sa cadette, dont elle a été jusqu’à présent le fidèle soutien pour la fondation des «Ancelles du Cœur de Jésus». Sa certitude orgueilleuse d’être plus à même qu’elle pour diriger la communauté la rend une proie facile pour le démon diviseur dont elle devient le redoutable instrument. Il suffit que Mère Marie du Sacré-Cœur prenne une décision ou propose une orientation pour qu’elle se heurte aussitôt aux innombrables et éloquentes objections de sa première assistante. Ceci ébranle peu à peu la confiance des autres sœurs du Conseil qui, tout en considérant leur Mère générale « bonne et profondément spirituelle », en viennent à douter  de son aptitude à diriger la communauté.

En 1893, suite à une campagne de désinformation où la vérité et la charité les plus élémentaires n’ont pas été conviées, Mère Marie du Sacré-Cœur est déposée par l’autorité ecclésiastique et Mère Marie-Pilar élue Mère Générale. « Dieu me demande la pratique de solides vertus et pour cela me place dans des conditions de les pratiquer » remarque doucement Mère Marie du Sacré-Cœur, meurtrie par tant de mauvaise foi.

Elle est alors envoyée à Rome, où sa présence embarrasse la supérieure et les sœurs de la maison. Par déférence, on n’ose lui demander de participer au travail ménager. Quant à lui confier une activité apostolique, il n’en est évidemment pas question tellement tous aspirent à ce qu’elle soit oubliée au plus vite ! Mère Marie du Sacré-Cœur souffre de cette mise à l’écart entourée de tant de  méfiance. Pour parer à l’oisiveté, elle cherche le plus possible à aider. Les sœurs savent maintenant à qui demander leurs « petits services de rien du tout » qui, accumulés, arriveront à occuper les 32 dernières années de sa vie !

Elle s’accroche aussi à ce que lui a fait comprendre Jésus au fond de son âme : « Ton travail d’aujourd’hui est de la plus grande valeur et il rapportera bien plus de fruit que celui d’autrefois à la congrégation. » Telles les fondations d’une construction, elle doit être une « une pierre résistante, certes, mais aussi brisée, bien enfouie et toujours prête à se laisser tasser davantage ». Ainsi soutenue, la congrégation des Ancelles va accueillir en ces années de nombreuses et ferventes vocations, et accomplir une belle mission au service de l’Eglise. Mais ceci, sans que personne ne fasse le lien entre le bel édifice qui s’élève et la pierre de fondation qui, à Rome, se tasse et s’enfonce davantage dans l’oubli, à mesure que le poids qu’elle soutient se fait plus lourd…

En 1903, Mère Marie du Sacré Cœur obtient, lors d’un contexte encore bien difficile pour la Congrégation, la conversion profonde de sa sœur qui, à son exemple, saura se sacrifier pour l’unité.

Le 6 janvier 1925, après 32 ans de vie cachée, Mère Marie du Sacré Cœur meurt comme elle a vécu, discrètement et ardemment, toute tendue vers la céleste rencontre à laquelle elle se prépare depuis si longtemps. 27 ans plus tard,  elle est sur les autels et ceux qui le veulent peuvent encore aujourd’hui prier devant son corps miraculeusement conservé.