Benoît XVI : un pontificat de lumière ! Numéro spécial 90 ans !


Pour les 90 ans de Benoît XVI, ce 16 avril 2017, jour de Pâques, nous publions à nouveau ce numéro spécial sur son pontificat, réalisé en mars 2013 (version PDF téléchargeable ici). Dans la lumière de la Résurrection, nous rendons grâce, aujourd’hui encore, pour ce pontificat de lumière. Ces pages veulent être un hommage et une expression de profonde reconnaissance au Pape émérite Benoît XVI, en même temps qu’un encouragement à mieux connaître et approfondir le lumineux enseignement qu’il laisse à l’Église, et qui ne perd rien de sa valeur ni de son actualité.

 

 

SOMMAIRE

1. Introduction

2. Joseph Ratzinger

3. Du 2 au 19 avril 2005

4. Les grands textes

5. Les voyages

6. Les jeunes

7. La liturgie

8. La Vierge Marie et les Prêtres

9. L’œcuménisme et le dialogue interreligieux

10. Foi et raison

11. Benoît XVI et le concile Vatican II

12. Les grands événements

13. Photos

14. Merci

1. INTRODUCTION

Un pontificat de lumière

La lumière est un thème que Benoît XVI, en coopérateur de la vérité, a affectionné dans ses homélies et ses enseignements. Lumière qu’il a voulu ramener dans ce monde obscur, qui souffre de l’éclipse de Dieu. Le psaume 111 décrit le juste comme une « lumière pour les cœurs droits, qui se lève dans les ténèbres. » Comme Jean-Baptiste, Benoît XVI n’était pas la lumière, mais il était là pour lui rendre témoignage. En ce témoin de la lumière, se sont fondus, en une bouleversante unité, courage et humilité, amour et vérité, douceur et fermeté, intelligence et simplicité.

Dans l’une de ses dernières homélies, pour l’épiphanie, Benoît XVI disait : « Les saints sont les vraies constellations de Dieu, qui éclairent les nuits de ce monde et nous guident. » Voilà ce qu’a été et restera pour nous Benoît XVI : une constellation qui nous a guidés dans la nuit de ce monde.

Cette constellation ne s’éteint pas. Le Cardinal Sodano l’a assuré : « Les étoiles du ciel continuent toujours à briller et ainsi brillera toujours au milieu de nous l’étoile de votre pontificat. » Et le surlendemain, le Cardinal Bertone ajoutait : « Votre Magistère a été une fenêtre ouverte sur l’Église et sur le monde, une fenêtre qui a laissé filtrer les rayons de la vérité et de l’amour de Dieu… »

Oui, Benoît XVI a laissé transparaître Jésus, la lumière du monde, devant laquelle il s’est effacé, mais dont il a rendu visible l’éclat. Maintenant il se retire. Il ne nous abandonne pas. Il va se rapprocher de cette lumière. Celui qui se rapproche de Dieu ne s’éloigne pas des hommes, nous a-t-il souvent répété. Il nous l’a promis  : « Moi, retiré, dans la prière, je serai toujours avec vous, et ensemble nous irons de l’avant avec le Seigneur. »

Merci, Très Saint Père, pour ce pontificat de lumière !

Benoît XVI et les média… 

Une histoire difficile ? Le Cardinal Angelo Scola s’était fait le porte parole des catholiques en disant aux média à la fin de la rencontre avec les familles à Milan en juin 2012 :

« Vous devez vous résigner à une donnée de fait : l’opinion médiatique n’est pas l’opinion publique. Il y a une différence entre ce que vous dites et ce que les gens pensent, sentent, et vivent… Les gens aiment le Pape, et en particulier, les milanais ont démontré qu’ils aimaient Benoît XVI pour la puissance illuminante de son extraordinaire humilité, unie à une intelligence de la foi et de l’humain vraiment supérieure. Chez les êtres humains, ces deux choses ne vont pas toujours ensemble… »

2. Joseph Ratzinger : « Fidèle serviteur et parfait ami » de Dieu

C’est dans une famille unie, très chrétienne que naît Joseph le 16 avril 1927 à Marktl, près d’Altötting à 4h15 et est baptisé à 8h avec l’eau bénite pour Pâques. « Être le premier baptisé avec l’eau nouvelle fut considéré comme un signe du Ciel. »

Son enfance se déroule au rythme des fêtes et processions de cette Bavière profonde dans le décor de ses églises et chapelles baroques. Joseph a 5 ans, quand Hitler et le national-socialisme inspirent déjà aux catholiques et à la famille Ratzinger un profond rejet : « Mon père souffrait de devoir servir une autorité publique qu’il considérait comme assassine… »

Il entre au petit séminaire en 1939. Avec l’adoption de la loi sur la Jeunesse Hitlérienne en 1936, tous les jeunes de 14 ans doivent y entrer. Le séminaire y inscrit tous les garçons de cet âge (sous peine de fermeture). Joseph le fut 2 ans plus tard. Mais il refuse de participer aux réunions.

Ordonné prêtre le 29 juin 1951, il obtient une maîtrise en théologie avec une thèse sur Saint Augustin.

Après ce doctorat, il devient professeur de dogmatique à l’école de philosophie de Freising. En 1957, il est habilité au professorat avec un mémoire sur Saint Bonaventure. En 1959, il devient professeur de théologie fondamentale à l’université de Bonn. C’est alors que le Cardinal Frings, archevêque de Cologne, le remarque et lui demande de l’accompagner à Rome, comme son conseiller théologique pour participer au Concile Vatican II. Ce fut l’occasion pour Joseph Ratzinger de rencontres  avec de Lubac, Daniélou., Congar…

Puis il est nommé professeur à Tübingen. Le témoignage de Mgr Lalanne, élève de celui qui deviendra Benoît XVI, est éclairant : « J’ai d’abord connu l’abbé Ratzinger. Il était professeur de théologie à Tübingen… A ses cours, les amphis étaient pleins, certains étaient même assis par terre ! Cet homme a une aura incroyable. Il fait partie de ceux qu’il suffit d’écouter pour avoir le sentiment d’être intelligent. Il a l’art de présenter la Foi et fait preuve d’une grande rigueur. Je me souviens qu’il portait une grande attention à chacun de ses étudiants. Il se mettait à notre niveau et était attentif à  nos questions. Il a une immense culture biblique, connaît des langues tel l’hébreu, le latin, l’araméen, et est véritablement habité par la Parole de Dieu. Les personnes qui ont eu l’occasion de le rencontrer, même éloignées de la Foi, ont toujours été marquées par son intelligence. »

En 1977, il est nommé Archevêque de Munich et Freising par Paul VI.

Peu après son élection en 1978, Jean-Paul II lui dit : « Il faut que nous vous ayons à Rome. » Il lui répondit que c’était impossible. Lorsque la Congrégation pour la Doctrine de la Foi devint vacante, Jean-Paul II reposa la question et il répondit qu’il ne « pouvait résister une seconde fois. » De novembre 1981 jusqu’en 2005, il a travaillé fidèlement et humblement au service de Jean-Paul II et de l’Église universelle.

Au cours de sa carrière variée, Joseph Ratzinger a été considéré par certains  trop pur et trop dur sur le plan doctrinal, trop conservateur… Et pourtant, tout le travail accompli suffit à lui seul à montrer l’inconsistance de ces affirmations. Il a toujours suivi comme ligne de programme sa devise épiscopale « cooperatores veritatis ».

Prêt à répondre à l’appel à collaborer avec le Christ, Vérité éternelle et incarnée, il a employé toutes ses énergies et son talent pour en approfondir, en éclairer et en diffuser le message de vérité, dont la révélation rend pleinement libre et capable d’aimer véritablement.

3. De Jean-Paul II à Benoît XVI

Les jours du 2 au 19 avril 2005 ont préparé une succession dans la continuité entre ces deux grands pontificats.

Début avril 2005, de nombreuses personnes se sont rassemblées à Rome autour de notre bien-aimé Pape Jean-Paul II, mort le 2 avril, alors que nous célébrions la fête de la Divine Miséricorde.

La veille, le Cardinal Ratzinger avait eu un dernier échange avec Jean-Paul II, alors que celui-ci vivait ses dernières heures.

Deux jours après le décès de Jean-Paul II a eu lieu la translation de sa dépouille mortelle du Palais apostolique à la basilique Saint Pierre, en chantant des psaumes, la litanie des Saints… Le Cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la congrégation pour la doctrine de la foi, était présent, parmi les autres Cardinaux.

8 avril : les obsèques

Le vendredi 8 avril 2005, en tant que Doyen du Collège Cardinalice, le Cardinal Ratzinger présida la messe d’obsèques de Jean-Paul II sur la place Saint Pierre. Son homélie a exprimé d’une manière vibrante et émue sa grande fidélité au Pape : « De la fenêtre de la Maison du Père, le Saint Père Jean-Paul II nous voit et nous bénit. » a dit le Cardinal Ratzinger. À la fin de la messe, le Cardinal ému laissa en un moment émouvant la foule réclamer la glorification de Jean-Paul II: « Santo subito ! »

Huit ans après cette homélie, faisons le parallèle entre Jean-Paul II et Benoît XVI : après sa renonciation au siège de Pierre, Benoît XVI va prier et offrir pour l’Église et le monde sur la colline du Vatican comme Jean-Paul II qui s’est offert à Dieu pour l’Église, jusqu’au bout, malgré la maladie et la souffrance des dernières années. Benoît XVI reste également tout donné à l’Église, cependant il entre dans une nouvelle étape de sa vie : prière et offrande. « Je n’abandonne pas l’Église, nous a-t-il dit. »

Le Corps diplomatique est venu le 13 avril présenter ses condoléances aux Cardinaux. Le Cardinal Joseph Ratzinger les a vivement remerciés au nom de tous les Cardinaux. « À notre tristesse s’ajoutent donc une ardente action de grâce envers Dieu qui nous a donné un si grand pasteur et un profond merci au Pape Jean-Paul II pour son action et son enseignement. »

18 avril : début du conclave

« Nous prions avec insistance le Seigneur, afin qu’il nous donne à nouveau un pasteur selon son cœur… »

Avant l’ouverture du Conclave le 18 avril, la Messe « pro eligendo Romano Pontifice » a été présidée elle aussi par le Cardinal Ratzinger, en présence de tous les Cardinaux électeurs, en la basilique Saint Pierre. « Nous prions avec insistance le Seigneur afin qu’après le grand don du Pape Jean-Paul II, Il nous donne à nouveau un pasteur selon son cœur, un pasteur qui nous guide à la connaissance du Christ, à son amour, à la joie véritable. » Il a rappelé la mission des ministres du Christ : annoncer aux fidèles, par leurs paroles et leur vie et par les sacrements, la miséricorde de Dieu ; imiter le Christ qui a pris sur Lui tous les péchés des hommes.

Il a invité tous les fidèles à acquérir une foi adulte, enracinée dans le Christ : « Plus nous aimons Jésus, plus nous le connaissons, plus grandit notre liberté véritable. » Le doyen du Sacré Collège avait aussi mis en garde : « L’on est en train de mettre sur pied une dictature du relativisme qui ne reconnaît rien comme définitif et qui donne comme mesure ultime uniquement son propre ego et ses désirs. » Enfin, il nous a encouragés à porter à tous le don de la Foi. Ne retrouvons-nous pas les paroles de Benoît XVI exprimées de différentes manières pendant son Pontificat ?

19 avril : Benoît XVI !

Après 4 scrutins, le Cardinal Ratzinger est élu Pape, il est le 265ème successeur de Pierre ! Tous les visages se tournent vers la Loggia, attendant l’apparition du nouveau Pape, qui a pris le nom de Benoît XVI.

Ses premières paroles à l’Église universelle ont été : « Chers Frères et Sœurs, après le Grand Pape Jean-Paul II, les Cardinaux m’ont élu, moi, un simple et humble ouvrier dans la Vigne du Seigneur. C’est pour moi un réconfort de savoir que le Seigneur sait œuvrer et agir également à travers des instruments inadéquats. Et surtout, je me remets à vos prières. Dans la joie du Seigneur Ressuscité, confiants dans son aide constante, allons de l’avant. Le Seigneur nous aidera. Marie, sa Très Sainte Mère est à nos côtés. Merci ! ». Ce bref message reflète sa profonde humilité et sa foi en Jésus, qui dirige son Église, dont il n’est que le représentant sur la terre. Puis il a donné la bénédiction « Urbi et Orbi ».

Huit ans plus tard, lors de la messe du Mercredi des Cendres, au surlendemain de l’annonce par Benoît XVI de sa renonciation au siège pétrinien, le Cardinal Bertone rendra hommage à cette humilité qui caractérise si bien notre Pape : « Nous avons tous compris que c’est justement l’amour profond que Votre Sainteté voue à Dieu et à l’Église qui vous a porté à cet acte, révélant cette pureté d’âme, cette foi solide et exigeante, cette force de l’humilité et de la douceur, associés à un grand courage, qui ont distingué chaque pas de votre vie et de votre ministère. »

Le nom de Benoît – le blason

Pourquoi a-t-il choisi le nom de Benoît ? D’une part, ce prénom rappelle le grand saint européen, fondateur du monachisme occidental, qui a permis une communion entre tous les pays européens. D’autre part, Benoît XV, Pape de 1914 à 1922, a connu la guerre et les déchirures entre les pays européens : ce Pape fut alors une référence au milieu de tous ces bouleversements, il fut le Pape de la Paix et de la réconciliation.

Pour son blason, le Pape a choisi des symboles très significatifs :

– la coquille d’or, référence à saint Augustin et à la recherche théologique qui, tout en l’approfondissant, doit rester humble devant le mystère

– la tête du Maure, qui exprime l’universalité de l’Église, sans acception de personne, de race, ni de classe

– l’ours : au cours d’un voyage à Rome, un ours dévora le cheval de Corbinien, évêque fondateur de Freising. Corbinien le réprimanda sévèrement pour son méfait et, pour le punir, lui mit sur le dos le chargement que le cheval avait porté jusque-là. L’ours dut donc traîner le fardeau jusqu’à Rome. Joseph Ratzinger, alors évêque, y voit une image de lui-même…

Remercier Dieu…

Pour commencer le nouveau Pontificat, le 24 avril 2005, fut célébrée la Messe d’inauguration du pontificat de Benoît XVI sur la place Saint Pierre. Dans son homélie, le Pape affirme qu’il n’est pas seul : « l’Église est vivante et jeune, elle porte en elle l’avenir du monde ». Après ces huit ans de Pontificat, Benoît XVI en est toujours convaincu, sa dernière audience générale du 27 février dernier en témoigne : « Je sens dans mon cœur le devoir de remercier surtout Dieu, qui guide et fait grandir l’Église, qui sème sa Parole et ainsi alimente la foi de son Peuple. »

4. Les grands textes – Benoît XVI : la joie de croire !

« Je voudrais que chacun éprouve la joie d’être chrétien, d’être aimé de Dieu qui a donné son Fils pour nous. » Ce dernier tweet de Benoît XVI peut résumer son œuvre, par laquelle il a cherché ce qui seul comptait pour lui : conduire Dieu aux hommes et les hommes à Dieu.

Jésus de Nazareth

Benoît XVI, en tant que Pape, a continué à exercer ses grands talents d’écrivain pour nous préciser sa pensée dans bien des domaines et tout d’abord, celui qui lui tenait tant à cœur : nous redonner le vrai  visage de Jésus « vrai Dieu et vrai Homme », qui nous avait été confisqué par une exégèse trop exclusivement historico-critique remettant en cause l’historicité des évangiles.

Par son livre en trois tomes « Jésus de Nazareth », il nous laisse un véritable chef d’œuvre. Dans son introduction, il précise : « j’ai voulu tenter de représenter le Jésus des évangiles, comme un Jésus réel, comme un  «  Jésus historique » au sens propre du terme. Je suis convaincu que cette figure est beaucoup plus logique et historiquement parlante, beaucoup plus compréhensible que les constructions auxquelles nous avons été confrontés au cours des dernières décennies » (…) Ce livre est l’expression de ma quête personnelle de la face du seigneur (…) résultat d’une longue approche intérieure. »

Cette œuvre aura une influence à long terme pour le renouveau de l’exégèse.

Benoît XVI catéchiste 

Le Cardinal Ratzinger avait bien sûr grandement participé en tant que Préfet de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, à l’élaboration du Catéchisme de l’Église Catholique. Puis il fut nommé par Jean-Paul II responsable de la commission chargée d’en composer le compendium (abrégé), en questions et réponses. Coup de la Providence : c’est lui-même qui le promulguera, peu après son élection comme Pape. Enfin, c’est Benoît XVI qui donnera aux jeunes (même s’il ne l’a pas rédigé personnellement) le Youcat, dont il a écrit l’enthousiasmante préface, disant qu’ « on peut croire de façon raisonnable », et exhortant les jeunes : « Vous devez connaître ce que vous croyez ! »

Les exhortations apostoliques

– Sacramentum Caritatis (2007) : faisant suite à l’année de l’Eucharistie, cette exhortation est centrée sur le mystère eucharistique, sacrement de l’amour, mystère à croire, à célébrer, à vivre. Benoît XVI rappelle que l’Eucharistie est « le résumé et la somme de notre foi. »

– Verbum Domini (2010) : dans cette exhortation sur la Parole de Dieu, Benoît XVI reconnaît l’importance de la méthode historico-critique, car Dieu est intervenu dans l’histoire. Il rappelle aussi que le lieu de la juste interprétation de la Parole de Dieu est la foi de l’Église. Cette interprétation doit passer dans la vie des croyants. Benoît XVI a rappelé aussi la dimension missionnaire de cette Parole qui nous envoie au monde pour lui porter la joie de Dieu.

Les encycliques

Son exceptionnelle intelligence, sa capacité de travail hors normes, son union intense et confiante au Seigneur, a produit des textes lumineux dont ses trois encycliques retentissantes :

Deus caritas est (2005) : après une analyse audacieuse sur « le terme « amour » devenu un des mots les plus utilisés et des plus galvaudés », il expose ce qu’est le véritable amour : à la fois  agapè (bienveillance et don) et l’amour éros (amour passionné de Dieu pour sa créature). L’homme est à son tour appelé, moyennant une purification, à cet amour divin, qui recherche le bien de l’être aimé en étant prêt à tous les sacrifices : « oui, l’amour est extase, non pas dans le sens d’un moment d’ivresse mais comme exode permanent allant du je enfermé sur lui-même vers sa libération vers le don de soi. »

Spe Salvi (2007) : dans un monde portant au découragement, et à la tristesse, Benoît XVI nous a exhortés avec force à garder l’espérance. Traversant bien des  tempêtes, il nous a montré l’exemple et livré son secret dans cette magnifique encyclique dont voici un extrait : « Dans l’espérance nous avons été sauvés. Selon la foi chrétienne, la rédemption, le salut n’est pas un simple donné de fait. La rédemption nous est offerte en ce sens que nous a été donnée l’espérance, une espérance fiable, en vertu de laquelle nous pouvons affronter notre présent ; le présent, même un présent pénible, peut être vécu et accepté s’il conduit vers un terme et si nous pouvons être sûrs de ce terme, si ce terme est si grand qu’il peut justifier les efforts du chemin. »

Caritas in Veritate (2009) : par cette encyclique, Benoît XVI rappelle que notre vocation est d’aimer nos frères mais « d’un amour compris et pratiqué à la lumière de la vérité. » En effet, sans vérité, l’amour bascule dans le sentimentalisme, il est la proie des émotions et des opinions subjectives. Il ajoute que « chacun trouve son bien en adhérant, pour le réaliser pleinement, au projet que Dieu a sur lui : en effet, il trouve dans ce projet sa propre vérité et c’est en adhérant à cette vérité qu’il devient libre».

Et encore : « Défendre la vérité, la proposer avec humilité et conviction et en témoigner dans la vie sont par conséquent des formes exigeantes et irremplaçables de la charité. »

Homélies et catéchèses

Benoît XVI a marqué profondément son pontificat par ses homélies, spirituelles et accessibles, profondes et imagées. Il laisse à l’Église, par ses commentaires de l’Écriture accompagnant le cycle liturgique, un trésor spirituel, centré sur la Parole de Dieu et sur Jésus, pétri de la Tradition et des Pères de l’Église, et dans un langage très accessible aux hommes d’aujourd’hui.

Par ses homélies, Benoît XVI nous a vraiment livré ce qu’il est : porteur de la lumière du Christ dans ce monde sombre et obscur, pour lui rendre la joie de croire.

Enfin, les catéchèses du mercredi de Benoît XVI ont très suivies : plus de 5 millions de personnes y ont assisté en 8 ans (une moyenne de 15 000 par audience). Elles ont été aussi très lues grâce aux moyens de communication. Benoît XVI a évoqué en ces années les apôtres et disciples, les Pères et les docteurs de l’Église. Il a ensuite fait un long cycle de catéchèses sur la prière, avant de commencer des catéchèses sur la foi.

5. Les voyages – Benoît XVI : semeur d’espérance

Par ses 24 voyages hors d’Italie et ses 30 déplacements en Italie de mai 2005 à octobre 2012, Benoît XVI a montré qu’il était un grand voyageur !

« Je pourrais dire que les voyages pastoraux du Pape se déroulent en « cercles concentriques ». Dans le cercle le plus intérieur, le Successeur de Pierre confirme les catholiques dans la foi ; dans le cercle intermédiaire, il rencontre les autres chrétiens ; dans le cercle le plus extérieur, il s’adresse aux non chrétiens et à toute l’humanité. » Benoit XVI commentait ainsi lui-même le déroulement de ses voyages apostoliques

Affermir ses frères

Dans le « cercle » le plus intérieur du voyage, il rencontrait ses frères évêques pour les affermir et les encourager dans la foi. Il y avait aussi un rendez-vous avec les prêtres, religieux, religieuses et séminaristes, généralement au cours d’un office de vêpres.

Dans ce même cercle, la famille tenait une place importante. Benoît XVI ne s’est pas lassé de rappeler le plan de Dieu sur la vie et la famille, rencontrant à maintes reprises les familles : à Valence (Espagne) en 2006 lors de la Vème rencontre mondiale des familles ; à Nazareth en 2009, ville de la Sainte Famille où il y eut un fort climat de prière pour toutes les familles, afin que l’on redécouvre la beauté du mariage et de la vie familiale ; à Barcelone en 2010, où il présida la dédicace de l’église de la Sainte Famille : « J’ai prié intensément pour les familles, cellules vitales et espérance de la société et de l’Eglise. » Ou encore en Croatie en 2011 lors de la journée nationale des familles : « Dans l’Europe d’aujourd’hui, les nations de solide tradition chrétienne ont une responsabilité particulière dans la défense et la promotion de la valeur de la famille fondée sur le mariage, qui reste quoi qu’il en soit décisive tant dans le domaine de l’éducation, que dans le domaine social. Ce message avait donc une importance particulière pour la Croatie, qui, riche de son patrimoine spirituel, éthique et culturel, s’apprête à entrer dans l’Union européenne. » Les jeunes n’ont pas été oubliés, ayant toujours un moment privilégié avec le Pape en plus des trois JMJ qu’il leurs a consacrées. 

Apôtre de l’unité

Le « cercle » intermédiaire, celui des relations œcuméniques, pouvait occuper une partie centrale de ses voyages, comme en Turquie où il put consolider les relations fraternelles avec les orthodoxes et leur Patriarche Bartholoméos. Pendant son voyage en Angleterre, avec les anglicans : « Je me suis rendu à l’abbaye de Westminster : pour la première fois, un Successeur de Pierre est entré dans le lieu de culte symbole des très antiques racines chrétiennes du pays. » Lors de son voyage en Thuringe (Allemagne) terre de la réforme protestante : « J’ai ardemment voulu, dès le début, accorder une importance particulière à l’œcuménisme dans le cadre de ce voyage, et j’ai fortement désiré vivre un moment œcuménique à Erfurt, car c’est précisément dans cette ville que Martin Luther est entré dans la communauté des Augustins ».

Témoin de la vérité

Son intervention au siège de l’ONU (quatrième visite d’un pape) lui a donné l’opportunité de confirmer, face à l’assemblée supranationale la plus vaste et la plus autorisée, la valeur de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. Il en a rappelé le fondement universel : la dignité de la personne humaine, créée par Dieu à son image et ressemblance pour coopérer dans le monde à son grand dessein de vie et de paix. Cette visite était accomplie dans le cadre de ce troisième « cercle », le plus large. Son discours devant la chambre des députés, aussi bien en Angleterre qu’en Allemagne, compte parmi les moments historiques : « Aux membres du parlement allemand, accueillant un Pape pour la première fois, j’ai rappelé que Dieu n’est pas un danger pour la démocratie et pour la liberté, mais le garant de la possibilité d’un vivre ensemble de l’humanité dans la paix et la justice. » 

Rappelons-nous aussi la prestigieuse rencontre avec le monde de la culture aux Bernardins : « La culture et ses interprètes sont des vecteurs privilégiés du dialogue entre la foi et la raison, entre Dieu et l’homme. » En parcourant les nations européennes, il a voulu leur confier sa conviction profonde qu’elles ont une âme chrétienne, qui ne forme qu’un avec le «génie» et l’histoire des peuples respectifs, et l’Eglise ne cesse de travailler pour maintenir sans cesse éveillée cette tradition spirituelle et culturelle.

Parcourant le Cameroun, l’Angola et le Benin, il put réaffirmer une conviction personnelle, qui est également celle de l’Église : l’Afrique est le continent de l’espérance.

Benoit XVI s’est laissé guider par la Providence, visitant la Mosquée Bleue d’Istanbul, visite non prévue au programme, ou entreprenant des voyages à hauts risques, tel celui au Liban alors que la guerre faisait rage en Syrie, voulant redonner espoir aux populations du Moyen-Orient !

Il y eut aussi ce grand pèlerinage en Terre Sainte, un pèlerinage par excellence aux racines de la foi ! La visite au Mausolée de Yad Vashem édifié à Jérusalem en l’honneur des victimes de la Shoah fut chargée d’intense gravité, comme son passage au camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau en Pologne.

« J’aime Jésus ! »

Toutes ces visites, toutes ces rencontres trouvaient leur point culminant dans de grands rassemblements liturgiques. Le pape célébra plusieurs actes importants comme la canonisation au Brésil de frère Antonio de Sant’Anna Galvão, premier saint natif du pays, la béatification du cardinal Newman qu’il tenait à faire personnellement en Angleterre, ou la consécration des prêtres au Cœur Immaculé de Marie faite à Fatima où il confia à la Vierge Marie la confession intime que « j’aime Jésus » ! Mentionnons encore l’inoubliable adoration sur l’esplanade de la grotte de Lourdes avec ce silence si priant et recueilli. A Cuba, « […] au cours des grandes liturgies, à travers les chants, les prières et les silences, la présence de Celui à qui, pendant longtemps, on avait voulu refuser une place dans le pays, se rendait perceptible. »

Benoit XVI a eu le grand désir de répandre sur toute la surface de la terre ce feu ardent qui l’habitait, persuadé, comme il l’a dit avant de quitter le sol français, que : « Les temps sont propices à un retour à Dieu » !

6. Les jeunes : une « génération Benoît XVI »

Combien ont pensé que Benoît XVI ne possédait pas de charisme pour s’adresser aux jeunes ? Ceux qui le pensent toujours ne l’ont donc jamais vu avec la jeunesse et n’ont jamais écouté ce qu’il leur a dit !

Cologne : le coup de foudre !

Cologne : premier contact avec ces jeunes qui attendaient tous leur bien aimé Jean Paul II. Position délicate pour Benoît XVI. A ce premier rendez-vous les jeunes ont répondu : « présent ». Les JMJ de Cologne sont les premières pour Benoît XVI et ce sont 1 200 000 jeunes qui ont écouté un Pape qu’ils ne connaissaient pas encore et qui a su les entraîner vers l’adoration du Saint Sacrement : « Nous somme venus l’adorer ». Les jeunes ont découvert qui était réellement leur pape. Pas le Pape « virtuel » façonné par les média, mais le vrai Benoît XVI, « intelligent comme dix théologiens et priant comme un premier communiant. » Il n’a pas cherché à imiter Jean Paul II par son extérieur, mais c’est bien avec sa timidité et sa douce voix qu’il a conquis la jeunesse.

Egalement par son humilité et la pénétration qu’il avait de nos attentes et de nos questions. En résumé, il a su leur montrer le vrai visage de Dieu : « Il existe comme un « boom » du religieux. […] Mais dans ce contexte, la religion devient presque un produit de consommation. On choisit ce qui plaît, et certains savent aussi en tirer un profit. Mais la religion recherchée comme une  sorte de « bricolage », en fin de compte ne nous aide pas. Elle est commode, mais dans les moments de crise, elle nous abandonne à nous-mêmes. Aidez les hommes à découvrir la véritable étoile qui nous indique la route : Jésus Christ ! » (Messe de clôture).  Cette première rencontre a été un véritable coup de foudre entre le nouveau successeur de Pierre et la jeunesse : les JMJ allaient continuer !

« Le Christ a confiance en vous ! »

Cependant, Benoît XVI n’a pas voulu attendre Sydney pour reprendre contact avec cette jeunesse tant aimée, c’est régulièrement qu’il lui accordait son temps, ses prières et ses enseignements. Ainsi, il a laissé un merveilleux message à Lorette en 2007 : « Chers amis, vous ne devez pas avoir peur de rêver les yeux ouverts de grands projets de bien et vous ne devez pas vous laisser décourager par les difficultés. Le Christ a confiance en vous. […] Rien n’est impossible à celui qui a confiance en Dieu et s’en remet à Lui. » Mais aussi à Sao Paulo, New York, et sans oublier la jeunesse romaine avec laquelle il avait de fréquent contacts. Il savait que les jeunes ont besoin de défis, qu’ils cherchent une radicalité qui se trouve seulement dans ceux qui ont l’esprit jeune. Il a su répondre aux attentes des jeunes Français et Allemands, mais aussi des Libanais, Croates, Américains et Africains. Ces paroles les ont conquis, car la Vérité rayonnait de ses enseignements, cette Vérité qui montre l’authentique amour que le Pape avait pour cette jeunesse livrée à de tels combats et tentations. Il n’a jamais cherché à plaire, mais à montrer le chemin étroit qui conduit au Christ.

Deux trésors : l’Esprit Saint et la Croix

A Sydney (ci-dessous), les deuxième JMJ pour Benoît XVI, le Saint Père a voulu faire découvrir aux jeunes la force agissante de l’Esprit Saint : « Vous allez recevoir une force, celle de l’Esprit Saint qui descendra sur vous. Vous serez alors mes témoins » Cette force ne va pas sans la croix. Le Saint Père n’enseigne pas seulement par la parole, mais aussi par l’exemple : Jean Paul II avait donné la croix aux jeunes, Benoît XVI médite avec eux le chemin de la croix. C’est en s’unissant à la Passion du Christ que nous comprenons son amour. Cet amour de Dieu qui peut nous pénétrer seulement si nous laissons agir l’Esprit Saint en nous. Ce thème fut si important au cœur du Pape qu’il a tenu à le rappeler en notre pays, la France, lorsqu’il a rencontré les jeunes sur le parvis de Notre Dame et qu’il leur a offert deux trésors : l’Esprit Saint et la croix. Comment pouvons-nous oublier ce moment où la joie et l’enthousiasme transpiraient du visage de notre saint Père bien aimé ! Lui, de nature si réservée, est arrivé avec empressement, et a parlé avec flamme et conviction comme nous ne l’avions jamais vu jusqu’alors.

Madrid : le rocher dans la tempête !

Puis Madrid, les JMJ de l’imprévu ! Certes, les bonnes traditions étaient au rendez vous, à commencer par l’accueil du Saint Père où les « esta es la juventud del papa » retentissaient dans toute la capitale espagnole. Le chemin de croix si intense, qui a permis aux jeunes de persévérer dans la dimension priante des JMJ. Mais la veillée fut pour tous un moment exceptionnel ! Alors que la pluie tombait, que les éclairs n’étaient pas loin, et que la tempête soufflait avec rage au point d’ébranler l’auvent du podium, Benoît XVI est resté là ! Le rocher ! Pourtant, ce n’est pas faute de l’avoir encouragé à partir, aussi bien de la part des gardes du corps que des cérémoniaires, mais le Pape leur a répliqué : « Je reste avec les jeunes ».

Nous avions besoin de son exemple qui n’était autre qu’une parabole en action. Dans la tempête, si nous restons fidèles à la barque de l’Église nous ne risquons rien, Jésus nous l’a promis : « Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise, et les Portes de l’enfer ne tiendront pas contre elle. » (Mt, 16, 18) C’est donc lors des JMJ qui devaient fonder les jeunes sur le Christ et les enraciner dans la Foi, que la Providence leur a indiqué le moyen indispensable pour le mettre en pratique : la confiance en l’Église et au successeur de Pierre. Benoît XVI a vraiment été fidèle à la barre du bateau de l’Église. Il a affronté les tempêtes avec courage et force ! Il n’a pas reculé devant les loups ! Merci Saint Père !

Oui, c’est avec émotion et gratitude qu’au nom de toute la jeunesse nous voulons vous dire : MERCI ! Les mots sont trop faibles et les paroles nous manquent. Nous vous faisons confiance, nous savons que vous ne nous abandonnez pas et que vous continuez à servir l’Église selon la volonté de Dieu. Merci de nous avoir écoutés ! Merci de nous avoir répondu ! Merci de nous avoir enseigné la Vérité ! Merci d’avoir prié pour nous ! Mais surtout, merci de nous avoir aimés !

7. La liturgie : « Revenons à la prière ! »

Si la priorité de Benoît XVI a été de ramener Dieu dans le cœur des hommes, il l’a mise en œuvre avant tout dans la liturgie. Là aussi, le maître mot a été « continuité et non rupture. »

Un geste très visible du Pape a été le Motu proprio Summorum Pontificum, libéralisant la forme extraordinaire du rite romain. Pourtant, Benoît XVI n’a jamais célébré en public selon cette forme. Mais il a travaillé profondément à rendre à la liturgie son caractère traditionnel et sacré, et à donner ainsi son authentique interprétation à la réforme liturgique issue du concile.

« Revenons à la prière ». Par ces mots, à la fin de sa dernière messe des Cendres, Benoît XVI a interrompu gentiment les applaudissements prolongés, au surlendemain de l’annonce de sa renonciation. Ces mots, anodins en apparence, expriment ce que nous a fait vivre Benoît XVI dans la liturgie. « Le critère fondamental pour la liturgie est son orientation à Dieu, pour pouvoir ainsi participer à son œuvre même. »

Benoît XVI, par son exemple, a montré l’importance pour le célébrant de s’effacer derrière le mystère célébré : laisser la place au Christ. Si le Pape saluait volontiers les foules de son bon sourire à la fin des célébrations, il y entrait dans une prière et un recueillement profonds. Tous ont été attentifs aux annonces faites désormais au début des grandes célébrations, invitant au silence et au recueillement, demandant d’éviter l’agitation des drapeaux et les applaudissements au cours de la messe. Ces appels à la prière et à l’intériorité étaient répétés après l’homélie, et après la communion. Autre « innovation » récente : la récitation du chapelet avant les messes, « pour participer avec fruit à la célébration eucharistique. »

Dans le même sens, Benoît XVI  a œuvré à réveiller dans l’Église le sens de l’adoration. Il a tenu à donner toujours lui-même la communion à genoux et sur la langue. Il a fait vivre, en particulier aux jeunes, l’adoration du Saint Sacrement, dans un silence impressionnant, favorisant la rencontre avec le Seigneur Jésus présent, le Pape lui-même étant à genoux, dans une profonde prière.

Tous ont remarqué qu’il a utilisé des objets et des vêtements liturgiques traditionnels, estompant là aussi une rupture peut-être trop marquée dans l’application de la réforme conciliaire. Enfin, Benoît XVI, dans ses voyages, a souvent voulu mettre en valeur la célébration liturgique de l’office divin.

À travers ces gestes, Benoît XVI a donné un esprit. L’auteur de L’esprit de la liturgie a toujours été très sensible à la profondeur de la liturgie et au fait qu’elle est d’abord l’action même de Dieu, qui nous ouvre à sa transcendance. « La grandeur de la liturgie, écrivait-il, tient à ce qu’elle échappe à l’arbitraire. » Avec le concile, qui a voulu pour les fidèles une participation pieuse et active, intérieure et extérieure, Benoît XVI dit : « nous ne célébrons et vivons bien la liturgie que si nous restons dans une attitude de prière, et pas si nous voulons « faire quelque chose », nous faire voir ou agir, mais si nous orientons notre cœur vers Dieu et si nous nous plaçons dans une attitude de prière en nous unissant au Mystère du Christ… »

Benoît XVI a ainsi donné sa vraie interprétation à la constitution du concile sur la liturgie, et donné à son application une réelle profondeur et sa juste orientation : sursum corda – élevons notre cœur.

8. La Vierge Marie et les Prêtres

Benoît XVI, un fils de prédilection de la Vierge Marie qui réaffirme la beauté du sacerdoce !

À la suite de Jean-Paul II, Benoît XVI laissera le souvenir d’une piété mariale peut-être plus discrète, mais pas moins profonde. Les français se rappelleront avec émotion de son pèlerinage à Lourdes le 14 septembre 2008 ; il avait alors affirmé : « Tout est venu du Christ, même Marie ; tout est venu par Marie, même le Christ ». Ses petites exhortations à imiter la Vierge Marie tenaient de l’autoportrait : « Apprenez de la Mère du Seigneur et de notre Mère à être humbles et dans le même temps courageux ; simples et prudents ; doux et forts, armés non pas de la force du monde, mais de celle de la vérité » (Homélie du 16 octobre 2011). 

La consécration

Attentif aux appels de Notre-Dame à Fatima à la prière et à la conversion, Benoît XVI s’est rendu à la Cova da Iria invitant à « hâter le triomphe annoncé du Cœur Immaculée de Marie à la gloire de la Très Sainte Trinité », et précisant que « celui qui penserait que la mission prophétique de Fatima est achevée se tromperait » (Homélie du 13 mai 2010). L’Eglise se souviendra et récoltera les fruits de la consécration des prêtres au Cœur Immaculé de Marie effectuée alors par le Pape.

L’année sacerdotale

Cette consécration fut renouvelée le 11 juin 2010 à la fin de la messe de clôture de l’année sacerdotale en présence de 15 000 prêtres venus de 91 pays : le plus grand rassemblement international de prêtres jamais effectué. Cette initiative d’une année consacrée à « promouvoir un engagement de renouveau intérieur de tous les prêtres afin de rendre plus incisif et plus vigoureux leur témoignage évangélique dans le monde d’aujourd’hui » (Ouverture de l’année sacerdotale) fut elle aussi prophétique.

Et ce dans un contexte médiatique éprouvant pour Benoît XVI, malmené par les révélations scandaleuses concernant des prêtres. Coopérateur de la vérité, Benoît XVI l’a été en s’acquittant avec courage, transparence et détermination de ce « devoir de purification ».

« Réveiller la joie »

Avec sérénité et joie, il a dressé le bilan de cette année de grâce : « on pouvait s’attendre à ce que cette nouvelle mise en lumière du sacerdoce déplaise à «  l’ennemi » ; il aurait préféré le voir disparaître, pour qu’en fin de compte Dieu soit repoussé hors du monde. Et il est ainsi arrivé que, proprement au cours de cette année de joie pour le sacrement du sacerdoce, sont venus à la lumière les péchés des prêtres – en particulier l’abus à l’égard des petits, où le sacerdoce chargé de témoigner de la prévenance de Dieu à l’égard de l’homme se trouve retourné en son contraire ».

Enfin il ajoutait : « Nous voulions réveiller la joie que Dieu nous soit si proche, et la gratitude pour le fait qu’il se confie à notre faiblesse ; qu’il nous conduise et nous soutienne jour après jour. Nous voulions aussi ainsi montrer à nouveau aux jeunes que cette vocation, cette communion de service pour Dieu et avec Dieu, existe – et plus encore, que Dieu est en attente de notre oui » (11 juin 2010).

9. Œcuménisme et dialogue interreligieux

La priorité de l’unité

Dès son 1er message le 20 avril 2005 Benoît XVI parle de l’unité comme une de ses priorités : « le  Successeur de Pierre prend comme premier engagement de travailler sans épargner ses forces à la reconstruction de l’unité pleine et visible de tous les fidèles du Christ. Telle est son ambition, tel son devoir pressant. I l est conscient que dans ce but, les manifestations de bons sentiments ne suffisent pas. Des gestes concrets sont nécessaires, qui pénètrent les âmes et remuent les consciences, appelant chacun à cette conversion intérieure qui est le présupposé de tout progrès sur la voie de l’œcuménisme. » Il s’est dit « disposé à faire tout ce qui est en son pouvoir pour promouvoir la cause fondamentale de l’œcuménisme. » … et il l’a fait !

Partout il rencontrera des frères séparés, donnant des paroles de réconciliation : « Dans la prière de Jésus se trouve le lieu intérieur de notre unité. Nous deviendrons un si nous nous laissons attirer dans cette prière… » (Erfurt 2011).

L’un de ses gestes historiques fut la levée de l’excommunication des évêques consacrés par Mgr Lefebvre. « J’espère contribuer ainsi à la paix dans l’Église », écrivait le pape pour expliquer son geste.

D’autres actes sont à noter : mars 2006 : échanges de lettres entre Benoît XVI et le patriarche de Moscou Alexis II. 28 juin 2008 : Bartholomée Ier, patriarche œcuménique de Constantinople, assiste à Rome aux côtés de Benoît XVI à l’ouverture de l’année St Paul. 4 novembre 2009 : constitution apostolique Anglicanorum Coetibus qui fournit un cadre pour que des groupes issus de l’anglicanisme puissent être en communion avec le Siège de Pierre.

Benoît XVI, en désirant que  les difficultés ne soient pas minimisées ou négligées, mais plutôt affrontées « avec courage », a œuvré à un dialogue en vérité, « qui reflète la priorité de la foi ». Tout en n’oubliant pas que notre « recherche d’unité dans la vérité et dans l’amour », poursuivait-il ce 25 janvier, doit passer d’abord par « le renouveau de la vie intérieure de notre cœur et de notre esprit. »

Le dialogue interreligieux : pèlerinage vers la vérité.

Par la rencontre d’Assise en octobre 2011 Benoît XVI, dans la lignée de son prédécesseur, manifeste son désir de renforcer le dialogue interreligieux.

Aux cours de ses voyages il souhaite encore rencontrer les membres des autres religions : en 2008, aux États-Unis,  lors d’une visite initialement non prévue, il visite une synagogue à New York. Il ira dans une autre à Rome en 2010. En 2009, il se rend en Israël au mémorial de Yad Vashem, dédié aux victimes juives de la Shoah pendant la seconde guerre mondiale. Après sa renonciation, le grand rabbin ashkénaze d’Israël dit que son pontificat a permis « une diminution des actes antisémites dans le monde ».

Le 6 novembre 2007, le pape reçoit Abdallah Ier, roi d’Arabie Saoudite. C’est la 1ère fois qu’une rencontre a lieu avec un souverain de ce pays. En  2009, lors de son voyage en Jordanie, il rencontre le prince Muhammad Bin Talal. Dans Verbum Domini il souhaite que « les rapports inspirés par la confiance, entre Chrétiens et Musulmans, se poursuivent et se développent dans un esprit de dialogue sincère »

Le 13 octobre 2006, le pape reçoit le Dalaï Lama, leader spirituel bouddhiste.

La grande contribution de Benoît XVI a été d’approfondir le dialogue interreligieux, et de le pousser plus loin, ainsi qu’il l’a dit en 2008 : « Notre dialogue ne se limite pas à reconnaître un ensemble commun de valeurs, mais il se pousse en avant pour enquêter sur leur fondement ultime. Nous n’avons aucun motif d’avoir peur, car la vérité nous révèle le rapport essentiel entre le monde et Dieu. » Benoît XVI a ainsi cherché à mettre tous les hommes de bonne volonté « en pèlerinage vers la vérité. »

10. Foi et raison

Foi et raison sont faites pour la vérité, elles doivent s’accorder et se soutenir.

A l’université de Ratisbonne

En ce lieu où il avait été professeur, Benoît XVI fait un cours où il montre que dialoguer avec la raison est une exigence du christianisme. En effet, « Au commencement était le Logos, et le Logos est Dieu » (Jn 1, 1). Or Logos signifie à la fois Raison et Parole. C’est pourquoi, quand le Dieu chrétien se révèle, il s’adresse au cœur de l’homme, mais aussi à sa raison. La foi chrétienne se doit de rendre compte d’elle-même devant la raison.

Une invitation houleuse à la Sapienza

Benoît XVI avait été invité à la grande université de Rome. Une minorité de professeurs, jaloux de l’autonomie de la raison laïque, s’y étant opposée, le pape s’est contenté de communiquer son discours.

Il y montrait précisément le danger qu’encoure la raison moderne lorsqu’elle refuse de dialoguer avec la foi. Le plus souvent elle en arrive à limiter la possibilité du savoir aux sciences expérimentales qui montrent leur efficacité dans la technique, et elle se déclare incompétente pour parler de Dieu et de la morale. Mais quel danger ce serait si l’homme doté d’un grand pouvoir technique ne pouvait savoir comment l’utiliser droitement ! Le dialogue avec la foi stimule la raison et lui redonne confiance.

La raison est stimulée par le dialogue avec la foi pour élargir son champ de compétence.

A Paris devant le monde de la culture

Dans notre pays qui renie ses racines chrétiennes, le Pape montre à l’évidence que le travail des moines, dont le seul but était de chercher Dieu, est l’origine de la culture européenne. Et il conclut : « Une culture qui renverrait comme non scientifique la question concernant Dieu, serait la capitulation de la raison et un échec de l’humanisme, dont les conséquences ne pourraient être que graves. »

Au parlement britannique

Benoît XVI loue le noble parlement qui a su, par le passé, abolir l’esclavage en s’appuyant sur des principes moraux solides. Or, dit le Pape, la tradition catholique soutient que les normes morales sont accessibles à la raison, même sans la foi. Le rôle de la religion est d’aider la raison à découvrir ces normes. C’est pourquoi « la religion n’est pas un problème que les législateurs doivent résoudre, mais elle est une contribution vitale au dialogue national. »

Devant le Bundestag allemand

Dans ce pays où le pouvoir nazi a bafoué le droit et méprisé l’homme, Benoît XVI montre que le droit doit s’appuyer sur la raison et sur la nature de l’homme. Aujourd’hui, dit-il, l’importance de l’écologie est indiscutée : nous devons écouter la nature. Mais « il existe aussi une écologie de l’homme. L’homme aussi possède une nature qu’il doit respecter. » Or l’homme ne s’est pas donné lui-même sa nature, ne convient-il pas de se demander s’il la tient de Dieu ? Or c’est précisément sur la base de la conviction de l’existence d’un Dieu créateur que se sont développés les droits de l’homme. Ce sont là des connaissances de raison qui ont grandi en dialogue avec la foi.

11. Benoît XVI et le Concile Vatican II : le « renouveau dans la continuité » 

1962-1965, au concile Vatican II. Le cardinal Frings, archevêque de Cologne, prélat influent, est accompagné de son théologien, un jeune prêtre de 35 ans qui, malgré sa discrétion, est remarqué par tous pour sa compétence et son équilibre : Joseph Ratzinger.

Si le pontificat de Jean-Paul II fut une mise en application du concile Vatican II, nous le devons aussi au Cardinal Ratzinger, son plus proche collaborateur durant presque tout son pontificat. Aussi, lorsque le 19 avril 2005 Joseph Ratzinger est élu Pape, il dit le lendemain devant les cardinaux : « Je veux affirmer avec force la ferme volonté de poursuivre l’engagement de mise en œuvre du Concile Vatican II, dans le sillage de mes Prédécesseurs et en fidèle continuité avec la tradition bimillénaire de l’Eglise. (…) Au fil des ans, les Documents conciliaires n’ont pas perdu leur actualité ; leurs enseignements se révèlent même particulièrement  pertinents au regard des nouvelles exigences de l’Église et de la société actuelle mondialisée. »

Pour Joseph Ratzinger, il est clair que « le véritable esprit du concile réside dans ses textes. Si on les explique correctement et à fond, on est garanti contre les extrémismes des deux bords. » Il a souvent déploré que ces textes aient été mal reçus. Ainsi faisait-il en 1985 ce bilan très clair : « On n’a pas encore commencé à recevoir [le concile] de façon authentique. » Face aux tendances progressiste et intégriste, Joseph Ratzinger a toujours vu dans le concile le remède et la bonne direction pour l’Église aujourd’hui : « C’est à l’aujourd’hui de l’Église que nous devons rester fidèles, non à l’hier ni au demain, et cet aujourd’hui de l’Église, ce sont les documents de Vatican II dans leur authenticité, sans réserves qui les amputent ni abus qui les défigurent. »

Le discours du 22 décembre 2005 à la curie romaine demeurera l’un des grands textes de son pontificat : Benoît XVI y dénonçait, au sujet du concile, une « herméneutique de la discontinuité et de la rupture ; celle-ci a souvent pu compter sur la sympathie des mass media, et également d’une partie de la théologie moderne. » Cette « déformation » du concile a causé des dégâts dans l’Église, disait-il déjà en 1985 : « Ce qui a dévasté l’Église durant la dernière décennie n’était pas le concile, mais le refus de sa réception. »

Mais d’autre part, ajoutait-il, « il y a l’herméneutique de la réforme, du renouveau dans la continuité… » L’année de la foi, voulue par lui à l’occasion des 50 ans du concile a justement pour objectif de promouvoir cette juste interprétation : « Si nous le lisons et le recevons guidés par une juste herméneutique, [le concile] peut être et devenir toujours davantage une grande force pour le renouveau, toujours nécessaire, de l’Église. »

Dans son dernier discours au clergé de Rome, le 14 février 2013, Benoît XVI s’est montré plein de confiance : « Il me semble que, 50 ans après le Concile, nous voyons comment ce Concile virtuel se brise, se perd, et le vrai Concile apparaît avec toute sa force spirituelle. Et voilà notre tâche, particulièrement en cette année de la foi, à partir de cette année de la foi, travailler pour que le vrai Concile, avec la force de l’Esprit Saint, se réalise et que l’Église soit réellement renouvelée. »

12. Les grands évènements

L’année Saint Paul 

« Je suis heureux d’annoncer que nous consacrerons à l’Apôtre Paul une année jubilaire spéciale du 28 juin 2008 au 29 juin 2009, à l’occasion du bimillénaire de sa naissance. »

Merci très Saint-Père car grâce à vous, cette Année a constitué une concentration rare d’événements extraordinaires, surtout au niveau œcuménique et notamment avec le monde orthodoxe, avec 3 visites à Rome du Patriarche Bartholomeos Ier de Constantinople. Grâce à vous cette année a vu fleurir, à Rome et dans tous les diocèses du monde, des initiatives liturgiques, théologiques, culturelles et œcuméniques toutes inspirées de la spiritualité de Saint Paul : pèlerinages et croisières sur les pas de l’Apôtre ; festivals, spectacles, jeux et films ; sessions, conférences et congrès d’études ; publications, sites et blogs ; méditations bibliques, retraites et œuvres sociales…

À Saint Paul vous avez confié le synode sur la Parole de Dieu. Vous nous avez donné, au fil de vos audiences, une riche catéchèse sur ses enseignements.

Et pour finir en beauté, vous nous avez annoncé deux importantes découvertes : l’examen au carbone 14 des ossements, du tissu et des grains d’encens contenus dans son tombeau confirme la Tradition qui les attribue à l’Apôtre ; et les fouilles dans les catacombes Ste Thècle ont mis à jour le plus ancien portrait de Saint Paul !

La béatification de Jean-Paul II 

« Et voici que le jour tant attendu est arrivé! Il est vite arrivé, car il en a plu ainsi au Seigneur: Jean-Paul II est bienheureux! » avez-vous proclamé en votre homélie du 1er mai 2011. Il est vite arrivé grâce à vous, très Saint-Père, qui avez voulu que l’enquête soit menée « avec célérité ».

Et nous avons communié à votre joie profonde de glorifier votre si grand ami. «J’ai pu lui être proche et vénérer toujours plus sa personne pendant 23 ans. Mon service a été soutenu par sa profondeur spirituelle, par la richesse de ses intuitions. » « C’est en le voyant prier que j’ai vu, et pas seulement compris, qu’il était un homme de Dieu » nous avez-vous confié. Et entre lui dans le Ciel et vous sur la terre, quelle proximité ! Merci d’avoir, avec votre fermeté et votre douceur, votre courage et votre audace, poursuivi l’œuvre de votre bien-aimé prédécesseur.

L’année de la Foi 

« A 50 ans de l’ouverture du Concile Vatican II, c’est avec une joie profonde que nous inaugurons aujourd’hui l’Année de la Foi. »

En ce 11 octobre 2012, vous nous avez convié à « un pèlerinage dans les déserts du monde contemporain, au cours duquel il nous faut emporter seulement ce qui est essentiel : ni bâton, ni sac, ni pain, ni argent et n’ayez pas deux tuniques … mais l’Évangile et la foi de l’Église dont les documents du Concile Vatican II sont l’expression lumineuse, comme l’est également le Catéchisme de l’Église Catholique 

Et nous n’oublions pas que vous avez demandé et préfacé Youcat, le CEC pour nous, les jeunes ! Vous n’avez pas eu le temps d’achever votre encyclique sur la foi, mais vous avez fait beaucoup plus… Oui, merci, très Saint-Père, de nous avoir entraînés par votre propre foi à transporter non seulement les montagnes, mais aussi nos cœurs si lents à faire totale confiance en notre Seigneur et en son Église.

Oui, nous vous le promettons, comme vous, avec vous, nous ne craindrons pas les loups mais nous marcherons résolument sur vos pas !

13. Les photos

Pour voir quelques photos souvenir du pontificat de Benoît XVI, téléchargez l’édition PDF ici.

14. MERCI

Merci Benoît XVI !