Ces lieux insolites, reflets d’une activité humaine révolue

« Vanité des vanités, dit Qohéleth, vanité des vanités, tout est vanité. Quel profit y a-t-il pour l’homme de tout le travail qu’il fait sous le soleil ? » (Qo 1,2)  Tel est l’esprit de ce que nous entendons vous faire découvrir…

Derrière ce titre étrange se cache en effet une passion non moins étrange : visiter des sites miniers, carrières ou usines désaffectés pour goûter quelque chose de l’activité passée qu’ils reflètent.

Pour ce qui est des mines, elles ont été très nombreuses en France de tout temps, du fait de la richesse en différents minerais des sous-sols, mais leur pleine expansion s’est produite au XIXe siècle. Autour de 1980, les fermetures se sont enchaînées à cause de l’explosion du coût de la main d’œuvre et de la concurrence étrangère. Pour les passionnés, voici donc un vaste champ d’investigations. Repérer dans une exploitation une entrée de galerie à peu près accessible est le plus difficile. Équipés comme il se doit, les explorateurs, après s’être faufilés dans des failles improbables, découvrent, à la lueur de leurs projecteurs, des kilomètres de galeries insoupçonnés. Parfois, et c’est une récompense, des vestiges rouillés surgissent, semblant attendre le retour des mineurs : rails, wagonnets, outils, machines. Ces traces du travail humain disparaissent doucement et la nature reprend ses droits. Pendant un temps, l’homme l’a exploitée et a même cru pouvoir la dompter jusque dans les profondeurs de la terre, mais c’est finalement elle qui a le dernier mot. Aujourd’hui, au nom de la sécurité, tout est en général muré, et il faut se contenter des ruines des bâtiments de traitement ou de maigres indices, qui nous permettent d’imaginer en nous-mêmes ce que d’autres ont laborieusement vécu en d’autres temps.

Un site internet  (www.patrimoine-minier.fr) recense un grand nombre de ces mines à travers la France, avec de très belles photos qui résument à elles seules l’esprit de ces visites fascinantes.

La visite d’anciennes carrières s’apparente à celles des mines, puisque c’est bien le même esprit qui la motive. Toutefois,  les chances de trouver des restes de matériel « témoin » sont beaucoup plus faibles : leur évacuation est plus simple. L’avantage est que le danger moindre rend les visites plus accessibles au quidam.

Les vestiges industriels ont aussi,  pour les passionnés, leur intérêt, même si la dimension de l’exploitation de la terre par l’homme, du combat entre la force de la matière et la force de l’homme qui veut la dominer, ne s’ajoute pas immédiatement au reflet d’une activité industrielle révolue, caractéristique de l’éphémère de l’homme dans la création. Néanmoins, les épaves de machines, structures en acier ou en béton rongées par le temps, entrepôts où meurent encore quelques marchandises oubliées dans un coin, témoignent de cette dernière dimension, d’un effort accompli, d’une synergie humaine et technique qui se croyait durable mais qui, comme toute autre, s’effondra un beau jour.

Tout ceci vous paraît un brin morbide ? Détrompez-vous, c’est spirituel : la démarche vise simplement à mesurer, à palper, la fugitive petitesse de l’homme au sein de la Création divine. La méthode est juste originale.