Comment Dieu fut chassé du Panthéon (1/2)

Drame en six actes

Acte I

Dix ans après avoir permis la naissance de la France, Clovis fit ériger à Paris, à la demande de Ste Geneviève, une basilique dédiée aux Sts Apôtres Pierre et Paul ; il pensait y être enterré avec sa femme Ste Clotilde. En réalité, c’est Ste Geneviève qui y fut déposée la première, en 512, et lui donna définitivement son nom au VIIIe siècle. Une abbaye vint jouxter la primitive église et les Parisiens vinrent former autour de leur protectrice le faubourg Sainte-Geneviève, prémices du fameux Quartier latin. Si un culte lui fut rendu déjà de son vivant, c’est dès 592 qu’elle fut officiellement vénérée par l’Église.

Acte II

1200 ans plus tard, Louis XV réchappait d’une grave maladie grâce à l’intercession de la sainte patronne de Paris, à qui il avait fait le vœu d’édifier un majestueux édifice en cas de guérison. Majestueux, il le fut, puisque Soufflot, son concepteur, s’inspira à la fois de l’architecture de Saint-Pierre de Rome et de celle du Panthéon romain, de l’Antiquité et de la Renaissance… Commencée en 1763 au lieu des ruines de l’abbaye Sainte Geneviève, sur la montagne éponyme, au cœur du quartier janséniste, entre une école de droit et une autre de théologie, l’église, initialement en forme de croix grecque, n’eut pas le temps d’être consacrée. En effet, allégorie de la France sous la monarchie catholique, elle devait le rester ensuite, liant, comme Sainte Geneviève, son destin à celui de son pays, peut-être parce qu’elle fut achevée en 1789…

Acte III

Le 4 avril 1791, de même qu’elle tirait ses idées d’un christianisme dévoyé, la révolution confisqua l’église, par décret de la Constituante, et, symbole d’un pays d’où elle voulait extirper Dieu, la destina à devenir un temple païen. Elle n’avait pas trouvé lieu plus digne pour la dépouille de Mirabeau ; les reliques de Ste Geneviève, elles, n’eurent pas le droit à autant d’égards et furent brûlées. Hypocrisie ou ingratitude, Mirabeau fut rapidement voué aux gémonies et dé-panthéonisé au profit de Marat, qui subit peu après le même sort, suite à une énième trahison entre satrapes de la Fraternité. Raison et vérité historique étant le cadet de ses soucis, la république montagnarde réunit, à la place, dans un ironique et cruel face-à-face, deux ennemis jurés, Voltaire et Rousseau. On pensa aussi y placer Descartes… Ainsi la Nation récompense-t-elle ses serviteurs, ses « grands hommes ». Au passage, on laïcisait l’édifice : adieu clochers, croix et saints. Pour en faire un monument à son image, l’idéologie des Lumières (sic) demanda à Quatremère de Quincy d’obstruer les quelque quarante-cinq ouvertures qui l’illuminaient (éclairage probablement trop peu révolutionnaire). Outre l’ombre qui planait désormais dans le Panthéon, l’humidité ainsi accrue menaçait sa sépulcrale existence.

Mais l’histoire de France ne s’arrête pas là (pas plus qu’elle ne commence à ce moment, d’ailleurs). Pour connaître la suite, rendez-vous le mois prochain !