« Pas d’autre choix que de monter : toujours plus haut »

Extraits du discours prononcé par Alexandre Soljenitsyne, le 8 juin 1978 devant les étudiants de l’université américaine d’Harvard

Soljenitsyne, 8 juin 1978, Harvard

« […] La société occidentale s’est choisi l’organisation la plus appropriée à ses fins, une organisation que j’appellerais légaliste. La lettre de la loi est considérée comme le fin mot de tout. Nul ne rappelle que cela pourrait n’en être pas moins illégitime. Il se dégage alors une atmosphère de médiocrité spirituelle qui paralyse les élans les plus nobles de l’homme. Et il sera dès lors tout simplement impossible de relever les défis de notre siècle menaçant. Il est temps, à l’Ouest, de défendre non pas tant les droits de l’homme que ses devoirs.

Pour avoir connu un pays où le socialisme a été mis en œuvre, je ne me prononcerai pas en faveur d’une telle alternative. Mais si l’on me demandait si, en retour, je pourrais proposer l’Ouest, en son état actuel, comme modèle pour mon pays, il me faudrait en toute honnêteté répondre par la négative : après avoir souffert pendant des décennies de violence et d’oppression, l’âme humaine aspire à des choses plus élevées, plus brûlantes, plus pures que celles offertes aujourd’hui par les habitudes d’une société massifiée, forgées par l’invasion révoltante de publicités commerciales, par l’abrutissement télévisuel, et par une musique intolérable.

La pensée humaniste, qui proclame l’autonomie de l’homme à l’égard de toute force supérieure à lui, a engagé la civilisation occidentale moderne naissante sur la pente dangereuse de l’adoration de l’homme et de ses besoins matériels. Tout ce qui se trouvait au-delà du bien-être physique et de l’accumulation de biens matériels fut rejeté hors du champ d’intérêt de l’État et du système social, comme si la vie n’avait pas un sens plus élevé. Nous avons placé trop d’espoirs dans les transformations politico-sociales, et il se révèle qu’on nous enlève ce que nous avons de plus précieux : notre vie intérieure. Si l’homme, comme le déclare l’humanisme, n’était né que pour le bonheur, il ne serait pas né non plus pour la mort.

Il nous faut nous hisser à une nouvelle conception de la vie où notre être spirituel ne sera plus piétiné. Notre ascension nous mène à une nouvelle étape anthropologique. Nous n’avons pas d’autre choix que de monter : toujours plus haut. »

L’Europe chrétienne vue de Moscou

Intervention du métropolite orthodoxe Hilarion au cours d’un symposium sur l’avenir chrétien de l’Europe, le 22 septembre 2017

« Le déclin contemporain du christianisme dans le monde occidental peut être comparé à la situation dans l’empire russe avant novembre 1917. La révolution [avait] des causes profondément spirituelles autant que sociales et politiques. Depuis de longues années, l’aristocratie et l’intelligentsia avaient abandonné la foi, et le peuple ordinaire suivait…

Dans les années de l’immédiat après-guerre, les partis démocrates chrétiens croyaient fermement que la civilisation occidentale était intimement liée aux valeurs chrétiennes, et le christianisme joua un rôle considérable dans le processus d’intégration européenne, soutenu par Pie XII comme étant une « mission historique de l’Europe chrétienne ». Lorsque, un demi-siècle [plus tard], on rédigea la Constitution de l’UE, il eût été naturel pour les Églises chrétiennes de s’attendre à ce que le rôle du christianisme en tant qu’une des valeurs européennes, soit inclus dans le document, sans empiéter sur la nature séculière des autorités d’une Europe unifiée. Il n’en fut rien. Je crois fermement qu’une Europe qui a renoncé au Christ ne sera pas capable de préserver son identité culturelle et spirituelle.

Aujourd’hui, les droits de l’homme, dans leur essence, sont devenus un instrument pour manipuler la majorité, et le combat pour les droits de l’homme une dictature de la minorité sur la majorité, soutenue par les institutions de l’UE. Je crois important que les chrétiens en Europe se tiennent coude à coude pour défendre ces valeurs sur lesquelles la vie du continent a été édifiée pendant des siècles. »

Ste Thérèse de l’Enfant-Jésus, Manuscrits autobiographiques 

« Un jour, Léonie, pensant qu’elle était trop grande pour jouer à la poupée vint nous trouver [Céline et moi] avec une corbeille remplie de robes et de jolis morceaux destinés à en faire d’autres ; sur le dessus était couchée sa poupée. « Tenez mes petites sœurs, nous dit-elle, choisissez, je vous donne tout cela ». Céline avança la main et pris un petit paquet de ganses qui lui plaisaient. Après un moment de réflexion, j’avançai la main à mon tour en disant : « Je choisis tout ! » et je pris la corbeille sans autre cérémonie ; les témoins de la scène trouvèrent la chose très juste, Céline elle-même ne songea pas à s’en plaindre.

[…] Ce petit trait de mon enfance est le résumé de toute ma vie ; plus tard, lorsque la perfection m’est apparue, j’ai compris que pour devenir une sainte il fallait beaucoup souffrir, rechercher toujours le plus parfait et s’oublier soi-même ; j’ai compris qu’il y avait bien des degrés dans la perfection et que chaque âme était libre de répondre aux avances de Notre-Seigneur, de faire peu ou beaucoup pour lui, en un mot de choisir entre les sacrifices qu’il demande. Alors, comme aux jours de ma petite enfance, je me suis écriée : « Mon Dieu, “je choisis tout”. Je ne veux pas être une sainte à moitié, cela ne me fait pas peur de souffrir pour vous, je ne crains qu’une chose, c’est de garder ma volonté, prenez-la, carje choisis tout” ce que vous voulez !… »

 

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La phrase :

« La sainteté plutôt que la paix. »

         (Bx John Henry Newman)