Qu’est-ce que la Tradition ?

Quatre témoins nous parlent : St Vincent de Lérins, Bx John Henry Newman, St Jean-Paul II, Benoît XVI. Ce mois-ci : St Vincent de Lérins

Qu’est-ce que la Tradition ?

Il n’est pas facile de comprendre ce qu’est la Tradition. Parler de fidélité à la Tradition est parfois considéré comme du fixisme par rapport au passé. D’ailleurs, on confond souvent la Tradition et les traditions. Quelle est la véritable signification de ce terme ?

Tradition vient du latin « tradere » qui signifie transmettre. La Tradition n’est donc pas une réalité statique désignant seulement un contenu, mais elle est l’acte de transmission de la Révélation divine. Le Concile Vatican II la définit ainsi : « La Tradition porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit-Saint aux apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité. » La Tradition et l’Écriture Sainte sont comme les deux canaux par lesquels la Révélation nous est donnée.

Mais si la Tradition progresse, peut-on arriver à des nouveautés radicales, à une rupture avec le passé ?

La foi ne change pas, car la Révélation est définitive en Jésus, mais sa compréhension se développe grâce à l’Esprit-Saint, qui assiste l’Église et la conduit vers la vérité tout entière. Face aux bouleversements du monde, de nouveaux problèmes sont à résoudre. Il n’y a pas de nouveauté à proprement parler dans la foi, mais une compréhension nouvelle de la foi de toujours. La lumière de la foi vient éclairer les situations nouvelles. Par exemple, devant les progrès de la technique, elle nous rappelle que nous ne pouvons pas faire n’importe quoi avec des êtres humains parce que, dès leur conception, ils sont créés à l’image de Dieu.

Que peut nous apprendre Saint Vincent de Lérins au sujet de la Tradition ?

St Vincent a mis en lumière la Tradition comme progrès dans la foi. Voici comment il exprime cette idée : « Mais peut-être dira-t-on : la doctrine chrétienne n’est donc susceptible d’aucun progrès dans l’Église du Christ ? Certes, il faut qu’il y en ait un, et considérable ! Qui serait assez ennemi de l’humanité, assez hostile à Dieu pour essayer de s’y opposer ? Mais sous cette réserve que ce progrès constitue vraiment pour la foi un progrès et non une altération, le propre du progrès étant que chaque chose s’accroît en demeurant elle-même, le propre de l’altération qu’une chose se transforme en une autre. » La Tradition est donc un véritable progrès mais non une altération, c’est-à-dire que, par elle, la foi s’accroît mais n’est pas transformée.

St Vincent utilise l’image du corps qui, tout en grandissant, reste le même. Les dogmes demeurent, et leur compréhension s’accroît avec le temps : « Tout ce qui a été semé par la foi de nos pères dans l’Église, qui est le champ de Dieu, nous devons le cultiver avec zèle, le surveiller, le faire fleurir et mûrir pour qu’il progresse et parvienne à sa plénitude. »