Agnès de Nanteuil (1922-1944) 2/2

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Rien pour moi ; tout pour les autres

27 juillet 1947, Vannes. Le général de Gaulle décerne la médaille de la Résistance à titre posthume à Agnès de Nanteuil (son frère Benoît la reçoit en son nom), à sa mère Sabine et à sa sœur Catherine. Elle est la seule femme à avoir donné son nom à une promotion d’élèves officiers. Nous avons admiré le mois dernier son héroïsme. Le moment est venu de découvrir la préparation de son cœur.

Agnès est née en 1922 à Neuilly, 1ère des 6 enfants de Sabine Cochin et Gabriel de la Barre de Nanteuil, 2 familles chrétiennes illustres pour leur héroïsme au service de la France. Agnès n’est pas facile. A 3 ans, sa mère lui dit : « Tu es méchante à tel point que je vais faire cadeau de toi à une autre dame », et elle de répondre : « Mais l’autre dame n’en voudra pas non plus. » Son cousin Raoul la dépeint ainsi à 10 ans : « volontaire, sûre d’elle-même, orgueilleuse, préférant mentir plutôt que de reconnaître ses torts, entraînant les autres à la révolte. » 

A 15 ans, au cours d’une retraite proposée par son lycée, c’est l’électrochoc : elle décide de changer. Ses résolutions sont très concrètes : communion et confession fréquentes, prière matin et soir, chapelet, visites au St-Sacrement, lecture spirituelle, retraite annuelle et ouverture à un père spirituel. Elle n’hésite pas à se priver de douceurs et à manger de ce qu’elle n’aime pas : navets, rutabagas, peau du lait. Rien pour moi, tout pour les autres, telle est la devise qu’elle s’est donnée, et pour l’appliquer, le jour de sa fête, elle donne l’argent qu’on lui offre pour les œuvres d’Eglise. Son intimité avec Jésus grandit à la mesure de sa persévérance dans son combat spirituel : « J’ai répondu une fois à maman : la barbe ! Ce n’est pas poli du tout. Et moi qui avais pris sérieusement la résolution de ne plus répondre ; ça me décourage un peu. » (août 38) « Je mets mon réveil tous les matins à 6 h 05. Comme ça, j’ai 5 mn pour me réveiller, ¼ h pour faire ma méditation, un autre ¼ h pour dire un chapelet pour Marcelle et puis après je repasse mes leçons. Comme ça, je suis de bonne humeur pour toute la journée parce que j’ai commencé par le Bon Dieu. » L’abbé Macé lui a donné une image de Jésus sur la Croix : « Je l’emmène partout. Je le mets dans chaque livre et alors comme je deviens sage ! Il me suffit de le regarder pour avoir envie de le serrer sur mon cœur, de l’embrasser, de l’arroser de mes larmes et surtout de le consoler. » (nov. 1938) Dans la JECF, elle s’engage à être apôtre, et dans le scoutisme à servir Dieu, l’Eglise et sa Patrie. Au cours d’une retraite, elle se pose avec sincérité la question de la vocation, mais elle comprend qu’elle est appelée au mariage : elle demande à Dieu de préparer son cœur et de ne pas « s’emballer comme une imbécile pour le premier venu. » 

1939, La guerre éclate. Malgré le danger, elle continue dans la clandestinité sa mission de cheftaine de louveteaux tout en préparant son bac. Après la mort de son papa, la famille s’installe à Vannes, zone occupée. Agnès désire à tout prix servir son pays : en juin 42 elle obtient de la Croix Rouge son diplôme de secouriste et se donne généreusement au service des blessés. Sa mère entre dans un réseau de résistance. Ses enfants l’aident de leur mieux. Que d’alliés ont été cachés chez eux, sous le nez de la Gestapo, dont le siège est au coin de la rue ! En décembre 1943, Sabine cède aux instances de sa fille : Agnès devient l’agent Claude… Vous connaissez la suite.

              « Ave Maria, pardonnez leur »

Recueillons à présent le témoignage des 35 prisonnières qui ont partagé ses 3 jours d’agonie, dans le wagon qui l’emmène en déportation. Agnès souffre atrocement : dans sa blessure mal soignée s’est installée la gangrène. Mais de ses lèvres ne sort aucune plainte, que des paroles d’encouragement. Cette femme « si belle, si blonde, si jeune et si courageuse. » leur parle de sa famille, de son Dieu et leur demande seulement de prier le chapelet auprès d’elle. Souvent elles l’entendent murmurer : « Ave Maria, pardonnez-leur. » « Et elle mourut sous nos yeux, calmement, héroïquement, son visage illuminé. » Au début de la guerre, elle avait écrit à son père spirituel : « Je crois que mourir jeune c’est une grande grâce que le Bon Dieu accorde, je voudrais tant en être digne bientôt. Oh ! Ne vous inquiétez pas, ce n’est pas que j’en ai assez de vivre, loin de là ! Mais voir le Bon Dieu face à face, quelle perspective ! » Et maintenant que tu es dans ce merveilleux face à face, chère Agnès, que nous dis-tu ? Sans aucun doute : « Courage, jeunes de France ! On ne lâche rien ! »