Anne de Guigné (1911-1922) – (1/2)

La petite fiancée de Jésus 

Essayons de suivre Anne de Guigné pas à pas, de sa naissance, le 25 avril 1911 à Annecy-le-Vieux, jusqu’à son envol avec les anges, le 14 janvier 1922 à Cannes. Une personne déclara qu’elle était faite pour le cloître ou pour le Ciel. Jésus choisit le Ciel et vint sans tarder cueillir son lys, devenu si pur, si beau.

Anne ne se doutait pas qu’elle touchait les cœurs. À la fin de sa vie, elle paraissait comme transfigurée. Ce fut assez marquant à la Toussaint 1921. À son contact, on se sentait devenir meilleur. « Anne, c’est notre petit Bon Dieu », disait Marinette, la benjamine. Au catéchisme, toutes les fillettes désiraient s’asseoir à côté d’Anne. Une religieuse avoua avoir changé plusieurs fois de trottoir pour passer près d’elle. À la messe, une petite fille faisait en sorte de communier à côté d’elle, car elle communiait si bien. Une dame se disant incroyante sortit de la messe à laquelle elle venait d’assister en s’écriant: « Vraiment, c’est divin, je ne puis plus croire que Dieu n’existe pas ! »

Qu’a donc fait cette fillette pour conquérir tant de monde et être déclarée vénérable en 1990 ? Ce fut d’abord une enfant pleine de défauts : orgueilleuse, jalouse, gourmande, capricieuse, coléreuse, etc. Toutefois, Anne (en famille : « Nénette ») n’aimait pas le mensonge, ayant une aversion pour tout ce qui n’était pas vrai, ainsi que pour le vulgaire et l’impur. Bretonne par sa mère, elle était dotée d’un fort caractère. Une fois sa volonté décidée à faire le bien, la grâce fit des merveilles.

Nénette fut d’abord un bébé charmant, comblant de bonheur les jeunes époux. Hélas, à la naissance de Jacques, son cœur fut envahi d’une jalousie incroyable. Que venait faire ce petit frère, sinon lui prendre sa place ? Quand Anne dépassait les limites, les corrections données par ses parents semblaient sans effet. À la naissance des petites sœurs, Anne n’avait plus de jalousie ; toutefois, elle demeurait ingouvernable. Il ne fallait pas contrarier cette petite demoiselle.

Puis, ce fut la Grande guerre et la séparation d’avec son père qui revenait au château de la Cour pour se faire soigner et repartait au plus tôt : il fallait sauver la patrie. Avec son bon cœur, Anne s’improvisa infirmière, apportant les béquilles à son papa. Un jour, on la fit sortir de la chambre de son père à l’heure du pansement ; ne comprenant pas, elle fit un tapage incroyable contre une porte voisine.

Finalement, malgré les prières et les sacrifices d’Anne, le capitaine de Guigné mourut le 22 juillet 1915 sur le champ de bataille, en Alsace. La veille, il s’était confessé et avait pu donner par écrit son ultime bénédiction paternelle à ses quatre enfants : « Je bénis Anne, Jacques, Magdeleine et Marie-Antoinette. » La nouvelle déchirante parvint à Annecy-le-Vieux : Mme de Guigné fut effondrée. Anne comprit le chagrin de sa mère et voulut la consoler. Sa mère lui dit : « Anne, si tu veux me consoler, il faut être bonne. »

(A suivre)