Le Noël orthodoxe

Noël n’est pas encore passé partout. En effet, beaucoup d’orthodoxes (notamment l’Église orthodoxe russe) et de gréco-catholiques ont conservé le calendrier julien (introduit par Jules César), qui comporte actuellement treize jours d’écart par rapport au calendrier occidental ou grégorien (institué par le pape Grégoire XIII au XVIe siècle), qui est devenu le calendrier civil. Le 25 décembre du calendrier julien correspond donc au 7 janvier du calendrier grégorien utilisé par les catholiques, les protestants, et par un certain nombre d’Églises orthodoxes.

Ainsi, les Églises qui utilisent le calendrier julien sont, aujourd’hui, encore dans la période de préparation aux fêtes de la Nativité. Cette préparation ne s’appelle pas « Avent » mais « Carême de Noël » ; c’est une période de jeûne qui commence quarante jours avant la fête, le 28 (15) novembre, jour de la fête du l’apôtre Philippe (c’est pourquoi cette période est parfois appelée aussi « Carême de Philippe »), et jusqu’au 6 janvier (24 décembre). Les deux dimanches précédant Noël sont appelés respectivement « Dimanche des Ancêtres » (dimanche de Gaudete pour nous), consacré aux patriarches et prophètes de l’Ancien Testament, et « Dimanche des Pères », consacré aux parents du Christ selon la chair, tels qu’ils apparaissent dans les généalogies du Seigneur.

Les célébrations des 6 et 7 janvier ressemblent par certains aspects aux nôtres. Le 6 janvier (24 décembre), on célèbre les Vêpres de Noël, puis une première liturgie eucharistique au cours de laquelle on proclame l’Évangile de la Nativité. L’office de minuit comporte les grandes complies, les matines, puis une seconde liturgie eucharistique, avec le canon de saint Jean Chrysostome, lors de laquelle on proclame l’Évangile de la venue des Rois Mages. Puis, le 8 janvier, appelé « Synaxe de la Mère de Dieu », on célèbre l’Eucharistie en l’honneur de la Vierge Marie. Dans l’Église latine, « Marie Mère de Dieu » est fêtée le 1er janvier. Douze jours après Noël, le 19 (6) janvier , les Orientaux fêtent l’Épiphanie ou Théophanie, au cours de laquelle ils célèbrent le Baptême du Seigneur. Il est à noter que ce jour est plus marqué que Noël.

Relevons quelques traditions populaires qui varient selon les pays. En Russie, le 24 est jour de jeûne jusqu’à la tombée de la nuit (c’est le « sochelnik »). Après la célébration de la première liturgie, on mange la « koutia », mélange de blé et de fruits confits. Les chrétiens chantent des chants populaires en passant de maison en maison, où leur est servie cette « koutia ». Durant la période soviétique, la persécution religieuse est allée, dans certaines régions, jusqu’à interdire la consommation de ce gâteau. Quant à la crèche, elle n’est pas traditionnelle, mais l’icône de la Nativité est exposée et décorée dans les maisons.

Mais, au fait, pourquoi treize jours séparent-ils nos liturgies ? L’année du calendrier julien est légèrement plus longue que l’année réelle donc, tous les 134 ans, on prend un jour de retard. La réforme grégorienne avait rattrapé les dix jours de retard accumulés en 1500 ans ; depuis, trois autres s’y sont rajoutés. Mais cet ajustement s’est fait de manière unilatérale puisque alors, l’Église d’Orient et l’Église d’Occident étaient séparées.