Qu’est-ce que la Tradition ?

Quatre témoins nous parlent : St Vincent de Lérins, Bx John Henry Newman, St Jean-Paul II, Benoît XVI. Ce mois-ci : St Jean-Paul II

Y a-t-il un texte majeur de saint Jean Paul II , où il exprime ce qu’est la tradition ?

En 1988, Monseigneur Lefebvre, qui reprochait à l’Eglise de ne pas être fidèle à la tradition, a ordonné quatre évêques, en désobéissance formelle au pape.

A l’occasion de cet événement douloureux pour l’Eglise, saint Jean Paul II a écrit au cardinal Ratzinger, le futur Benoît XVI, pour préciser ce qu’était la vraie et grande tradition.

Saint Jean-Paul II a été un grand défenseur de la foi et de la vérité. Que dit-il sur la Tradition ?

Durant vingt-cinq ans de pontificat, Jean-Paul II a été fidèle à l’enseignement du concile Vatican II afin que l’Église continue de vivre de la Tradition, c’est-à-dire de la vérité divine transmise par le Christ et ses apôtres, gardée et développée par le Magistère au cours des siècles, dans l’obéissance à l’Esprit-Saint. Son expérience du Concile nous aide à comprendre ce qu’est la Tradition.

Que représentait le Concile Vatican II pour Jean-Paul II ?

Sa participation au Concile comme archevêque l’a convaincu que l’Esprit de vérité avait parlé, avec autorité, par le concile Vatican II, pour préparer l’Église à entrer dans le 3e millénaire. Pour lui, il était clair que le Concile avait confirmé la doctrine héritée de la Tradition, et qu’il était aussi la voie sur laquelle l’Église devait avancer vers l’avenir.

Jean-Paul II avait compris l’esprit dans lequel devait se réaliser le Concile : fidèle à la Tradition, le Concile devait être aussi « renouveau ». Pourquoi ?

Le Concile constitue à la fois une confirmation de la vérité vécue par l’Église dès le commencement, et en même temps  il est « renouveau » (ou « aggiornamento ») de cette même vérité, pour rendre l’enseignement de la foi et de la morale, et toute l’activité apostolique et pastorale de l’Église, plus proches du monde contemporain. Ce travail de discernement incombe au Magistère de l’Église : le collège des évêques en union avec le Pape. 

Après le Concile, l’Église avait entrepris un vaste travail pour que ce « renouveau » pénètre de manière juste dans la conscience et la vie des fidèles. Mais à côté de cet effort,  Jean-Paul II avait constaté l’émergence de certaines tendances incompatibles avec la juste mise en œuvre du Concile. De quoi s’agit-il ?

L’une des tendances se caractérise par le désir de changements pas toujours en harmonie avec Vatican II. Ces changements voudraient exprimer un progrès, d’où le nom de « progressisme ». Ici le progrès est une orientation vers l’avenir qui rompt avec le passé, sans tenir compte de la Tradition. À l’opposé, l’autre tendance s’arrête au passé lui-même, sans tenir compte de la juste orientation vers l’avenir manifestée dans le Concile. D’où le nom de « conservatisme » ou « intégrisme ». Alors que la première semble reconnaître comme juste seulement ce qui est nouveau, l’autre, au contraire, ne tient pour juste que ce qui est « ancien », le considérant comme synonyme de la Tradition.  Mais, ce ne sont ni l’« ancien » ni le « nouveau » qui correspondent au concept exact de la Tradition de l’Église. Ce concept désigne, en effet, la fidélité durable de l’Église à la vérité reçue de Dieu, à travers les événements changeants de l’histoire. Ces deux tendances constituent donc une déviation à laquelle l’Église ne peut adhérer.