De l’importance d’un bon porte-greffe…

« Si la racine de l’arbre est sainte, les branches le sont aussi. […] Toi, olivier sauvage, tu as été greffé parmi les branches, et tu as part désormais à la sève que donne la racine de l’olivier », nous dit saint Paul ! (Rm 11, 16-17). Nous, pauvres branches d’olivier sauvage, avons été greffés sur l’olivier franc de l’Alliance par le baptême ! Mais savez-vous comment fonctionne le greffage ?

Origine 

Le greffage se pratique depuis très longtemps, suite à l’observation dans la nature de soudures spontanées entre des arbres. Selon Lucien Daniel (1927), la connaissance de la greffe remonte « aux premiers âges dont l’histoire nous a conservé le souvenir » ; l’auteur rappelle, en effet, que c’est dans les livres sacrés des Chinois, datés de 6000 avant notre ère, que sont mentionnées les premières données sur la greffe. De Chine, l’art de la greffe aurait assez tardivement été transmis aux peuples moyen-orientaux et méditerranéens.

Pourquoi  greffer ? 

Pour multiplier un arbre fruitier ou tout autre végétal, tout en conservant ses caractéristiques génétiques, on doit procéder par multiplication végétative : bouturage, marcottage ou greffage.

Dans le cas du greffage :

– le végétal inséré, qui doit se développer, s’appelle le greffon ou écusson ;

– la plante support, qui a des racines, se nomme le porte-greffe.

Greffer un arbre fruitier apporte plusieurs avantages :

multiplier un arbre fruitier qui est difficilement multipliable autrement ;

– avoir un arbre plus ou moins développé en optant pour un porte-greffe adapté : porte-greffe nanifiant ou porte-greffe franc vigoureux ;

– adapter un fruitier à un sol qui ne lui convient pas : en greffant par exemple un poirier sur une aubépine, on obtient un bon comportement en terre calcaire ;

– obtenir des récoltes précoces et améliorer le fruit ;

– apporter une résistance à diverses maladies ou aux insectes ;

– opter pour une meilleure pollinisation d’un sujet en greffant sur le même arbre un mâle et une femelle.

– créer des arbres à multiples variétés…

Porte-greffe

Plusieurs critères interviennent dans le choix d’un porte-greffe : la compatibilité avec la variété greffée, la vigueur, l’adaptation au sol (sec, humide/calcaire, argileux…), la forme, la mise à fruit (lente, moyenne, rapide…), la résistance aux maladies.

Greffon 

Il est constitué d’un ou plusieurs « yeux » de l’arbre à multiplier, en fonction de l’époque et du type de greffe pratiqué.

Quelles sont les conditions nécessaires à la reprise du greffage ?

– Unir deux végétaux compatibles. On ne greffe pas par exemple un noyer sur un cerisier. La plupart du temps, porte-greffe et greffon appartiennent au même genre botanique. Mais il existe aussi des cas où ils sont différents : par exemple le poirier « pyrus » greffé sur cognassier « cydonia ».

– Assurer la mise en contact des cambiums des deux végétaux à unir. En faisant coïncider les zones dans lesquelles circule la sève élaborée (liber), une connexion vasculaire se réalisera et le greffon pourra être alimenté.

– Enfin, l’eau et l’air ne doivent pas pénétrer dans la plaie, d’où la nécessité de liens bien serrés et parfois de l’ajout d’un mastic spécifique.

Après ces quelques explications, on comprendra mieux la suite de l’exhortation de saint Paul : « Alors ne sois pas plein d’orgueil […] ; ce n’est pas toi qui portes la racine, c’est la racine qui te porte ! » (Rm 11,18.)