Qu’est-ce que la Tradition ? (2/4)

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Quatre témoins nous parlent : St Vincent de Lérins, Bx John Henry Newman, St Jean-Paul II, Benoît XVI. Ce mois-ci : Benoît XVI

Le Concile Vatican II s’est, entre autres, penché sur la question du rapport entre l’Église et le monde, avec une bienveillance vis-à-vis du monde. Certains y ont vu une rupture, d’autres au contraire un développement dans la continuité. Qu’en était-il du rapport Église-monde au moment du Concile ?

Le monde est évidemment porteur de certaines valeurs positives et il revendiquait plus d’autonomie par rapport à l’Église. On voulait que l’Église reconnaisse ces valeurs.

L’affaire Galilée évoque cela dans le domaine des sciences : un scientifique avait été condamné par l’autorité ecclésiastique ; la science réclamait donc son indépendance.

Dans le domaine politique, on réclamait une indépendance vis-à-vis de l’Église : ainsi la Révolution française s’était présentée comme championne de la liberté et, à ce titre, avait voulu écarter l’Église.

Bref, il y avait des tensions entre l’Église et le monde ; on voulait les dépasser ! 

Benoît XVI parle de deux herméneutiques (c’est-à-dire deux façons de comprendre) : « une herméneutique de la discontinuité ou de la rupture », et « une herméneutique de la réforme ou du renouveau dans la continuité ».

Que représente une herméneutique de la discontinuité ou de la rupture ?

Selon cette vision, on estime que le Concile a amorcé une « ouverture au monde », qu’il faudrait maintenant pousser beaucoup plus loin. On espère ainsi dépasser toutes les tensions entre l’Église et le monde.

On en appelle alors à un soi-disant « esprit du Concile » et l’on prétend que, pour y être fidèle, il faut ne pas suivre les textes du Concile. Benoît XVI remarque : « On ouvre ainsi la porte à toutes les fantaisies. »

D’ailleurs, dire que le Concile a voulu une « ouverture au monde » est-il vraiment exact ?

Benoît XVI dit que c’est imprécis. Cela semble oublier que le monde, tout en ayant beaucoup de positif, n’est pas exempt de graves difficultés.

Ainsi la science n’a pas réponse à tout : elle permet par exemple de transformer le patrimoine génétique de l’homme, mais elle ne dit pas si cela est bien pour l’homme.

Dans le domaine politique, l’époque moderne a fait l’expérience de l’État qui rejette Dieu, ce qui a donné le nazisme et le communisme !

Que représente une herméneutique du renouveau dans la continuité ?

Selon le Concile, les réalités du monde (sciences, État, etc.) ont reçu leur valeur et leur autonomie propre du Créateur. Mais cela ne signifie pas que l’homme puisse en disposer sans référence au Créateur (cf. GS 36).

L’Église est donc appelée à dialoguer avec le monde avec une grande ouverture d’esprit pour accueillir ce qui est bon, mais aussi à exercer un discernement pour écarter ou corriger ce qui est mauvais. Cela sera toujours accompagné d’une certaine tension, car l’Église, à la suite de son divin Fondateur, sera toujours « signe de contradiction » (Lc 2, 34).

Selon le mot de St Jean XXIII ouvrant le Concile, il faut « transmettre la doctrine de façon pure et intègre, sans atténuation ni déformation », et en même temps la présenter « d’une façon qui corresponde aux exigences de notre temps ».