Bx Mario Borzaga (1932-1960)

De la monotonie du sacrifice à la palme du martyre

Le père Mario Borzaga est italien. Saisi par le témoignage d’un missionnaire, il entre à vingt ans chez les Oblats de Marie Immaculée (OMI).

Il écrit dans son journal : « Ma vocation ? Être un homme heureux, jusque dans l’effort pour m’identifier au Christ crucifié. »

        « Je voudrais être, comme l’Eucharistie, un bon pain pour être mangé par mes frères. »

Il manifeste une grande maturité spirituelle et décrit, prophétiquement, ce que sera toute sa vie : « Je voudrais être, comme l’Eucharistie, un bon pain pour être mangé par mes frères. Je dois donc passer d’abord par la mort sur la Croix. D’abord le sacrifice, ensuite la joie de me distribuer aux frères du monde entier. » Il est très conscient que son ordination le conforme au Christ : « Si Jésus m’a donné son amour, je dois lui donner de l’amour. S’il m’a donné son sang, je dois lui donner mon sang. Il m’a choisi. Il a donné la force aux martyrs et aux vierges. C’étaient des personnes comme moi, faibles et fragiles. Moi aussi, je suis choisi pour le martyre. »

En 1957, Mario part pour le Laos avec un groupe d’OMI. La mission est périlleuse ; il s’est porté volontaire. La majorité des habitants est bouddhiste, les conversions de Laotiens, rares. Seules quelques tribus, autrefois animistes, ont reçu favorablement l’Évangile. Le pays est alors ravagé par la guerre du Vietnam et une guérilla communiste cherche à anéantir le christianisme pour pouvoir imposer la doctrine marxiste. Au Laos, Dieu ne demande pas au jeune prêtre d’accomplir les exploits héroïques dont il rêvait mais de travailler dans l’obscurité, sans succès apparent. Il lui faut apprendre la langue et acquérir des connaissances élémentaires qui lui permettront de vivre parmi la population indigène : chasse, pêche, construction de huttes, mécanique, soin des malades… Il note : « Ma croix, c’est moi-même. C’est la langue que je n’arrive pas à apprendre. C’est ma timidité qui m’empêche de prononcer un seul mot en laotien. » Comme Jésus, il connaît la peur de souffrir et de mourir. « Tout t’appartient, Seigneur. Même le malaise, l’angoisse, le remords, l’obscurité. »

Son premier poste est un village hmong… où l’on ne parle pas laotien ! Il s’y retrouve seul et doit combattre une vive répugnance pour la nourriture laotienne et le manque d’hygiène. Le père Mario ne se décourage pas et place en Dieu tout sa confiance. Il rend mille services et gagne le cœur des Hmongs. Il s’occupe comme un père de sa petite communauté chrétienne.

Fin avril 1960, il part avec son jeune catéchiste de dix-neuf ans, Paul Xyooj, pour évangéliser un village distant de trois jours de marche. Une fois repartis de là, on ne les revit plus jamais et on ne retrouva d’eux aucune trace. Quarante ans plus tard, des témoins parlèrent. Le père Mario et Paul avaient été arrêtés le 1er mai par une patrouille de la guérilla. Les soldats avaient demandé à Paul de s’enfuir mais il avait refusé d’abandonner le prêtre. Ils les avaient alors forcés à creuser leur propre tombe avant de les tuer. « Je suis sûr que Jésus, dans la bataille, utilise aussi les baïonnettes usées, les canons rouillés, les fantassins endormis. Je tiens à lui faire savoir que j’en fais partie afin qu’il m’utilise à quelque chose. »