« Ecce Panis Angelorum » (tiré de la séquence de la Fête du Saint Sacrement)

La fête du Saint Sacrement ou Fête-Dieu, est célébrée en France le deuxième dimanche après la Pentecôte. Cette fête a été instituée par le Bx pape Urbain IV, en 1264. La Fête-Dieu avait pour but de confondre certaines hérésies qui prospéraient à cette époque, portées par un certain Bérenger de Tours, qui niait la présence réelle du Christ dans le Saint-Sacrement. Dans sa bulle Transiturus de hoc mundo, Urbain IV écrivait : « Bien que l’Eucharistie soit chaque jour solennellement célébrée, nous considérons juste que, au moins une fois par an, l’on en honore la mémoire de manière plus solennelle. En effet, les autres choses dont nous faisons mémoire, nous les saisissons avec l’esprit et avec l’intelligence, mais nous n’obtenons pas pour autant leur présence réelle. En revanche, dans cette commémoration sacramentelle du Christ, bien que sous une autre forme, Jésus-Christ est présent avec nous dans sa propre substance. En effet, alors qu’il allait monter au Ciel, il dit : “Et moi, Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde.” » (Mt 28, 20.) Quelque cinquante années plus tard, le pape Jean XXII demandait qu’en la Fête-Dieu ait lieu la procession du Saint Sacrement.

        « … pour adorer la sainte Eucharistie et réparer les offenses commises contre ce sacrement. »

Cet enrichissement de la liturgie était une volonté divine, révélée par Dieu Lui-même à sa servante sainte Julienne de Mont-Cornillon (1192 – 1258). Orpheline dès l’âge de cinq ans, elle fut recueillie par les sœurs du Mont-Cornillon, chez qui elle rentra, âgée de quatorze ans. Dans une vision, Jésus lui montra la Lune traversée par une bande opaque représentant l’absence de fête liturgique pour adorer la sainte Eucharistie et réparer les offenses commises contre ce sacrement. Soutenue dans sa prière par la Bse Ève de Liège, elle réussit à faire approuver la fête du Saint Sacrement dans son diocèse de Liège. Elle s’éteignit en 1258 à Fosses-La-Ville, en Belgique. « Dans la cellule où elle gisait, disait Benoît XVI, le 17 novembre 2010, le Très Saint Sacrement fut exposé et Julienne mourut en contemplant avec un dernier élan d’amour Jésus Eucharistie, qu’elle avait toujours aimé, honoré et adoré. » Six ans après sa mort, en 1264, le pape Urbain IV instituait la fête du Corpus Domini pour l’Église universelle.

Il célébra lui-même la première fête du Saint Sacrement en la ville d’Orvieto, où était conservé le corporal qui, un an auparavant, avait été taché du Précieux Sang de Notre-Seigneur. En effet, en 1263, dans la ville de Bolsène, proche d’Orvieto, un prêtre saisi d’un doute sur la Présence réelle, au moment de la Consécration, avait vu l’hostie devenir rosée, et du sang s’en écouler, tachant le corporal. Ainsi, en ce jour, le pape Urbain IV reconnaissait ce miracle eucharistique et célébrait la première solennité en l’honneur du Corps et du Sang du Christ.

Urbain IV demanda à St Thomas d’Aquin d’écrire les oraisons de cette fête, ce qui nous valut la magnifique séquence du Lauda Sion Salvatorem. Sachons donc proclamer avec le saint Docteur : « Dogma datur christianis, quod in carnem transit panis et vinum in sanguinem. » (C’est un dogme pour les chrétiens que le pain se change en son Corps et le vin en son Sang.)