Le pari de Pascal

Peut-être avez-vous déjà entendu cette expression qui met en lien un mystérieux pari avec le nom du célèbre philosophe et physicien clermontois du XVIIe siècle. Effleurons l’univers de ses pensées pour découvrir ce qu’il nous dit de la foi, laquelle n’est justement pas un pari.

Le plan de ses Pensées, qu’il voulait être une « apologie du christianisme », mais que la maladie ne lui permit pas de porter à son terme, montre tout l’amour qu’il porte et toute la crédibilité qu’il accorde à notre religion. Comme il l’écrivait lui-même, « les hommes ont mépris pour la religion ; ils ont haine et peur qu’elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n’est point contraire à la raison, vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable, faire souhaiter aux autres qu’elle fût vraie ; et puis montrer qu’elle est vraie. » (Pensées, éd. Lafuma, fragment 12) Vénérable, elle l’est parce que plus que toute autre, sa doctrine équilibre la grandeur de l’homme qui est image de Dieu avec la misère du péché qui l’avilit. Aimable, parce qu’elle affirme la possibilité de jouir de l’intimité divine dès ici-bas. Vraie enfin, parce qu’elle suscite des raisons de croire que Dieu est vraiment intervenu dans l’Histoire.

Le philosophe présente le cœur de son pari sous la forme d’un dialogue entre lui-même (croyant) et un libertin agnostique. Il l’exhorte à parier sur l’existence de Dieu et à y conformer sa vie, dans le but d’acquérir la vie éternelle, même si, dans un premier temps, cette réalité future ne lui apparaît pas du tout. L’objectif de Pascal est de pousser le libertin – qui est aussi son lecteur – à rectifier sa conduite morale pour se mettre dans de bonnes dispositions pour accueillir la foi. Il faut en effet noter que les passions désordonnées qui tourmentent le cœur de l’homme sont un obstacle majeur à l’acquisition et au développement de la foi. Il s’agit donc, avant tout, d’une éducation à la vertu de tempérance.

Dans le dialogue, le libertin objecte que, tout en appliquant ces bons conseils, il est possible qu’il ne parvienne jamais à la conversion et que, dès lors, tant d’efforts s’avèrent inutiles. À cela, notre philosophe répond : « Quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti ? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, ami sincère, véritable. À la vérité, vous ne serez point dans des plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices ; mais n’en aurez vous point d’autres ? Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie ; et qu’à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude du gain, et tant de néant de ce que vous hasardez, que vous reconnaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie. » (ibid., fragment 233)

L’opinion très répandue qui affirme que Pascal a présenté la foi comme étant un pari est donc erronée. Si cela avait réellement été le cas, ce pari n’aurait en aucun cas pu être tenu pour catholique