Madame Élisabeth de France (1764-1794), petite sœur de Louis XVI (I/2)

Fin 2017, l’archevêque de Paris rouvrait la cause de béatification de Madame Élisabeth. Des témoins racontent qu’au moment de son exécution, un parfum de rose s’est répandu sur la place de la Révolution (l’actuelle Concorde). Le soir de ce 10 mai 1794, Robespierre retrouve des amis qui l’abordent en disant : « Citoyen, on murmure dans les rues, cela fait tort à la République. Que vous a fait Mme Élisabeth ? Pourquoi avez-vous envoyé à l’échafaud cette innocente et vertueuse princesse ? » Robespierre proteste : « C’est Collot d’Herbois qui me l’a arrachée. » Ainsi même les pires ennemis de la famille royale rendirent hommage à sa sainteté…

Élisabeth est la huitième et dernière enfant du dauphin Louis-Ferdinand et de Marie-Josèphe de Saxe, un couple édifiant au milieu d’une cour largement corrompue. Hélas, elle perd son père à vingt mois et sa mère à trois ans. Cette blessure va la rendre colérique. Babet donne du fil à retordre à sa gouvernante, Mme de Marsan qui, de son côté, ne lui offre pas la bonté maternelle dont elle aurait tant besoin. Rétive à l’obéissance, elle ne souffre cependant pas qu’on lui résiste. N’ira-t-elle pas jusqu’à cravacher son petit chien tant chéri « parce qu’il a désobéi » ?

1769 :  Babet, avec sa grande sœur Clotilde, future reine de Sardaigne et bienheureuse, assiste à la leçon d’équitation des jeunes princes. Elle manifeste un véhément désir de monter à cheval, ce qui lui est catégoriquement refusé. À la fin, les gentilshommes présents s’inclinent devant elles, mais Babet, du haut de ses cinq ans, passe fièrement, la tête haute et les lèvres pincées. Mme de Marsan la prive de jeux et l’oblige à copier sur deux pages : « Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui est Dieu, fut obéissant toute son enfance. » À la fin de ces heures d’écriture, Babet se jette dans les bras de sa sœur : « Oh, Clotilde ! Prions ensemble pour que je devienne obéissante comme le petit Jésus ! » Jésus opérera cette transformation à partir de sa Première communion, à onze ans. « Babet est un perpétuel printemps », pouvait dire l’un de ses frères.

Elle devient une jeune femme accomplie, excellente cavalière, éprise de nature et d’art, douée en sciences, notamment en botanique et en mathématiques  (sa table préparatoire à l’étude des logarithmes fut utilisée par l’École militaire !) À la cour, elle se tient en dehors de toutes les intrigues et œuvre pour l’unité de la famille royale, dont les membres sont très divisés. Lorsque Marie-Antoinette la rejoignit, à quatorze ans, elle fut immédiatement conquise par sa petite belle-sœur ; elle jouait volontiers avec elle, et plus tard cette forte amitié lui fut d’un grand secours.

Ne se sentant appelée ni au mariage ni à la vie religieuse, Élisabeth mène une vie de princesse tout en donnant la première place à la prière et à la charité envers les pauvres, ce qui ne l’empêche nullement d’être vive et enjouée. « N’importe que le monde nous haïsse ou nous aime, pourvu que nous soyons bien avec Dieu. Nous ne serons heureux qu’en mettant en lui, uniquement, notre espoir » écrit-elle à une de ses nombreuses amies. L’avenir montrera qu’elle ne se gargarisait pas de mots.

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