Madame Élisabeth de France (1764-1794) – (2/2)

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la petite sœur de Louis XVI  

Que d’heures, de jour comme de nuit, Madame Elisabeth ne passa-t-elle pas à supplier les Cœurs de Jésus et de Marie ! Et que de personnes elle convainquit de faire de même ! Cent fois, elle aurait pu échapper à la mort, mais elle comprit dans la prière que sa mission était de soutenir jusqu’au bout son frère et d’offrir sa vie pour le relèvement de la France. Elle fit exécuter deux cœurs en or pur portant gravé « L’Église de France, la Famille royale » et les fit déposer à Notre-Dame de Chartres, dans le reliquaire du voile de la Sainte Vierge.

20 juin 1792, la populace envahit les Tuileries, château délabré où la famille royale était tenue sous surveillance. Chaque fois qu’on la presse de se retirer, Mme Elisabeth répète : « Je ne quitterai pas le roi. » Quelques furieux la prennent pour la reine, l’entourent et la menacent. Elle reste calme. « Arrêtez, crient les gardes nationaux, ce n’est pas la reine, c’est Mme Elisabeth ! » « Mais ne les désabusez pas ! s’écrie douloureusement la princesse, je la sauverai peut-être ainsi. »  La pique d’un émeutier effleure sa gorge. « Vous ne voudriez pas me faire mal, dit-elle alors avec douceur, alors écartez votre arme. » Les révolutionnaires restent un instant silencieux puis s’éloignent, tête basse. Une femme du peuple s’écrie alors : « Il n’y a rien à faire aujourd’hui, leur Ste Geneviève est là ! » 

Pendant son incarcération, bien des geôliers furent retournés par sa noblesse d’âme. Bien qu’étroitement surveillée, elle put, par son ingéniosité, exercer inlassablement sa charité : obtenir en secret le secours d’un prêtre réfractaire à Louis XVI avant son exécution, faire parvenir un colis de linge fin à la reine dans sa cellule, faire que soit épargnée la vie d’une femme noble qui, quoique enceinte, devait être guillotinée avec elle, aider les vingt-trois autres condamnés à mourir l’âme en paix…

Le jour de sa mort fut bien le point culminant de sa vie offerte. Elle s’était vêtue de blanc pour aller à la rencontre de son Époux. Sur le passage de la charrette, nulle insulte. Chaque condamné, avant de s’avancer vers la guillotine, vint à ses pieds lui rendre ses derniers hommages et recevoir d’elle son doux encouragement et son beau sourire. Elle s’avança à son tour, en dernier, très calme. Son voile tomba, découvrant son cou, orné d’une médaille de l’Immaculée Conception. « Au nom de votre mère, monsieur, couvrez-moi », intima-t-elle doucement au bourreau. Ce furent ses dernières paroles.

Depuis longtemps, elle disait chaque jour cette prière : « Que m’arrivera-t-il aujourd’hui, ô mon Dieu ? je l’ignore. Tout ce que je sais, c’est qu’il ne m’arrivera rien que Vous ne l’ayez prévu de toute éternité. Cela me suffit, ô mon Dieu, pour être tranquille. J’adore vos desseins éternels, je m’y soumets de tout mon cœur. Je veux tout, j’accepte tout, je Vous fais un sacrifice de tout ; j’unis ce sacrifice à Celui de votre cher Fils, mon Sauveur, Vous demandant, par son Sacré-Cœur et par ses mérites infinis, la patience dans mes maux et la parfaite soumission qui Vous est due pour tout ce que Vous voudrez et permettrez. Ainsi soit-il. »