Sus à l’envahisseur !

Après nous être émerveillés devant la beauté des papillons au mois d’avril, nous nous désolons des ravages produits par une chenille : la Pyrale du buis (Cytalima perspectalis).

Vous avez sans doute observé que les plants de buis (Buxus) ont été dévastés, spécialement cet été… À Saint-Pierre-de-Colombier, en quelques jours, la colline de Notre-Dame des Neiges a perdu toute sa verdeur. Nous pouvions observer, impuissants, toutes ces chenilles dévorer les arbustes. Mais d’où provient cette espèce de lépidoptère ? Pourquoi ne consomme-t-elle que le buis ? Quels sont les effets de sa présence ?…

Tout d’abord, soulignons que la pyrale du buis est une espèce ‘exotique’, c’est-à-dire présente dans une zone ou un écosystème d’où elle n’est pas originaire. Force est de constater que le nombre d’espèces ‘exotiques’ (végétales et animales) augmente en Europe de manière exponentielle du fait des échanges entre continents. Ces espèces ont des conséquences négatives, non seulement sur la biodiversité, puisqu’elles prennent le pas sur certaines espèces locales, mais aussi au niveau agricole ou même économique. Mais revenons à notre chenille…

Originaire d’Extrême-Orient, la pyrale du buis fut introduite par l’importation de plants asiatiques en Europe dans les années 2000 et détectée en Alsace, il y a environ 8 ans, selon un technicien de l’ONF. Depuis lors, ce lépidoptère a colonisé presque tout l’Hexagone. Le buis est l’unique victime de sa voracité : « Si la population est importante, elles attaquent l’écorce et provoquent le dessèchement de la tige, ce qui perturbe les vaisseaux conducteurs de sève et peut entraîner la mort de l’arbre », explique le technicien forestier. N’ayant aucun prédateur naturel en Europe, elle prolifère sans peine, et c’est une véritable invasion.

Les chenilles, non urticantes, sont vert clair, ornées de stries vert foncé, avec une tête noire et luisante. Les vols de papillons s’observent entre juin et octobre. Deux à trois générations se succèdent dans l’année. Cependant, c’est dès le mois de mars que les chenilles attaquent. « Délivre-moi de mes ennemis, mon Dieu ; de mes agresseurs, protège-moi », pourrait gémir le buis avec le psaume 58 !

Si l’on ne parvient pas à contrôler le développement de cette espèce, elle continuera à détruire le buis. À terme, la disparition de cet arbuste, très présent dans les forêts méridionales et sur les terrains calcaires des autres régions, aura des conséquences néfastes sur l’érosion des sols et sur l’écosystème. Le fait que les buis soient desséchés accroît en outre les risques d’incendie.

Voici quelques solutions pour lutter contre cette espèce : une méthode chimique consiste à pulvériser sur le feuillage un insecticide biologique à base de Bacillus thuringiensis : cette bactérie, ingérée par les chenilles, les fera mourir en quelques heures. Une autre méthode consiste à protéger les buis avec des voiles anti-insectes en période de vol (vers juin et septembre). Enfin, une troisième solution est de contrôler l’infestation en douchant le buis au jet d’eau sous pression par beau temps. Un jet puissant endommage en effet les nids et les toiles, et déloge œufs, chrysalides et chenilles.

Les chenilles sont bien sûr appréciées par les oiseaux, mais des mésanges, après en avoir consommé, ont été retrouvées mortes… En effet, le buis est toxique, donc les chenilles aussi.

Courage dans la lutte !