Patriotisme ou nationalisme ?

Dans l’un de ses livres sur la doctrine sociale de l’Église, le philosophe Marcel Clément a cherché à éclairer ces termes à la lumière des enseignements du Magistère.

Les événements sociaux que vit, ces derniers mois, notre pays, tant en ce qui concerne l’immigration que la qualité de vie en général, ramènent avec une acuité particulière au cœur des débats la question de l’amour de son pays mais aussi celle de ses inévitables déformations.

À la suite de la longue Tradition, il définit tout d’abord le patriotisme comme une vertu, un acte de piété légitime, un sentiment d’amour respectueux envers son pays. Saint Thomas écrivait lui-même à ce sujet : « Les plus grands devoirs de l’homme sont d’abord ceux qui l’obligent envers Dieu, ensuite ceux qui lient sa conscience à l’égard de ses parents et de sa patrie. Comme donc la religion rend un culte à Dieu, ainsi la piété doit rendre un culte aux parents et à la patrie. » Cet amour de la patrie, qui nous pousse à lui rendre une certaine mesure de ce qu’on a reçu d’elle, dépasse largement, dans l’esprit, la stricte justice. En outre, le vrai patriotisme ne s’exerce jamais au dépens des autres nations.

Pour ce qui est du nationalisme, le philosophe s’appuie sur des discours des papes Pie XII et Jean-Paul II pour montrer qu’il y a une réelle différence à saisir entre, d’une part, la réalité de la vie de la nation (qui ne s’identifie pas forcément avec un État) et, d’autre part, la politisation de celle-ci, qui débouche sur l’idéologie du nationalisme. St Jean-Paul II s’exprimait ainsi : « Le fond de l’erreur consiste à confondre la vie nationale au sens propre avec la politique nationaliste. La première, droit et gloire d’un peuple, peut et doit être développée ; la seconde, source de tous les maux, ne sera jamais assez rejetée. » La vie nationale désigne le riche ensemble de toutes les valeurs de civilisation qui sont propres à un groupe donné. Elles le caractérisent et sont pour lui un lien spirituel source d’unité, tout en s’incarnant concrètement dans le quotidien. La vie nationale n’est donc pas quelque chose de politique ; elle peut se développer au sein d’un État sans pour autant en épouser les limites politiques. C’est lorsque cette vie nationale est exploitée par un État centralisateur et dominateur qui fait de la nationalité le critère et la force de son expansion, qu’apparaît le germe de l’idéologie insensée et que pointent les premières discordes. Le nationalisme, surtout dans ses formes les plus radicales, glisse facilement vers l’aberration du totalitarisme.

Dans le contexte occidental actuel, deux lignes de conduite semblent distinguer les pays, l’une axée sur un libéralisme qui fustige en les confondant patriotisme et nationalisme, l’autre axée sur le conservatisme. De plus, tous ces pays subissent pour la plupart une forme de nationalisme conquérant qui prend pour fondement le principe religieux lui-même, et qui s’appelle le fondamentalisme religieux, ce qui rend plus actuelles encore ces réflexions.