Le trac, ou l’art de s’exprimer en public

Qui n’a jamais ressenti les symptômes du trac avant de donner un exposé : perte de mémoire, difficulté d’élocution, gorge sèche et jambes en coton ?

Même des hommes politiques, des hommes d’affaires, des professeurs ou encore des prêtres, pourtant rompus à l’exercice de la parole en public, montent parfois à leur pupitre avec une angoisse immaîtrisable.

Immaîtrisable ? Comprendre d’où vient le trac permet pourtant d’en réduire bien des effets. Il est une sorte de paralysie qui saisit l’orateur : une très forte tension intérieure qui bloque le geste et la parole. Il trouve son origine dans la peur de l’échec, objectivement causée par un caractère timide, mais aussi parfois subjectivement… par l’orgueil.

Souvent, l’orateur s’est forgé intérieurement un modèle à la perfection duquel qu’il se sent incapable d’atteindre. Il se dit alors : « Je vais faire comme si j’étais à l’aise, puisque c’est ainsi que je dois être. » Mais là, tout s’effondre : incapable de jouer le rôle qu’il s’est fixé, il balance entre s’efforcer de s’y tenir, et accepter de se présenter sous son vrai jour au public. Dilemme terrible, qui le paralyse.

Même si la part objective du trac ne doit pas être occultée, sa part subjective est tout de même réelle : on s’attribue des défauts imaginaires (difformité physique, mauvais habillement) et l’on prête au public des sentiments féroces exagérés : « Ils me jugent, eux qui en savent plus que moi et qui, de toute façon, me sont supérieurs d’une façon ou une autre ! »

En fait, la cause essentielle de ce problème, quand celui-ci est davantage fruit de l’orgueil que d’une timidité naturelle, c’est une plus grande préoccupation de soi que du public, dont on tend à oublier la présence. Dans cette perspective, la tactique de celui qui s’efforce de faire comme si le public n’était pas là est désastreuse. L’orateur considère en effet alors sa prestation comme un combat : soit il sera vaincu, humilié, car la tactique aura échoué, soit il sera vainqueur.

Ce n’est que lorsque l’orateur aura appris à accepter ses imperfections et à s’accorder avec son public qu’il sera vainqueur.

L’art de s’exprimer en public, surtout si le public est proche et interactif, s’apprend. L’orateur est d’abord regardé : son apparence est-elle correcte ? Son attitude est-elle vraiment ou faussement détendue (une respiration calme a un très fort pouvoir là-dessus) ? Ses yeux sont-ils ternes (ennui), brillants (passion), fuyants (peur) ? A-t-il des tics ? Par exemple, dire « voilà » à chaque fin de phrase ou réajuster perpétuellement sa chemise sont des petites choses déconseillées. L’orateur est aussi écouté : parle-t-il fort, distinctement et doucement ? Son propos est-il construit, son style, varié ?

Enfin, il n’y a pas que le public qui peut interagir avec l’orateur : celui-ci doit lui-même savoir se « dédoubler » pour sentir son public (est-ce qu’il suit, ou bien se dissipe, s’ennuie ; est-il d’accord ou non ?…) tout en poursuivant son propos, et en l’ajustant au besoin. Toute occasion d’entraînement est à saisir.