Yujiro (1855-1870) 2/ 2

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Un martyr de quinze ans 

Au bout du quatorzième jour de torture, le corps de Yujiro devint violet, il suffoquait et sa fin semblait proche. Son tortionnaire, Morioka, ne voulant pas qu’il meure, demanda à sa sœur Matsu de venir le chercher. Elle le ramena dans la prison, mais pour le soigner, il n’y avait ni remède ni feu ni eau chaude. Elle l’entoura de ses propres vêtements et le frictionna de toutes ses forces, mais il était impossible de réchauffer ce corps gelé jusqu’aux os.

Alors Yujiro lui dit : « Pardonne-moi, grande sœur, j’ai pleuré, j’ai crié, j’étais à bout de forces. En pensant aux douleurs que Jésus a connues, j’aurais dû être plus courageux. Ma foi était faible et je n’en pouvais plus… Mais le huitième jour, après avoir prié de tout mon cœur Jésus, la Vierge Marie, St Joseph, j’ai levé les yeux, et j’ai vu sur le toit un tout petit moineau. Il criait aussi au milieu du vent glacial, mais quand sa mère est venue lui apporter de la nourriture, il s’est tu. En voyant cette scène, j’ai compris que si une maman moineau prend ainsi soin de son enfant, combien plus mon Père qui est au Ciel prend soin de moi.

Grande sœur, j’ai compris très clairement que si je perdais l’Espérance, le Malin viendrait me faire tomber. J’ai alors offert toutes mes souffrances. Maintenant, je suis sûr que Jésus a pardonné mes fautes et qu’Il m’attend au Paradis. »

Puis il se mit à prophétiser : « Grand frère, grande sœur, vous, vous retournerez sains et saufs à Urakami. Les chrétiens pourront prier librement. Grande sœur, toute ta vie tu enseigneras aux jeunes enfants. Grand frère, tu te marieras, et l’un de tes fils deviendra prêtre. Vous serez toujours forts dans votre foi. Ne faites pas pleurer les enfants ; ils sont purs. Aimez les enfants… » Puis Yujiro rendit sa belle âme à Dieu. C’était le 26 novembre.

Sa sœur Matsu consacra toute sa vie aux orphelins, se souvenant sans cesse du testament de son frère : « Ne faites pas pleurer les enfants. » Avec d’autres jeunes filles, elle mena comme une vie religieuse. Jinzaburo eut la joie de voir son fils aîné devenir prêtre et c’est lui, le père Moriyama, qui baptisa Takashi Nagaï après sa conversion. Quant à Morioka et aux autres fonctionnaires, ils furent si impressionnés par la force et la douceur des chrétiens exilés qu’ils avaient torturés qu’après leur départ, leurs yeux s’ouvrirent et ils voulurent étudier la religion de leurs prisonniers.

Sur le Col du mont Vierge, à la place du temple-prison, s’élève une chapelle en l’honneur de ces martyrs. Chaque année, le 3 mai, elle attire de nombreux pèlerins.  Elle est dédiée à la « Mère de la Grâce divine » pour la remercier de son puissant soutien, comme en témoigna Yasaturo, 32 ans, qui la priait sans cesse, recroquevillé dans une cage exposée au grand froid, mais le visage si joyeux : « Chaque soir après minuit, une belle dame vient me visiter et me dit des choses merveilleuses. Mais ne dites rien à personne tant que je serai vivant. »