Benoît XVI explique la racine des abus sexuels dans l’Église

Vu la difficulté de résumer le texte, nous vous invitons vivement à le lire dans son intégralité pour mieux en saisir l’unité et l’importance

Du 21 au 24 février, à l’invitation du pape François, les présidents des conférences épiscopales du monde entier se sont réunis au Vatican pour évoquer la crise actuelle de la Foi et de l’Église ; […] Il était nécessaire de diffuser un message fort, et de chercher à prendre un nouveau départ, de manière à rendre l’Église de nouveau crédible en tant que lumière parmi les peuples, et force au service de la lutte contre les puissances de la destruction. […]

Mon travail est divisé en trois parties. Dans la première partie, je vise à présenter brièvement le contexte social. […] Dans une deuxième partie, je tente d’indiquer les effets qu’a eus cette situation sur la formation et la vie des prêtres. Pour conclure, dans la troisième partie, je voudrais développer quelques perspectives en vue d’une réponse droite de la part de l’Église. […]

I- Parmi les libertés que la Révolution de 1968 s’est battue pour conquérir, il y avait aussi cette liberté sexuelle absolue, qui ne tolérait plus aucune norme […] Dans le même temps, et indépendamment de cette évolution, la théologie morale catholique s’est effondrée, laissant l’Église sans défense face à ces changements sociétaux […]. Le pape Jean-Paul II […] commanda des travaux en vue d’une encyclique qui remettrait ces choses à l’endroit. Elle fut publiée sous le titre de Veritatis splendor le 6 août 1993, et provoqua de vives contre-réactions de la part de théologiens moraux. […]

II- […] Cette liquidation de l’autorité d’enseignement moral de l’Église devait nécessairement produire des effets dans divers domaines de l’Église. […]

Dans divers séminaires, des clubs homosexuels furent établis, […] qui ont significativement modifié le climat des séminaires. […] La relation des évêques vis-à-vis de leurs séminaristes était également très variable. Par-dessus tout, le critère pour la nomination des nouveaux évêques était désormais leur « conciliarité » […] Dans les faits, dans de nombreuses parties de l’Eglise, les attitudes conciliaires étaient comprises comme le fait d’avoir une attitude critique négative à l’égard de la tradition existant jusqu’alors, et qui devait  désormais être remplacée par une nouvelle relation, radicalement ouverte, au monde […] Cela vaut peut-être la peine de mentionner que dans un nombre non négligeable de séminaires, des étudiants pris sur le fait d’avoir lu mes livres furent jugés inaptes au sacerdoce. […]

La question de la pédophilie, telle que je m’en souviens, n’est devenue aiguë qu’au cours de la seconde moitié des années 1980. […] Ce n’est que lentement qu’un renouveau et un approfondissement de la loi pénale du nouveau code, construite délibérément de manière souple, commencèrent à prendre forme. Outre cela, cependant, il y avait un problème fondamental de perception de la loi pénale. Seul ce qu’on appelait le garantisme était encore considéré comme « conciliaire ». Cela signifie que par-dessus tout, les droits de l’accusé devaient être garantis, à tel point que de fait, toute condamnation était exclue […]

Permettez-moi ici de faire une brève digression. A la lumière de l’étendue des transgressions pédophiles, une parole de Jésus est de nouveau présente dans les esprits, qui affirme : « Mais si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on lui mît autour du cou une de ces meules que les ânes tournent, et qu’on le jetât dans la mer » (Marc, 9, 41).

L’expression « ces petits » dans le langage de Jésus signifie les fidèles ordinaires qui peuvent être amenés à chuter par l’arrogance intellectuelle de ceux qui se pensent intelligents dans leur foi. Donc ici, Jésus protège le dépôt de la foi avec une menace insistante de punition adressée à ceux qui lui portent atteinte. […] Selon cette signification il devient clair, contrairement à tous garantisme, que ce n’est pas seulement le droit de l’accusé qui est important et qui a besoin d’une garantie. De grands biens, telle la Foi, sont également importants […] Il est en réalité important de comprendre que de telles transgressions de la part de clercs nuisent en dernier ressort à la Foi. C’est seulement là où la Foi ne détermine plus les actions de l’homme que de tels crimes sont possibles.

III- Que devons-nous faire ? […] Seuls l’obéissance et l’amour de Notre Seigneur Jésus-Christ peuvent indiquer le droit chemin […] Un monde sans Dieu ne peut être qu’un monde sans signification. […] Il est tout simplement là, on ne sait trop comment, et n’a ni but ni sens. Dès lors, il n’y a pas de normes du bien ou du mal. […] La vérité ne compte pas – en fait, elle n’existe même pas. […] La société occidentale est une société dont Dieu est absent de la sphère publique et qui n’a plus rien à lui dire. Et c’est pourquoi il s’agit d’une société où la mesure de l’humanité se perd de plus en plus. Sur des points précis, il devient soudain visible que ce qui est mal et détruit l’homme est devenu la norme acceptée. Il en va ainsi de la pédophilie. Théorisée il n’y a pas très longtemps comme étant tout à fait légitime, elle s’est étendue de plus en plus loin. […] Le fait que cela ait pu aussi s’étendre dans l’Eglise et parmi les prêtres devrait nous troubler tout particulièrement. Pourquoi la pédophilie a-t-elle atteint de telles proportions ? En dernière analyse, la raison en est l’absence de Dieu. […] Considérons cela par rapport à une question centrale, la célébration de la Sainte Eucharistie. La manière dont nous traitons l’Eucharistie ne peut que provoquer de la préoccupation. Le concile Vatican II était à juste titre centré sur la volonté de remettre ce sacrement de la présence du Corps et du Sang du Christ, de la présence de sa Personne, de sa Passion, de sa Mort et de sa Résurrection, au centre de la vie chrétienne et de l’existence même de l’Eglise. […] Et pourtant, c’est une attitude assez différente qui prévaut. Ce qui prédomine n’est pas une nouvelle révérence envers la présence de la mort et de la résurrection du Christ, mais une manière de Le traiter qui détruit la grandeur du mystère. […] La manière dont les personnes présentes reçoivent facilement en maints endroits le Saint-Sacrement ; comme si cela allait de soi, montre que beaucoup ne voient plus dans la communion qu’un geste purement cérémoniel. […] ce qui faut d’abord et avant tout, c’est bien davantage le renouveau de la foi en la présence de Jésus-Christ qui nous est donnée dans le Saint-Sacrement. […] La crise causée par les nombreux cas d’abus commis par des prêtres nous pousse à considérer l’Eglise comme quelque chose de misérable : une chose que nous devons désormais reprendre en mains et restructurer. Mais une Eglise fabriquée par nous ne peut constituer l’espérance. […] oui, il y a des péchés dans l’Eglise, il y a du mal. Mais aujourd’hui encore il y a la sainte Eglise, qui est indestructible. […] L’une des tâches les plus grandes et des plus essentielles de notre évangélisation est d’établir, autant que nous le pouvons, des lieux de vie de Foi, et par-dessus tout, de les trouver et de les reconnaître.