Les fonts baptismaux

En entrant dans une église, beaucoup, sûrement, passent devant sans les remarquer. Peut-être parce que le Saint-Sacrement est le premier objet de leur pensée… sinon parce qu’ils n’y font tout simplement pas attention. De quoi s’agit-il ? Des fonts baptismaux c’est-à-dire des cuves contenant l’eau bénite utilisée pour les baptêmes.

Les fonts baptismaux ont leur place dans nos églises depuis le début du christianisme ou du moins, depuis les premiers siècles, dans une pièce appelée baptistère, qui était hors de l’église. En effet, l’Église baptisait les catéchumènes (personnes se préparant au baptême) hors du lieu de culte pour signifier que, tant que le Baptême n’est pas administré, la personne ne fait pas encore partie du peuple de Dieu qui seul peut participer à la liturgie divine.

Leurs tailles et leurs formes ont varié selon les époques. Dans les premiers siècles, le Baptême était reçu uniquement par immersion, si bien que les baptistères avaient la forme d’une grande cuve creusée dans le sol, ou étaient simplement de grandes baignoires comme encore aujourd’hui dans la cathédrale saint Étienne de Metz, qui date de l’époque romaine.

Les catéchumènes entraient par le côté occidental du baptistère, le côté de la nuit, du jour qui baisse. Cela symbolise la mort et le péché auxquels le futur baptisé tourne le dos pour ne plus y revenir. Il est donc plongé, par trois fois, dans la mort du Christ, pour en ressortir dans la gloire de sa Résurrection à l’orient, le côté du soleil levant, de la lumière et de la vie de la grâce : « En mimant l’ensevelissement du Christ par le Baptême, le corps du baptisé est enseveli dans l’eau. Par conséquent, c’est l’abandon d’une vie selon la chair que le Baptême suggère symboliquement. » (Saint Basile.)

À partir du XIe siècle, le Baptême par aspersion se répand. Les fonts baptismaux en dehors de l’église sont de moins en moins utilisés. Ils entrent dans l’église et prennent la forme que nous connaissons le plus aujourd’hui : des cuves de petite taille posées sur un socle.

Le plus souvent, ces cuves ont une forme octogonale. Dans la tradition chrétienne, le chiffre huit est le symbole de la plénitude et de l’achèvement. En effet, le Christ est ressuscité le huitième jour, le dimanche, accomplissant l’œuvre de la Création et commençant la nouvelle Création. De plus, en architecture, l’octogone permet de passer du carré au cercle ; c’est le passage d’un monde à l’autre, comme la fontaine baptismale fait renaître à une vie nouvelle.

Considérons un instant les fonts baptismaux de la cathédrale de Vérone, en Italie. Ils datent du XIIe siècle et sont un chef-d’œuvre de la sculpture romane. Sur chaque côté de l’octogone est représenté un épisode de la vie du Christ : l’Annonciation, la Visitation et la Nativité, l’annonce aux bergers, l’adoration des mages, Hérode ordonnant le massacre des Saints Innocents, le massacre, la fuite en Égypte, et le Baptême de Jésus. L’inspiration religieuse, l’intention catéchétique et le talent de l’artiste s’unissent pour faire surgir cette œuvre de grande valeur.