Vivre libre ou mourir

Entremont, Haute-Savoie, nuit du 9 au 10 mars 1944. Un groupe de maquisards, à leur tête le lieutenant Théodose Morel, Tom pour ses hommes, prend l’Hôtel de France où siège l’État-major de la Garde mobile de réserve du gouvernement de Vichy.

Dans l’attaque, le commandant Lefèvre de la GMR est fait prisonnier. Dans une discussion entre le lieutenant et le commandant, celui-ci s’empare de son revolver, qu’on lui avait laissé par respect pour son grade d’officier. Il tire sur le lieutenant qui s’effondre, tué d’une balle en plein cœur, tirée à bout portant…

Revenons sur l’histoire émouvante du maquis des Glières, place forte de la résistance dont la devise « Vivre libre ou mourir » résume, à elle seule, cette folle aventure, qui se conclura peu après la mort du lieutenant Morel, le 26 mars 1944.

Lieutenant Tom Morel

Pendant la seconde Guerre mondiale, la résistance se déploie dans les maquis, notamment après l’invasion de la zone libre, le 8 novembre 1942, puis avec l’instauration du Service du travail obligatoire (STO) en février 1943. En janvier 1944, face à l’occupation allemande, l’Armée secrète appelle à une opération d’envergure sur le Plateau des Glières pour préparer une zone de parachutage pour les Alliés et reconquérir la France occupée. L’opération commence le 31 janvier 1944, avec le lieutenant Tom Morel, chef départemental du maquis et ancien officier du 27e bataillon de chasseurs alpins d’Annecy. Plus de quatre cent cinquante maquisards répondent à l’appel. Glières devient le symbole de la Résistance française. Ils doivent réceptionner plusieurs tonnes de matériel. Mais, à cause de la neige, ils ne reçoivent que cinquante-quatre conteneurs pour armer les hommes. Le reste doit être envoyé un mois plus tard, le 10 mars. Pendant ce temps, les forces de l’ordre du gouvernement de Vichy font le siège du plateau. Le 9 mars, l’annonce d’un parachutage massif renforce la confiance des hommes, qui sont sur le qui-vive. Un homme infiltré dans la Garde mobile annonce la montée d’un groupe contre les Glières, installé à Entremont. La fin de cette nuit, nous la connaissons. Les forces de l’ordre sont mises hors d’état de nuire mais Tom Morel tombe, tué d’une balle française.

L’intérim du commandement est assuré par « Joubert », puis par le capitaine Anjot. Le 26 mars, trois groupes allemands attaquent le plateau, aidés par la Milice française, tandis que des raids aériens allemands intensifient leurs tirs. À 22h, le capitaine Anjot donne l’ordre aux maquisards de décrocher. Le 27, le plateau est évacué, les hommes dispersés. Le capitaine Anjot meurt sous les balles allemandes le même jour. La répression se poursuit. Au total, ce furent plus de cent vingt maquisards tués et une vingtaine de villageois assassinés.

La tragédie des Glières montre le dévouement d’hommes tel que Tom Morel qui pour un idéal tiendront ferme face à l’ennemi. Pierre Golliet dit de lui : « Il fit des Glières quelque chose de lui-même… Sur le Plateau, la Résistance avait à remplir une mission d’avant-garde : pour la première fois, elle s’affirmait au grand jour. À cette tâche sans précédent devait correspondre une atmosphère extraordinairement pure. Un homme sut la créer : le lieutenant Morel, que l’on appelait Tom. Sublimant tout ce que le maquis possédait de nobles traditions, il éleva les hommes au-dessus d’eux-mêmes, et il sut par le rayonnement de son caractère, cristalliser autour de lui cette synthèse de vertus maquisardes qu’il portait en lui. »