Ils me percent les mains et les pieds ; je peux compter tous mes os.

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En parcourant l’Écriture... La mission du Serviteur Souffrant

6 - le chemin de Croix et la crucifixion

« En dehors de la Croix il n’y a pas d’autre échelle par où monter au ciel » disait  Sainte Rose de Lima[1]. Le chemin de la Croix est donc le chemin du Ciel. Et ce chemin, Dieu a commencé à l’indiquer dès l’Ancien Testament, à travers des figures qui trouvent leur accomplissement en Jésus portant sa Croix puis crucifié pour le Salut du monde

Suivons donc aujourd’hui Jésus sur ce chemin, et re-parcourons a posteriori les chemins de l’Ancien Testament qui nous conduisent vers leur accomplissement en Jésus !

Comme le faisait remarquer Benoît XVI, les récits des évangélistes concernant la Passion de Jésus sont tout particulièrement tissés d’allusions aux paroles de l’Ancien Testament. Ici, « la Parole de Dieu et l’évènement se compénètrent l’une l’autre. Les faits sont, pour ainsi dire, remplis de Parole – de signification ; et inversement : ce qui jusqu’alors n’avait été que Parole – et souvent Parole incompréhensible – devient réalité et ainsi seulement s’entrouvre à la compréhension. [2]»

Notre présentation des éléments de l’Ancien Testament préfigurant les évènements du Chemin de croix et de la crucifixion sera donc loin d’être exhaustive. Mais elle peut nous aider pour comprendre combien Dieu est pédagogue et veut nous faire comprendre en profondeur son plan de Salut. Comme Jésus nous le disait hier dans l’évangile : « Je vous parle ainsi, pour que vous ne soyez pas scandalisés. […] Voici pourquoi je vous dis cela : quand l’heure sera venue, vous vous souviendrez que je vous l’avais dit. » (Jn 16, 1 ; 4)

Nous commencerons par mettre en avant des figures de la Croix dans l’Ancien Testament, puis nous nous pencherons sur certaines préfigurations du rude chemin de la Croix que devra endurer le Messie Souffrant pour terminer sur des prophéties plus directement liées au moment de la crucifixion.

1- Voici le bois de la Croix qui a porté le Salut du monde !

Dès le Livre de la Genèse, on trouve des préfigurations de la Croix comme objet de Salut. Ainsi les Pères ont vu dans l’arche de Noé (cf. Gn 6) une préfiguration de la Croix qui sauve des eaux de la mort : « L’arche, en bois, figure la croix, planche de salut de l’humanité. Toujours par le bois vient la vie. Du temps de Noé, en effet, les vies furent sauvées par une arche de bois. [3]» nous dit en effet Saint Cyrille de Jérusalem.

Dans le Livre de l’Exode, on trouve également l’épisode des eaux de Mara : « Ils [le peuple hébreu marchant dans le désert] arrivèrent à Mara mais ne purent boire l’eau de Mara car elle était amère ; d’où son nom de « Mara ». Et le peuple récrimina contre Moïse en disant : « Que boirons-nous ? » Alors Moïse cria vers le Seigneur, et le Seigneur lui montra un morceau de bois. Moïse le jeta dans l’eau, et l’eau devint douce. C’est là que le Seigneur leur fixa un statut et un droit, là où il les mit à l’épreuve. » (Ex 15, 23-25). Le bois jeté par Moïse dans les eaux amères devenues douces par son intermédiaire est aussi interprété comme une figure de la Croix qui nous sauve de l’amertume de la mort en nous donnant l’eau de la vie éternelle.

Enfin, dernier exemple que nous pouvons citer, qui provient du Livre des Nombres, c’est celui du serpent d’airain fixé sur le mât par Moïse[4] : « le Seigneur dit à Moïse : « Fais-toi un serpent brûlant, et dresse-le au sommet d’un mât : tous ceux qui auront été mordus, qu’ils le regardent, alors ils vivront ! » (Nb 21,8). Là encore, on peut y voir une image de Jésus dressé au sommet de la Croix ; on retrouve dans son identification avec le « serpent » l’intuition de Saint Paul disant aux Corinthiens : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. » (2 Co 5, 21).

2 – Le chemin de croix

Là encore, dès le Livre de la Genèse est annoncé en figure le douloureux chemin de Croix. Ainsi, lorsque Dieu demande à Abraham de sacrifier son fils Isaac, on y voit déjà une figure de Jésus portant lui-même le bois de la Croix pour son propre sacrifice : « Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble. » (Gn 22,6). L’homélie d’Origène à ce sujet est particulièrement éloquente ; il dit en particulier : « Si Isaac porte lui-même le bois de l'holocauste, c'est que cela est une figure du Christ qui " porta lui-même sa croix ", bien que, toutefois, porter le bois de l'holocauste soit l'office du prêtre : mais le Christ est à la fois la victime et le prêtre. Le mot qui suit : " Et ils s'en allèrent tous deux ensemble ", se rapporte au même mystère. Tandis, en effet, qu'Abraham, s'apprêtant à sacrifier, porte le feu et le couteau, Isaac ne marche pas derrière lui, mais avec lui, montrant par là qu'il s'acquitte lui aussi, pareillement, de la fonction sacerdotale. [5]»

Le Roi David, dans le Deuxième Livre de Samuel, devient lui aussi une figure du Messie Souffrant lorsque, chassé par son propre fils Absalom, il s’enfuit vers le Mont des Oliviers, traversant lui-même, comme le fera Jésus mille ans plus tard, le torrent du Cédron : « Le roi traversa le torrent du Cédron, et tout le peuple passa en face du chemin qui longe le désert […]. David montait par la montée des Oliviers ; il montait en pleurant, la tête voilée ; il marchait pieds nus. Tous ceux qui l’accompagnaient avaient la tête voilée ; et ils montaient en pleurant. » (2S 15, 23 ; 30). Sur ce chemin, il sera insulté et frappé : « Comme le roi David atteignait Bahourim, il en sortit un homme du même clan que la maison de Saül. Il s’appelait Shiméï, fils de Guéra. Tout en sortant, il proférait des malédictions. Il lançait des pierres à David et à tous les serviteurs du roi, tandis que la foule et les guerriers entouraient le roi à droite et à gauche. Shiméï maudissait le roi en lui criant : « Va-t’en, va-t’en, homme de sang, vaurien ! » (2S 16, 5-7)

Enfin, prophétie majeure de toute la Passion du Seigneur, nous retrouvons ici encore le 4ème chant du Serviteur souffrant d’Isaïe : « il était sans apparence ni beauté qui attire nos regards, son aspect n’avait rien pour nous plaire. Méprisé, abandonné des hommes, homme de douleurs, familier de la souffrance, il était pareil à celui devant qui on se voile la face ; et nous l’avons méprisé, compté pour rien. En fait, c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Et nous, nous pensions qu’il était frappé, meurtri par Dieu, humilié. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. » (Is 53, 2-7).

C’est à bon droit qu’Isaïe a été appelé « l’évangéliste de l’Ancien Testament » : dans ses prophéties du Serviteur souffrant, on suit presque pas à pas la Passion du Seigneur, son chemin de Croix, sa crucifixion…

3 – La crucifixion

Enfin, certaines prophéties s’attachent plus directement au moment de la crucifixion en lui-même.

Pour souligner l’ignominie du supplice, rappelons d’abord la malédiction liée au supplice de la Croix : « Quant à cette malédiction de la Loi, le Christ nous en a rachetés en devenant, pour nous, objet de malédiction, car il est écrit : Il est maudit, celui qui est pendu au bois du supplice. » (Ga 3, 13) disait Saint Paul aux Galates. Cette malédiction provient effectivement du Livre du Deutéronome : « on ne laissera pas son cadavre sur l’arbre durant la nuit. Tu devras le mettre au tombeau le jour même, car un pendu est une malédiction de Dieu // Maudit quiconque pend au gibet » (Dt 21,23).

On comprend alors l’empressement des juifs à retirer au plus vite les corps des suppliciés sur la croix : « Comme c’était le jour de la Préparation (c’est-à-dire le vendredi), il ne fallait pas laisser les corps en croix durant le sabbat, d’autant plus que ce sabbat était le grand jour de la Pâque. Aussi les Juifs demandèrent à Pilate qu’on enlève les corps après leur avoir brisé les jambes. » (Jn 19,31).

Parmi les psaumes, plusieurs expriment de manière saisissante la Passion de Notre Seigneur. Citons par exemple le Psaume 62, qui met en avant les insultes des ennemis mais aussi le vinaigre dont on abreuva le Seigneur sur la croix : « Toi, tu le sais, on m'insulte : je suis bafoué, déshonoré ; tous mes oppresseurs sont là, devant toi. L'insulte m'a broyé le cœur, le mal est incurable ; j'espérais un secours, mais en vain, des consolateurs, je n'en ai pas trouvé. A mon pain, ils ont mêlé du poison ; quand j'avais soif, ils m'ont donné du vinaigre. » (Ps 68, 20-22).

Mais plus encore, c’est le Psaume 21 qui décrit de manière prodigieuse les évènements. C’est d’ailleurs le Psaume que Jésus Lui-même a repris avant de mourir sur la croix !

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?

Le salut est loin de moi, loin des mots que je rugis.

Mon Dieu, j'appelle tout le jour, et tu ne réponds pas ;

Même la nuit, je n'ai pas de repos.

Toi, pourtant, tu es saint, toi qui habites les hymnes d'Israël !

C'est en toi que nos pères espéraient, ils espéraient et tu les délivrais.

Quand ils criaient vers toi, ils échappaient ; en toi ils espéraient et n'étaient pas déçus.

Et moi, je suis un ver, pas un homme, raillé par les gens, rejeté par le peuple.

Tous ceux qui me voient me bafouent, ils ricanent et hochent la tête :

 « Il comptait sur le Seigneur : qu'il le délivre ! Qu'il le sauve, puisqu'il est son ami ! »

C'est toi qui m'as tiré du ventre de ma mère, qui m'a mis en sûreté entre ses bras.

A toi je fus confié dès ma naissance ; dès le ventre de ma mère, tu es mon Dieu.

Ne sois pas loin : l'angoisse est proche, je n'ai personne pour m'aider.

Des fauves nombreux me cernent, des taureaux de Basan m'encerclent.

Des lions qui déchirent et rugissent ouvrent leur gueule contre moi.

Je suis comme l'eau qui se répand, tous mes membres se disloquent.

Mon cœur est comme la cire, il fond au milieu de mes entrailles.

Ma vigueur a séché comme l'argile, ma langue colle à mon palais.

Tu me mènes à la poussière de la mort.

Oui, des chiens me cernent, une bande de vauriens m'entoure.

Ils me percent les mains et les pieds ;

je peux compter tous mes os. Ces gens me voient, ils me regardent.

Ils partagent entre eux mes habits et tirent au sort mon vêtement.

Mais toi, Seigneur, ne sois pas loin : ô ma force, viens vite à mon aide !

Préserve ma vie de l'épée, arrache-moi aux griffes du chien ;

sauve-moi de la gueule du lion et de la corne des buffles. 

Tu m'as répondu !

Et je proclame ton nom devant mes frères, je te loue en pleine assemblée.

Vous qui le craignez, louez le Seigneur,

glorifiez-le, vous tous, descendants de Jacob,

vous tous, redoutez-le, descendants d'Israël.

Car il n'a pas rejeté, il n'a pas réprouvé le malheureux dans sa misère ;

il ne s'est pas voilé la face devant lui, mais il entend sa plainte.

Tu seras ma louange dans la grande assemblée ;

devant ceux qui te craignent, je tiendrai mes promesses.

Les pauvres mangeront : ils seront rassasiés ;

ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent :

« A vous, toujours, la vie et la joie ! »

La terre entière se souviendra et reviendra vers le Seigneur,

chaque famille de nations se prosternera devant lui :

« Oui, au Seigneur la royauté, le pouvoir sur les nations ! »

Tous ceux qui festoyaient s'inclinent ;

promis à la mort, ils plient en sa présence.

Et moi, je vis pour lui : ma descendance le servira ;

on annoncera le Seigneur aux générations à venir.

On proclamera sa justice au peuple qui va naître : Voilà son œuvre ! »

 

Benoît XVI écrit dans son livre « Jésus de Nazareth » : « Le Psaume 22 [21] est un grand cri angoissé que l’Israël souffrant adresse au dieu qui apparemment se tait. Le mot « crier » qui, surtout chez Marc, prend aussi dans le récit sur Jésus en Croix une importance centrale, caractérise pour ainsi dire le ton de ce psaume. « Insoucieux de me sauver malgré les mots que je rugis ! » y est-il dit, dès le début. Dans les versets 3 et 6, il est encore question de ce cri. Toute la douleur de celui qui souffre devant Dieu apparemment absent devient audible. Là, le simple fait d’appeler ou de prier n’est pas suffisant. Dans l’angoisse extrême, la prière devient nécessairement un cri.

Les versets 7-9 parlent du mépris qui entoure le priant. Ce mépris devient un défi lancé à Dieu et ainsi le souffrant est encore davantage tourné en dérision : « Il s’est remis à Dieu, qu’il le délivre ! Qu’il le libère, puisqu’il est son ami ! » La souffrance innocente est interprétée comme preuve du fait que Dieu véritablement n’aime pas celui qui est mis à la torture. Le verset 19 parle du tirage au sort des vêtements, comme cela est effectivement arrivé au pied de la Croix.

Mais ensuite, le cri d’angoisse se transforme en une profession de confiance, bien plus c’est, sur trois versets, l’anticipation et la célébration d’un grand exaucement. D’abord : « de toi vient ma louange dans la grande assemblée, j’accomplirai mes vœux devant ceux qui le craignent. » (v.26). L’Eglise naissante sait qu’elle est la grande assemblée où se célèbrent l’exaucement de celui qui implore, son salut – la Résurrection ! Puis suivent deux autres éléments surprenants. Le salut concerne non seulement le priant, mais devient « rassasiement des pauvres » (v.27). Mieux encore : « tous les lointains de la terre se souviendront et reviendront vers le Seigneur ; toutes les familles des nations se prosterneront devant lui. » (v.28).

Comment l’Eglise naissante aurait-elle pu ne pas reconnaître en ces versets, d’une part, le rassasiement des pauvres grâce au mystérieux banquet nouveau, qui lui est donné par le seigneur dans l’Eucharistie ? Et comment, d’autre part, aurait-elle pu ne pas y voir l’évènement inattendu que les peuples du monde se convertissaient au Dieu d’Israël, au Dieu de Jésus-Christ – c’est-à-dire que l’Eglise se formait en puisant chez tous les peuples ? L’Eucharistie (la louange : v.26 ; le rassasiement : v.27) et l’universalité du Salut (v.28) apparaissent comme le grand exaucement de Dieu, qui répond au cri de Jésus. Il est important de garder toujours présent à l’esprit le vaste cours des évènements contenus dans ce psaume pour comprendre comment, dans le récit de la Croix, il a une place aussi centrale.  [6] »

Dans son crucifiement, Jésus apparaît une fois encore comme le véritable agneau pascal dont aucun os ne doit être brisé ; le Livre de l’Exode dit en effet : « Vous ne briserez aucun de ses os. » (Ex 12, 46). Résonne aussi le psaume 33 : « Malheur sur malheur pour le juste, mais le Seigneur chaque fois le délivre. Il veille sur chacun de ses os : pas un ne sera brisé. » (Ps 33, 20-21). « Le Seigneur, le Juste, a beaucoup souffert, mais Dieu l’a gardé : aucun de ses os n’a été brisé. [7]»

Enfin, le prophète Zacharie nous offre un épilogue à la Crucifixion : « Ils regarderont vers Celui qu'ils ont transpercé, ils feront une lamentation sur lui, comme on se lamente sur un fils unique ; ils pleureront sur lui amèrement, comme on pleure sur un premier-né. » (Za 12,10) et plus loin : « Ce jour-là, il y aura une source qui jaillira pour la maison de David et pour les habitants de Jérusalem : elle les lavera de leur péché et de leur souillure. » (Za 13,1). Dans la mort de Jésus sur la Croix, c’est déjà notre purification qui est annoncée !

« Ce n'est qu'à présent qu'il est possible de rendre grâce à Dieu sans réserve, car l'événement le plus horrible - la mort du Rédempteur et notre mort à tous - a été transformé grâce à un acte d'amour en un don de vie[8]»

Références

[1] Cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique n°618

[2] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (tome 2) – p.233 (éditions du Rocher)

[3] Saint Cyrille de Jérusalem – Catéchèse 13,20

[4] Pour approfondir cette figure, voir https://30propheties.com/22-la-figure-du-serpent-d-airain.html

[5] Origène – Homélies sur la Genèse – Homélie n°8 : le sacrifice d’Abraham

[6] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (tome 2) – p.235-236 (éditions du Rocher)

[7] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (tome 2) – p.256 (éditions du Rocher)

[8] Cardinal J. Ratzinger – « Eucharistie, communion et solidarité » - conférence lors du congrès eucharistique de Bénévent, 2 juin 2002

 

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