Comme un maître qui seul est juge de ce qu'il doit dire à son élève...

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En parcourant l’Écriture… les Actes des Apôtres

à partir des homélies de Saint Jean Chrysostome !

Après la Pentecôte, nous voici maintenant lancés dans le "temps de l'Eglise". Pour mieux vivre ce temps, nous vous proposons d'étudier plus spécifiquement ces prochaines semaines les Actes des Apôtres avec l'aide de Saint Jean Chrysostome

Par une cinquantaine d'homélies, Saint Jean Chrysostome commente, exhorte, explique à ses auditeurs ce livre qu'il juge méconnu et pourtant si important.

C'est pour nous l'occasion de découvrir à nouveau la richesse de l'enseignement des Pères de l'Eglise, qui n'a rien perdu de son actualité ! 

Aujourd'hui des extraits de sa 2ème homélie sur les Actes des Apôtres, où St Jean Chrysostome commente la demande des Apôtres à Jésus, juste avant son Ascension : "Seigneur, sera-ce dans ce temps-ci que vous rétablirez le Royaume d'Israël ? (Ac I,6)

Homélie II : Jésus enseigne avant son Ascension

Les apôtres, voulant interroger Jésus-Christ, l'entourèrent tous ensemble, afin d'en obtenir une réponse, ne fût-ce que par unanimité de leur prière. Car ils n'ignoraient point que dans sa bouche cette parole : « Nul ne sait le jour » (Matth. XXIV, 36), signifiait moins un refus formel et une complète ignorance qu'une réponse évasive. Ils s'approchent donc de nouveau et renouvellent leur demande. Mais ils n'eussent jamais osé la lui adresser s'ils n'avaient cru à sa prédiction ; et parce qu'il leur avait promis que bientôt ils recevraient l'Esprit-Saint, ils se croyaient déjà dignes de connaître ce jour et de jouir de la liberté promise. […]  Aussi, sans faire aucune mention de l'Esprit-Saint, posent-ils ainsi la question : « Seigneur, sera-ce dans ce temps-ci que vous rétablirez le royaume d'Israël ? » Ils ne disent pas : « Quand rétablirez-vous ? » mais : « Sera-ce présentement que vous rétablirez », tant ils désiraient connaître ce jour ! C'est pourquoi ils abordent le Sauveur tous ensemble et comme pour lui faire honneur.

Je pense toutefois qu'ils ne comprenaient pas clairement en quoi consistait ce royaume, car ils n'avaient pas encore été instruits par l'Esprit-Saint. […] Au reste, cette demande prouve qu'ils étaient encore attachés aux choses de la terre, quoique bien moins qu'auparavant. Et cependant, quelque imparfaits qu'ils soient, ils se font déjà de Jésus-Christ des idées plus hautes ; et lui-même, les voyant plus avancés dans les voies spirituelles, leur tient un langage plus sublime. Il ne répète donc point ce mot : « Le Fils de l'homme ne connaît pas ce jour », mais il leur dit : « Ce n'est point à vous de connaître les temps ou les moments que le Père a disposés dans sa puissance ». C'est comme s'il leur eût dit : « Vous demandez à connaître une chose au-dessus de votre portée. » Vous m'objecterez qu'ils avaient déjà connu des mystères bien plus relevés. […] Car ils savaient que Jésus-Christ était Fils de Dieu et méritait les honneurs divins ; ils savaient qu'il ressusciterait, qu'il monterait au ciel, et qu'il s'assiérait à la droite de Dieu le Père. Ils savaient, prodige vraiment incroyable, que dans la personne de Jésus-Christ, notre chair, élevée au plus haut des cieux, serait adorée des anges, et que cet Homme-Dieu reviendrait sur la terre pour juger tous les hommes. Enfin, ils savaient que dans ce grand jour, assis eux-mêmes sur des trônes, ils jugeraient les douze tribus d'Israël, et que les gentils prendraient la place des Juifs rejetés.

La connaissance d'un avenir si admirable tient vraiment du miracle, et il semble qu'il est moins étonnant de savoir l'époque précise où un royaume sera rétabli. De plus, l'apôtre a connu des secrets qu'il n'est pas permis à l'homme de révéler, les choses qui ont précédé la création du monde. Est-il donc plus difficile d'en connaître la fin que le commencement ? […]

Eh quoi, ô Jésus, n'êtes-vous pas initié aux secrets du Père ? Vous connaissez le Père, et il vous cacherait ses décrets ? Vous avez dit « Personne ne connaît le Père, si ce n'est le Fils » ; et encore : « L'Esprit pénètre toutes choses, même les profondeurs de Dieu », et il n'y aurait que ce secret qui vous serait caché ? (Luc, X; 22; I Cor. II, 10.) Cela ne peut être ; et tel n'est point le sens de sa réponse. Mais Jésus-Christ a feint de ne pas connaître ce jour pour éloigner des questions intempestives. […] « Mais vous recevrez », ajoute-t-il, « la vertu «de l'Esprit-Saint qui viendra en vous». Tout à l'heure il refusait de répondre à leurs questions, et maintenant, comme un maître qui seul est juge de ce qu'il doit dire à son élève, il leur révèle un secret dont la connaissance était utile pour calmer leurs frayeurs et étayer leur faiblesse. C'est aussi afin de mieux les rassurer et de raffermir leur courage, qu'il voile les difficultés de l'avenir. Comme il allait les quitter, il ne leur adresse nulle parole sévère, et avec un art infini il tempère le blâme par l'éloge. Ne craignez point, leur dit-il, « car vous recevrez la vertu de l'Esprit-Saint qui viendra en vous, et vous serez mes témoins dans Jérusalem, dans toute la Judée et la Samarie ». Auparavant il leur avait dit : « N'allez point vers les nations, et n'entrez point dans les villes des Samaritains ». (Matth. X, 5.) Mais aujourd'hui il veut qu'ils prêchent l'Évangile dans toute la Judée, dans la Samarie, et, ce qu'il dit pour la première fois, «jusqu'aux extrémités de la terre. »

Ce fut après cette solennelle parole que, prévenant toute nouvelle question, « il s'éleva en leur présence, et une nuée le déroba à leurs yeux » […] Jésus-Christ, qui n'était point ressuscité sous le regard de ses apôtres, voulut donc monter au ciel en leur présence. […]

Ce prodige s'opéra donc au moment où les apôtres faisaient à Jésus-Christ une question qu'ils considéraient comme très importante, et où tout préoccupés de ce qu'il allait leur répondre, ils étaient attentifs et vigilants. […] Le divin Sauveur ne dit pas absolument à ses apôtres « Je m'en vais », cette parole les eût contristés ; mais il leur dit : « Je vous enverrai l'Esprit consolateur ». (Jean, XVI, 5, 7.) Quant à son élévation au plus haut des cieux, ils la virent de leurs propres yeux. Dieu ! quel magnifique spectacle! « Et comme ils le contemplaient montant vers le ciel, voilà que deux hommes se présentèrent devant eux avec des vêtements blancs, et leur dirent : Hommes de Galilée, pourquoi demeurez-vous là regardant les cieux ? Ce Jésus, qui du milieu, de vous a été élevé dans le ciel, viendra de la même manière que vous l'y avez vu monter ».

Ce sont des anges qui leur apparurent sous une forme humaine, et avec un visage riant. Observons aussi la manière dont ils s'expriment : en parlant de Jésus-Christ, ils disent : « ce Jésus », comme le montrant du doigt, et en s'adressant aux apôtres, ils les nomment « hommes de Galilée», afin de donner à leur parole plus de poids et d'autorité. Autrement, pourquoi les désigner par le nom de leur patrie ? Ajoutons encore que l'éclat de leur beauté attirait sur eux les regards des apôtres, et prouvait surabondamment qu'ils venaient du ciel. Mais pourquoi Jésus-Christ leur envoie-t-il ses anges, au lieu de leur parler lui-même? C'est que déjà il les avait instruits de toutes choses, et qu'il suffisait de les leur rappeler par le ministère des esprits célestes. […]

D'ailleurs, cet admirable spectacle inspira aux apôtres des idées toutes sublimes, et leur donna une importante notion du second avènement de Jésus-Christ. « Il viendra de la même manière », dirent les anges. Cette parole signifie que Jésus-Christ paraîtra en son humanité sainte, ce que les apôtres désiraient tant savoir, et que ce sera aussi sur les nuées qu'il paraîtra pour le jugement général. […]

Au reste, c'est à l'ascension du divin Sauveur que se rapporte cette parole du Psalmiste : « Les nuées et l'obscurité sont sous ses pieds ». (Ps. XCVI, 2.) Et cette parole est identique à celle-ci : « Une nuée le reçut ». Reconnaissons donc en lui le roi des cieux, puisque son Père lui envoie un char royal : et il le lui envoie afin que les apôtres ne soient point tentés de murmurer ou d'imiter Elisée qui, voyant que son maître lui était ravi, déchira ses vêtements. […]

Il viendra, disent les anges, mais ils se taisent sur les causes de ce second avènement. « Il viendra de la même manière » ; c'est une preuve de sa résurrection : car, s'il est monté au ciel en son corps, à plus forte raison est-il ressuscité en son corps. Où sont donc ceux qui nient la résurrection ? Sont-ils païens, ou chrétiens ? Je l'ignore ; ou plutôt, je ne le sais que trop bien. Ce sont des païens qui nient la création, et qui affirment également que Dieu ne peut ni tirer une créature du néant, ni la ressusciter du tombeau. Cependant, ils rougissent bientôt de méconnaître ainsi la puissance du Seigneur, et tâchent de s'excuser en disant qu'absolument il pourrait ressusciter les corps, mais que cette résurrection est inutile. Elle est donc bien vraie, leur répondrai-je, cette parole dé l'Ecriture : « L'insensé ne dit que des extravagances ». (Isaïe, XXXII, 6.) Quoi ! vous n'avez pas honte de refuser à Dieu le pouvoir de tirer du néant une créature ? Mais, s'il ne crée qu'avec une matière préexistante, en quoi diffère-t-il de l'homme ?

« Eh ! d'où vient le mal ? » me direz-vous. Et moi, je vous répondrai que vous ne devez point, pour en expliquer l'existence, admettre un principe mauvais [ce que font les manichéens]. D'ailleurs, votre langage est doublement absurde. Car, d'abord, si vous ne pouvez concevoir en Dieu le pouvoir créateur, vous comprendrez plus difficilement encore l'origine du mal ; en second lieu, vous blasphémez en soutenant que le mal existe par lui-même. Réfléchissez donc combien il est dangereux de rechercher trop curieusement la source du mal, et parce qu'on ne la connaît pas, d'en faire un second Dieu. Sans doute, il vous est permis d'aborder cette question, mais évitez tout blasphème. « Eh quoi ! je blasphème ! » Oui, c'est un blasphème que d'affirmer l'éternité d'un principe mauvais, de lui attribuer le pouvoir divin et de le mettre sur le même rang que la vertu. Le mal, dites-vous, existe par lui-même ; mais vous avez oublié cette parole de l'apôtre : « Les perfections invisibles de Dieu sont devenues visibles depuis la création du monde, par tout ce qui a été fait ». (Rom. I, 20.) C'est pourquoi le démon dit que la matière préexistait avant Dieu et avant la création, afin que celle-ci ne nous conduise point à Dieu. Car, je vous le demande, est-il plus difficile de tirer une créature du néant que de rendre bon ce qui est essentiellement mauvais ? Je parle dans votre hypothèse, et, en supposant que ce principe existe, je dis qu'étant mauvais par lui-même, il ne peut être utilisé pour le bien. Et maintenant, pour parler des qualités d'un être, je vous demanderai lequel est le plus facile, ou d'ajouter une qualité qui n'existait pas, ou de changer une qualité existante en la qualité contraire ? Et encore, laquelle de ces deux choses est la plus aisée ou de bâtir une maison là où il n'y en a jamais eu, ou de relever des ruines ? Evidemment, c'est la première. Concluons donc que le difficile ou même l'impossible ce n'est pas de créer bon ce qui n'existe pas, mais de faire que ce qui est essentiellement mauvais devienne bon. […]

Mais […] le mal, selon eux, est immortel ; […] ils attribuent à une matière variable la puissance la plus absolue ; ils affirment que le mal est cause que Dieu est bon, en sorte que, sans le principe mauvais, la bonté divine n'existerait point. [Ensuite], ils nous ferment toute voie pour arriver à la connaissance de Dieu. […]

Mais pourquoi nient-ils la résurrection des corps, et que disent-ils à ce sujet ? C'est que, selon eux, la chair est essentiellement mauvaise. Et comment, leur dirais-je, connaissez-vous Dieu et la nature ? Comment encore un sage peut-il acquérir la sagesse sans le secours du corps ? Détruisez les sens, et que pourrez-vous savoir et apprendre ? Quelle ignorance serait donc le partage de l'âme, si nos sens étaient viciés dans leur principe ! Car il suffit, pour affaiblir ses facultés, qu'une partie du corps, le cerveau par exemple, soit lésée ; et que serait-ce si le corps tout entier était mauvais ! Montrez-moi l'âme en dehors du corps et n'entendez-vous pas les médecins dire chaque jour qu'une maladie violente affaiblit nos facultés mentales ? […]

En résumé, la matière elle-même ne saurait subsister si elle ne contenait un peu de bien car le mal ne peut exister sans cette adjonction, et, s'il n'était joint à quelque vertu, il n'existerait point. Telle est la condition du mal.

Supposez, en effet, un voluptueux qui ne se contraigne jamais, et il ne vivra pas dix jours ; un malfaiteur qui attaque même ses complices, et il sera bientôt condamné à mort ; un voleur qui dérobe publiquement, et il sera promptement jugé. Telle est donc la nature du mal, qu'il ne peut subsister que par le mélange de quelque bien […]. Une société uniquement composée de citoyens pervers, ne saurait se soutenir ; et les méchants tombent dès qu'ils s'élèvent non plus contre les bons, mais contre eux-mêmes. […]

Oui, la résurrection des corps est certaine ; c'est le dogme que proclament le tombeau vide du Sauveur et le bois auquel il a été attaché. D'ailleurs, les apôtres ne disent-ils pas : « Nous avons mangé et nous avons bu avec lui ? » Croyons donc à la résurrection, et que nos mœurs soient en rapport avec notre foi, nous obtiendrons ainsi les biens éternels, par Jésus-Christ Notre-Seigneur, à qui soient, avec le Père et l'Esprit-Saint, la gloire, l'honneur et l'empire, maintenant et toujours, et dans les siècles des siècles. Ainsi soit-il.

Source : bibliothèque numérique de l'Abbaye Saint Benoît de Port-Valais

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