L'unité des époux : jamais rien l'un sans l'autre

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Récollection de foyers 2018-2019 - 4e Trim. 2018

Enseignement 2/3 (P. Bernard)

L'unité, principe de force et de vie pour l'Eglise et la famille

II) L’UNITE DES EPOUX : « JAMAIS RIEN L’UN SANS L’AUTRE » !

   Bien chers amis, comme nous l’avons dit en commençant cette récollection, nous voulons en cette deuxième causerie (première causerie disponible ici !)vous aider à mieux vivre votre « rien l’un sans l’autre ». Cette expression est liée à notre charisme. Mère Marie-Augusta a eu cette intuition dans sa prière que le Père et la Mère dans la FMND ne devaient jamais prendre de décisions individuelles mais toujours dans l’unité : «rien l’un sans l’autre». Ce « rien l’un sans l’autre » est devenu comme la devise des Foyers amis. Le dimanche 2 janvier 1949, Mère Marie-Augusta avait fait part à notre Père Fondateur d’une forte conviction reçue dans sa prière : «Efforçons-nous de faire l’union dans l’unique Cœur de Jésus. Rien l’un sans l’autre : comprenons ceci : nul ne nous remplacera pour cette édification, comprenons-le bien aussi ». Le Père commentait ainsi cette conviction de notre Mère : « La formule rien l’un sans l’autre sera répétée par notre Mère le 3 janvier, le 9 septembre, en novembre 51 et en 1955. C’est donc certainement un mot d’ordre important que le Cœur de Jésus a inspiré à notre Mère, capital pour notre vie et notre action au service de Dieu. C’est certainement ce qui devrait être comme une devise pour l’ensemble des foyers chrétiens ». Le mercredi 26 janvier 49, une nouvelle conviction s’imposait à notre Mère dans sa prière, conviction totalement en contradiction avec son grand désir d’indépendance : «elle doit faire contrôler ses lettres par le Père afin qu’elles soient corrigées et censurées si cela est nécessaire. Le Père doit être éducateur avec elle. Rien l’un sans l’autre». Le Père commentait ainsi cette nouvelle conviction : « Rien l’un sans l’autre pour l’édification du Foyer. Rien l’un sans l’autre pour toute activité spirituelle et apostolique mais surtout donc pour le travail d’éducation. Ainsi en doit-il être dans tout foyer, dans toute famille, et même si notre Mère est plus mûre, plus éclairée, plus avancée que moi dans les voies spirituelles, je demeure quand même le chef de famille, l’autorité et elle m’obéit et m’obéira toujours ». Après la mort de Mère Marie-Augusta, notre Fondateur a eu la conviction que le charisme de la Famille Missionnaire de Notre-Dame devait aussi être participé par des couples : les Foyers amis. La devise « rien l’un sans l’autre » qui est essentielle à ce charisme est en parfaite harmonie avec le plan de Dieu sur le mariage : «deux en un». Voici comment notre Fondateur comprenait la nouveauté de notre charisme : «ce qui était vraiment nouveau, et nous le comprenions de plus en plus, c'était notre caractère "familial". Depuis toujours on parlait bien, dans l'Église, des "familles religieuses", mais aucune n'avait comme nous la conviction qu'il fallait à sa tête un "Père", collaborant en toutes choses, surtout pour l'éducation des membres de la Famille, avec une "Mère" qui devait être "mater et magistra", à l'image de l'Église. Nous étions la "Famille Domini". Nous ne formulions pas ces réalités humaines et spirituelles d'une façon très juridique ; nous n'avions pas, je dirais volontairement, cette audace. Et cependant c'est ce que nous vivions et, sans que ce puisse être réalisé encore, en ayant la certitude que nous n'aurions pas seulement des "filles" mais aussi des "fils", sans savoir encore comment cela pourrait se réaliser en une seule famille, sous l'autorité du même Père et de la même Mère. Ce n'est que bien plus tard, lorsque des garçons sont venus vivre avec nous, que nous l'avons compris comme une exigence de notre "esprit de famille." En attendant, nous comprenions de plus en plus que, pour l'éducation de nos "enfants" et la direction de leur action missionnaire, il fallait que nous soyons très "un".

 

            Le « rien l’un sans l’autre » permet de vivre la communion des époux dans la complémentarité. Le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne : « L'homme et la femme sont faits l'un pour l'autre : non pas que Dieu ne les aurait faits qu'à moitié et incomplets. Il les a créés pour une communion de personnes, en laquelle chacun peut être aide pour l'autre parce qu'ils sont à la fois égaux en tant que personnes et complémentaires en tant que masculin et féminin » (CEC 372).    Jean-Paul II, dans sa lettre aux femmes, le 29 juin 1995, écrivait : "Dans la création de la femme est inscrit le principe de l'aide qui n'est pas unilatérale mais réciproque. La femme est le complément de l'homme, comme l'homme est le complément de la femme. Le féminin réalise l'humain tout autant que le fait le masculin mais selon une harmonique différente et complémentaire. C'est seulement dans la dualité du «masculin» et du «féminin» que l'«homme» se réalise pleinement". L'aide dont il est question, dit encore Jean-Paul II, ne concerne pas seulement l'agir mais aussi l'être. Il s'agit d'une complémentarité physique, psychologique et ontologique. Le «rien l’un sans l’autre» ne se réalise pas en un jour. Donc, ne vous découragez pas si vous ne le vivez pas encore comme vous désireriez le vivre. Rien n’est impossible à Dieu ! Demandez-Lui sa grâce pour mieux y arriver et Il ne vous la refusera pas.

            Approfondissons la triple complémentarité de l’homme et de la femme pour mieux vivre le « rien l’un sans l’autre » dans l’amour conjugal.

 

I) LA COMPLÉMENTARITÉ PHYSIQUE DE L’ÉPOUX ET DE L’ÉPOUSE

            Les physiologies féminines et masculines sont, c’est évident, complémentaires. En septembre 1995, à la Conférence de Pékin organisée par l’ONU, une nouvelle idéologie naissait : le Gender et ses 5 genres : masculin, féminin, homosexuel masculin, homosexuel féminin et transsexuel ! Le Saint-Siège avait empêché l’adoption de cette idéologie inspirée par le Prince ces ténèbres. Le Gender semblait ainsi définitivement enterré. Mais, de fait, il n’en a pas été ainsi : 23 ans après la Conférence de Pékin, nous ne pouvons que constater les méfaits de l’idéologie du Gender. Mère Térésa s’était étonnée de ce que certains mouvements voulaient nier cette évidente complémentarité physique : “Je n'arrive pas à comprendre pourquoi certains affirment que l'homme et la femme sont parfaitement semblables et nient les belles différences qui existent entre l'homme et la femme ? Pourquoi Dieu a-t-Il créé des hommes et des femmes ? La maternité est le don de Dieu aux femmes. Nous ne pouvons pas détruire ce don de la maternité, en particulier par le crime de l'avortement”. Mère Térésa et Jean-Paul II ont été les courageux défenseurs du plan de Dieu sur la complémentarité physique des époux, voulue par Dieu Créateur dans le but du don de la vie. C’est en acceptant pleinement leur condition masculine et féminine que l’homme et la femme réaliseront en vérité leur masculinité et leur féminité. Dieu a voulu Adam et Eve, différents et complémentaires physiquement, pour créer une intime communauté de vie et d’amour. Pour que cette communauté soit effectivement réalisée, il est absolument indispensable que l’homme assume sa mission d’époux et de père et que la femme accepte dans l’amour sa mission complémentaire d’épouse et de mère. Nous constatons le drame du Gender dans la séparation de certains couples aujourd’hui ! Si l’époux et le père veut devenir « femme », et cela, hélas, est une réalité de nos jours, l’unité de l’époux et de l’épouses dans leur complémentarité physique est brisée !

 

II) LA COMPLÉMENTARITÉ PSYCHOLOGIQUE DE L’HOMME ET DE LA FEMME

            Jean-Paul II avait décrit dans une lettre très importante, signée en la fête de l'Assomption : "la dignité et la vocation de la femme" (15 août 1988) et dans sa lettre à toutes les femmes du monde entier (29 juin 1995) ce qu’était la complémentarité psychologique. Il est bien difficile d’en épuiser le sujet, tant les psychologies féminines et masculines sont complexes ! Les conseillers conjugaux et spirituels qui ont beaucoup d’expérience sont très nuancés pour parler de cette complémentarité !

            On pourrait dire, d’une manière générale, que l’homme est habituellement plus abstrait, alors que la femme est plus concrète. La complémentarité psychologique permet d’élargir et d’enrichir les jugements masculins et féminins. L’homme a besoin du complément de la psychologie féminine et la femme du complément de la psychologie masculine. Il vous est donc nécessaire de prendre le temps suffisant pour dialoguer. Après un repas en famille ou avec des amis, les épouses auront normalement davantage “senti” les personnes, alors que les époux auront davantage retenu les idées développées. L’échange entre les époux permet à chacun de s’enrichir. Les épouses auront “vu” tout le minutieux travail accompli par la femme qui a préparé la réception pour que la fête soit réussie. Les époux n’auront, peut-être, pas été aussi sensibles à tous les détails et il peut arriver même que nous ne voyons pas les belles fleurs et les belles nappes !

            Jean-Paul II a montré combien cette complémentarité psychologique était importante pour la vie de la société et la vie de l’Eglise : “Par la perception propre à ta féminité, tu enrichis la compréhension du monde et tu contribues à la pleine vérité des relations humaines" (lettre aux femmes 2). Une plus forte présence sociale de la femme s'avérera précieuse car elle contribuera à manifester les contradictions d'une société organisée sur les seuls critères de l'efficacité et de la productivité, et elle obligera à redéfinir les systèmes, au bénéfice des processus d'humanisation qui caractérisent la «civilisation de l'amour»." Il y a une grave inversion des valeurs, si l'économie devient comme l'unique principe de la vie sociale. Jean-Paul II avait aussi rappelé que Dieu avait confié à l'homme et à la femme la construction de la société. C'est donc à l'«unité des deux» que Dieu a confié le progrès du genre humain tout entier (8).

            Jean-Paul II avait développé sa pensée sur le progrès, marque de la soumission de la terre par l'homme. Les catégories scientifiques et techniques ne doivent pas être les seules qui mesurent le progrès. Le génie féminin est un grand facteur de progrès humain spirituel. La femme s'est engagée d'une manière admirable dans la grande œuvre de l'éducation. Elle a accompli une forme de maternité affective, culturelle et spirituelle d'une valeur vraiment inestimable pour le développement de la personne et l'avenir de la société. Jean-Paul II a remercié très vivement toutes ces femmes et religieuses qui se sont données sans compter dans l'éducation et dans le domaine de la santé.

            L'histoire de l'Eglise est marquée par le génie féminin. Jean-Paul II avait parlé de quelques grandes saintes dont Saintes Catherine de Sienne et Thérèse d'Avila, docteurs de l'Eglise. Il comptait beaucoup sur le génie féminin pour l'avenir de l'Eglise dans le troisième millénaire. (11)

            Nous voudrions vous rappeler ce que notre Fondateur nous répétait sans cesse : « exprimez-vous et soyez détachés. Enrichissez-vous des idées des autres ». Prenez le temps d’échanger, ce n’est pas du temps perdu. Pour vivre le « jamais rien l’un sans l’autre », il ne suffit pas de s’asseoir une heure par semaine. Tous les jours, il vous est nécessaire d’échanger et de vous enrichir mutuellement. Si, à cause du travail, vous devez être séparés physiquement, prenez les moyens pour communiquer souvent par téléphone ou tout autre moyen de communication.

 

III) LA COMPLÉMENTARITÉ ONTOLOGIQUE DE L’HOMME ET DE LA FEMME

            La complémentarité homme-femme ne concerne pas seulement le physique et le psychologique, elle concerne aussi l’être. Jean-Paul II parlait de «l’être homme» et «l’être femme». Il a fait découvrir, en parlant de complémentarité ontologique, que l'homme à l’image de Dieu n'est pas l'être homme masculin seulement, ni l’être femme seulement, mais l'homme et la femme.

            Jean-Paul II avait cette conviction : sans la femme l'homme n'est plus l'homme ! Dans sa lettre sur la dignité et la vocation de la femme, il avait écrit que Dieu a confié l'homme à la femme. C'est elle, en effet, qui le porte en son sein pendant 9 mois. C'est elle qui sait voir l'homme, le voir avec le cœur, le voir avec ses grandeurs et ses limites pour venir à sa rencontre et lui être une aide. Que devient l'homme lorsqu'il n'a pas éprouvé l'amour d'une maman ? Que deviendrait l'homme si venait à manquer l’importante contribution de la femme pour l’édification d’une société humaine et fraternelle ? Jean-Paul II avait bien raison de parler de ce grand bien qu'est la féminité qui appartient au patrimoine constitutif de l'humanité et de l'Eglise. Autrement dit : il n'y aurait pas l'humanité actuelle ni l'Eglise actuelle sans le génie de la femme ! Il faut aussi compléter en nos jours l’enseignement du Pape Jean-Paul II et dire que la masculinité est aussi un grand bien qui appartient au patrimoine constitutif de l’humanité et de l’Eglise. Il est urgent, en effet, de parler de l’apport masculin et de donner en exemple tant d’hommes saints qui ont montré qu’il n’y aurait pas, non plus, d’humanité actuelle et d’Eglise sans les virtualités propres à l’homme!

IV) JÉSUS ET SAINT JOSEPH MODÈLES DE LA DIGNITÉ DE L’HOMME

            Le génie masculin trouve sa plus haute figure en la personne de Jésus, le Verbe incarné, et en celle de Saint Joseph. Le premier est venu révéler l’homme à lui-même. Il a manifesté comment l’homme devait aimer jusqu’à donner sa vie pour son épouse. Jésus ne s’est pas marié, Il a vécu dans la virginité totale, mais Il est venu pour contracter un mariage supérieur : la Nouvelle Alliance avec le Peuple de Dieu qu’est l’Eglise. Jésus est vraiment modèle pour tout homme et pour tout époux : le véritable amour, c’est le don de soi qui peut demander le sacrifice total de sa vie pour ceux que l’on aime. Jésus a été le Bon Pasteur qui a donné sa vie pour ses brebis. L’Histoire de notre Eglise est marquée d’une longue liste de saints qui ont imité le Christ et qui ont fait briller haut le génie masculin.         Le Christ montre aussi que l’autorité masculine est un service. Le Christ Epoux exerce cette autorité face à l’Eglise son Epouse. Il l’enseigne, Il la sanctifie par les Sacrements, Il la dirige par les hommes qu’Il a institués à sa tête. Ce service de l’autorité, l’homme doit l’exercer dans la vérité et l’humilité.

            Le Christ a montré combien il avait en grande estime la dignité de la femme. Jean-Paul II écrivait, dans sa lettre sur la dignité de la femme : “Il est universellement admis - et cela même par ceux qui ont une attitude critique à l’égard du message chrétien - que le Christ s’est fait auprès de ses contemporains l’avocat de la vraie dignité de la femme et de la vocation que cette dignité implique. Cela provoquait parfois de l’étonnement, de la surprise, souvent cela frisait le scandale : «Ils s’étonnaient qu’il parlât à une femme» (Jn 4, 27)” (12). Bien chers époux, imitez Jésus et estimez avec admiration la dignité de vos épouses !

            Saint Joseph est le parfait modèle de l’époux. Il a été le chaste gardien de la virginité de son épouse, la Vierge Marie. Il a tenu la place de Dieu le Père auprès de Jésus. Il a pris ses responsabilités d’époux et de père en étant très obéissant aux commandements de Dieu. Le regard de pureté que Saint Joseph portait sur son épouse devait être merveilleux. Il savait que Jésus et la Sainte Vierge étaient plus saints que lui, mais il a exercé fidèlement son service de chef de famille, dans un grand esprit d’humilité et de perfection. Il savait écouter son épouse et être attentif à ses moindres besoins. Il était émerveillé par Jésus enfant qui lui était si soumis.

 

V) LA VIERGE MARIE, PARFAIT MODÈLE DE LA DIGNITÉ DE LA FEMME

            Jean-Paul II a écrit que le génie féminin a trouvé sa plus haute figure en la personne de la Vierge Marie. En contemplant la Femme par excellence, nous découvrons les 2 joyaux de la féminité : la virginité et la maternité. Par une grâce tout à fait unique et exceptionnelle, l’épouse de Saint Joseph est demeurée vierge tout en devenant Mère. Cette vocation unique, disait Jean-Paul II, la Vierge Marie l’a acceptée par obéissance : «C'est par obéissance à la Parole de Dieu qu'elle a accueilli sa vocation privilégiée, mais pas du tout facile, d'épouse et de mère de famille de Nazareth. En se mettant au service de Dieu, elle s'est mise aussi au service des hommes : service d'amour ». La Vierge Marie est la plus haute figure du génie féminin par ce service d'amour. Par Marie, la Femme apprend à l'homme en quoi consiste le véritable amour : le don désintéressé de soi-même.

            Concluons cette partie sur la triple complémentarité en donnant en exemple, une nouvelle fois, les parents de Sainte Thérèse : les époux Martin. Ils avaient conscience de leur égale dignité de personne et ils n’étaient pas jaloux de leur complémentarité ! Ils ont exercé celle-ci d’une manière merveilleuse et ils se sont entraidés pour monter ensemble le chemin de la sainteté avec leurs 9 enfants dont Sainte Thérèse. Ils font découvrir l’importante vérité affirmée par le CEC : «Dans le mariage, Dieu unit l’homme et la femme de manière que, en formant «une seule chair» (Gen 2, 24), ils puissent transmettre la vie humaine : «Soyez féconds, multipliez-vous, emplissez la terre» (Gn 1, 28)» (CEC 372).

 

VI) L’AMOUR DES ÉPOUX CHRÉTIENS AU SERVICE DE LEUR UNITÉ.

            Tirons à présent des leçons pour votre propre unité conjugale. L’unité dans la complémentarité n’est pas l’uniformité. Lumen Gentium révèle que l’Eglise est composée de membres différents, jouissant de charismes divers. Cette pluralité n’empêche pas l’unité, mais est une richesse qu’il faut exploiter. Cette diversité a suscité, au cours des siècles, des divisions, mais, aujourd’hui, par le respect mutuel, le dialogue, l’enthousiasme devant les dons de nos frères, la prière, elle peut permettre une unité dans la vérité et la charité. L’Eglise est Eglise universelle au singulier, existant dans des Eglises particulières au pluriel. L’unité de l’Eglise universelle n’est pas menacée par la pluralité des Eglises particulières. La communion de ces Eglises fait la beauté de l’Eglise universelle. Ces réflexions ont-elles un rapport avec votre amour conjugal ? Nous le pensons et vous le savez mieux que nous, alors que vous vous efforcez sans vous décourager de tendre au « jamais rien l’un sans l’autre ». Vous savez que cette unité n’est jamais acquise une fois pour toutes. Votre sacrement de mariage vous a obtenu la grâce du « deux en un », mais il n’en reste pas moins que vous êtes différents en tant qu’homme et femme. Ces différences vous demandent de renoncer à l’égoïsme pour s’ouvrir à l’autre. Le renoncement n’est pas un appauvrissement, une privation, mais une richesse. Mère Marie Augusta disait dans sa prière à Jésus : « Donum Dei, c’est Ton Nom, mon Seigneur, c’est aussi Ton histoire, Se donner c’est le besoin de l’Amour ». En se renonçant, on se donne et on s’accomplit en permettant à l’autre de s’accomplir aussi. Vos psychologies et vos tempéraments sont différents. Le « jamais rien l’un sans l’autre » ne s’acquiert pas dans la facilité : ne vous découragez pas ! Désirez vivre votre vie conjugale en n’utilisant non plus le « moi je » mais le « nous ». Ne vous tourmentez pas, mais ayez cette conviction profonde : en travaillant à votre « jamais rien l’un sans l’autre », vous obtenez des grâces pour vous et aussi pour le salut des âmes, pour les époux qui sont sur le point de se séparer, pour l’unité de l’Eglise.

            Voici le témoignage que notre Père Fondateur nous donnait sur le combat spirituel qu’ils ont dû mener avec Mère Marie-Augusta pour arriver au « rien l’un sans l’autre » : « Par prudence et respect de la liberté de notre Mère, j’avais peur de l’interroger et surtout de pousser l’interrogatoire. Je n’arrivais pas, moi-même, à la conduire comme mon enfant spirituel en agissant avec pleine liberté avec elle, tandis qu’elle était spontanée, vive, enthousiaste, admirative des qualités qu’elle découvrait et de tout ce que Dieu faisait, plutôt naïve et très confiante dans les résultats d’un contact apostolique et dans ses suites. Progressivement tout cela s’est harmonisé entre nous, mais pas sans peine et sans souffrance. On aurait pu parler, si la grâce de Dieu et l’exercice de la confiance n’avait pas joué en plein, d’incompatibilité de caractère ! Et c’est dans ces conditions que s’est réalisée malgré tout l’unité, tant et si bien que je crois qu’elle était devenue presque parfaite malgré les différences de caractère et de réaction qui ne pouvaient pas ne pas demeurer, mais dans une connaissance mutuelle et une compréhension qui permettait de mettre en commun les réactions et réflexions convergentes et complémentaires tout en étant différentes».

            Ce témoignage devrait vous aider dans vos efforts et vos souffrances pour tendre au « rien l’un sans l’autre ». Notre Fondateur rappelait aussi aux Foyers que l’unité entre Saint Joseph et la Vierge Marie ne s’est pas réalisée en un jour. La Sainte Vierge n’a pas pu dire à Saint Joseph, au tout début de leur vie d’époux, la visite de l’Archange Gabriel et son Annonciation et le mystère de l’Incarnation du Verbe par l’opération du Saint-Esprit. Le pauvre Saint Joseph a connu une bien cruelle épreuve, lorsqu’il s’est aperçu que son épouse était enceinte. Il faut du temps pour révéler les secrets intimes de son âme.

            Votre « rien l’un sans l’autre » doit être animé par votre amour conjugal. Le Concile Vatican II, dans Gaudium et Spes (GS 49), a donné les caractéristiques de cet amour : il est un amour éminemment humain, un sentiment volontaire, il enveloppe le bien de la personne tout entière ; il peut donc enrichir d’une dignité particulière les expressions du corps et de la vie psychique et les valoriser comme les éléments et les signes spécifiques de l’amitié conjugale.

            « Cet amour, dit encore le Concile, par un don spécial de sa grâce et de sa charité, le Seigneur a daigné le guérir, le parfaire et l’élever. Associant l’humain et le divin, un tel amour conduit les époux à un don libre et mutuel d’eux-mêmes qui se manifeste par des sentiments et des gestes de tendresse et il imprègne toute leur vie ; bien plus, il s’achève lui-même et grandit par son généreux exercice. Il dépasse donc de loin l’inclination simplement érotique qui, cultivée pour elle-même, s’évanouit vite et d’une façon pitoyable ». Vivez ce véritable amour conjugal  en vous aimant amoureusement et divinement jusqu’à la fin de votre vie ! L’amour conjugal est ce don désintéressé, dont a si bien parlé Jean-Paul II, cet amour guéri, parfait, élevé par la Grâce de Dieu.

            Les Pères du Concile Vatican II ont voulu aussi mettre en garde les époux : l’inclination simplement érotique, cultivée pour elle-même, s’évanouit vite et d’une façon pitoyable ! Notre Fondateur n’avait pas peur d’utiliser le même langage. La soi-disant «révolution sexuelle» de l’année 68 n’a pas été un progrès mais une grave régression morale dont n’ont pas eu peur de parler Jean-Paul II et Benoît XVI. Il est urgent de revenir à Gaudium et Spes et à Humanae Vitae, l’Encyclique promulguée par Paul VI, trois années plus tard !

            Vatican II a parlé en termes positifs de l’amour conjugal et n’a pas utilisé l’expression utilisée par des théologiens précédents : « remède de la concupiscence ». Gaudium et Spes parle « d’affection qui a sa manière particulière de s’exprimer et de s’accomplir par l’œuvre propre du mariage. En conséquence, les actes qui réalisent l’union intime et chaste des époux sont des actes honnêtes et dignes. Vécus d’une manière vraiment humaine, ils signifient et favorisent le don réciproque par lequel les époux s’enrichissent tous les deux dans la joie et la reconnaissance ». Soulignons le mot « joie » : l’union conjugale des époux dans la vérité est source de joie, de paix, d’unité, de reconnaissance !

            L’amour conjugal doit aussi être un amour fort, magnanime, prompt au sacrifice à demander dans la prière. Pourquoi ces nouveaux qualificatifs ? Tout simplement parce que chaque époux doit mener son propre combat spirituel contre son égoïsme et la recherche de son plaisir. Ce que Saint Augustin a dit de l’amour : « l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi, l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu » pourrait être transposé au véritable amour conjugal : l’amour de son conjoint jusqu’au mépris de son égoïsme jouisseur ou l’amour de son égoïsme jouisseur jusqu’au mépris de son conjoint. L’unité dans la complémentarité et le rien l’un sans l’autre ne peuvent être réalisés que si chacun combat en vérité son égoïsme.

            L’amour conjugal se caractérise enfin par la fidélité, l’harmonie, le dévouement. Il serait bon que les époux aient à cœur de « se dévouer » pour leur bien-aimé. Apprenons le dévouement de Jésus, l’Epoux de l’Eglise. Son dévouement est allé jusqu’au don de sa vie pour nous ! Jean-Paul II l’a souvent rappelé : pour Jésus, servir c’est régner ! Ce dévouement dans le service mutuel rend profondément heureux !

            Le Concile a conclu le paragraphe sur l’amour conjugal en reparlant de l’importance de la chasteté. Cette vertu est indispensable pour développer le bel amour. La chasteté, selon Jean-Paul II, est l’énergie du bel amour. Notre Fondateur parlait avec enthousiasme de la sixième Béatitude : « Bienheureux les cœurs purs, ils verront Dieu ».

            Demandez à présent à l’Esprit-Saint la grâce de bien assimiler cet enseignement, inspiré à l’Eglise par l’Esprit-Saint et à nos Père et Mère par le Cœur de Jésus. Oui, comprenez en profondeur l’importance de mener le combat spirituel pour tendre au « rien l’un sans l’autre ». Développez les vertus décrites par le Concile Vatican II pour faire grandir votre amour conjugal. Plus votre amour conjugal grandira, plus votre unité sera solide. Nos Fondateurs nous ont demandé de demander à Dieu chaque jour : «Mon Dieu, faites l’unité des esprits dans la vérité et l’union des cœurs dans la charité ». Nous avons rappelé l’enseignement éclairé de Jean-Paul II sur la triple complémentarité dont il faut tenir compte dans votre amour conjugal pour vivre le « rien l’un sans l’autre » dans l’unanimité d’un seul cœur et d’une seule âme. Comprenez plus en profondeur que votre union conjugale ne sera vraiment féconde que si elle est précédée de l’unité de vos esprits en adhérant fermement aux Vérités révélées et aux valeurs non négociables, et l’union de vos cœurs par des échanges fréquents qui vous permettent de vous exprimez en étant détachés et de vous enrichir des pensées de votre conjoint. Oui, bienheureux serez-vous si vous vivez dans la confiance et l’abandon à Dieu votre triple complémentarité. Alors, vous vous aimerez amoureusement jusqu’à la fin de votre vie et vous comprendrez le trésor qu’est cette devise : « jamais rien l’un sans l’autre ».

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