WE Foyers : L'institution par le Christ du sacrement des malades

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Récollection de Foyers - 1e trimestre 2022

Le sacrement des malades - 1

1 - L'institution par le Christ du sacrement des malades

Bien chers amis,

Le sacrement des malades, objet des approfondissements de cette récollection, ne doit pas être le parent pauvre de nos approfondissements sur les sacrements. Nous ne devons pas négliger ce sacrement si important pour la vie des baptisés.

Nous nous servirons pour développer ce premier approfondissement du Traité du Père Adnès, Jésuite, donné à la Grégorienne à Rome dans les années 80. Nous essayerons de voir ensuite comment le C.E.C. a développé la théologie de ce sacrement.

Dans la deuxième causerie, nous essayerons de développer, en nous appuyant sur St Jean-Paul II, l'Evangile de la souffrance, qu’il appelait l'Evangile supérieur et qui pourrait vous aider à ne pas avoir peur de parler de la souffrance, qui atteint tôt ou tard chacun d’entre nous.

La dernière causerie portera sur l’éducation des enfants : comment les aider à aimer les malades et à prier pour eux. Nous nous efforcerons aussi de parler de l’éducation à l’énergie et au courage. Les enseignements de cette récollection pourraient aussi vous aider pour la pastorale des malades et l’aide que Jésus peut leur apporter par le sacrement de l'onction des malades et le viatique.

I) JESUS ET LES MALADES

A) Préparation dans l'AT

Le livre du Siracide donne un témoignage précieux sur les usages du judaïsme. Il veut éduquer à la pieuse visite des malades : "Ne crains pas de t'occuper des malades" (Si 7, 35-39). Le Talmud, du temps de Jésus, disait que, lorsqu'on visitait les malades, on devait souhaiter la santé et prier avec les malades et pour lui. Il devait aussi l'inviter à confesser ses péchés. La maladie, les souffrances et la mort, étaient, dans la mentalité hébraïque et sémitique, des conséquences du péché. La demande de guérison dans les psaumes est toujours accompagnée d'une confession des péchés. La visite des malades était un usage traditionnel chez les Juifs. Elle était une œuvre tellement pieuse qu'elle était même permise le sabbat par les écoles rabbiniques ! Matthieu la considère comme une œuvre de miséricorde tellement importante qu'elle servira de critère au jour du Jugement final : "J'étais malade et vous êtes venu me visiter" (Mt 25, 36)

B) Le ministère de Jésus

Jésus a visité les malades. Il a fait beaucoup de guérisons. Saint Marc dit qu'il est allé visiter la belle-mère de Pierre (Mc 1, 31). Il est allé visiter la fille de Jaïre. Il l'a prise par la main alors qu'elle était déjà morte et lui a dit de se lever : "Talita kûm" (Mc 5, 41-42). Les évangélistes ont donné beaucoup de témoignages sur les rencontres de Jésus avec les malades. Ces rencontres ont eu un rôle très important dans la vie publique de Jésus, qui devaient révéler la grande compassion de Dieu pour ceux qui souffrent.

Les guérisons de Jésus n’avaient pas seulement un rôle de preuve pour montrer qu’Il était le Messie, disait le Père Adnès, mais elles étaient des éléments essentiels de la venue du Règne messianique, le signe que la nouvelle Ere du Règne est déjà présente et active : la victoire sur le péché et ses conséquences est déjà commencée ! Mais l'accomplissement eschatologique du Règne n'est pas encore arrivé ! Les malades guéris par Jésus ne l’ont pas été pour toujours et Notre Seigneur, en outre, n'a pas guéri tous les malades. Il guérissait par une simple parole : "Je te l'ordonne : lève-toi !" (Mc 2, 11) ; ou : "Va, ta foi t'a sauvé (= guéri)" (Mc 10, 52) ; ou par le geste de l’imposition des mains (Mc 6, 5) ; ou par un rite symbolique adapté au cas du malade : ainsi pour un sourd-muet, Il met son doigt dans les oreilles et Il touche sa langue avec cette parole : "Effata !" (Mc 7, 33-34). Il guérit de même un aveugle en lui touchant les yeux avec le doigt imbibé de sa salive (Mc 8, 23-28). Une autre fois, il a suffi qu'on Le touche pour être guéri, Il sortait de Lui une force (Lc 6, 19).

Jésus donna aussi à ses Apôtres le pouvoir de guérir en son nom (Mt 10, 1 ; Lc 9, 1-6). Saint Marc ajoute un détail important (Mc 6, 7-13) : les Apôtres durant leur première mission chassèrent beaucoup de démons, oignirent des malades et les guérirent. L'onction d'huile, disait le Père Adnès, n'était pas un signe extraordinaire : dans l'AT on guérissait les plaies avec l'huile. Dans la parabole de Jésus (Lc 10, 34), le bon samaritain verse de l'huile et du vin sur les plaies du blessé (vin pour désinfecter et huile pour adoucir la douleur). L'onction d'huile accompagnée de prières se retrouvait dans des usages religieux plus ou moins magiques. Les guérisseurs et les exorcistes juifs s'en servaient pour exercer leur pouvoir de guérison et chasser les démons auxquels étaient attribuées certaines maladies. Ces guérisseurs, disait le Père Adnès, étaient très connus dans l'antiquité. Jésus a demandé aux Apôtres d'utiliser une manière de faire conforme aux usages de leur temps, mais avec une signification nouvelle liée à la Mission que Jésus leur confiait. Il ne guérissait pas par la vertu de l'huile, mais par la puissance "thaumaturgique" de Jésus.

Après la Résurrection, Saint Marc (Mc 16, 17, 18) rapporte les dernières paroles de Jésus et les éléments du mandat confié aux Apôtres : "Et voici quels seront les miracles qui accompagneront ceux qui auront cru : par mon Nom ils chasseront les démons, ils parleront en langues, ils prendront des serpents dans leurs mains... Ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris". Ces paroles se vérifient dans les Actes : Ac 3, 16 : guérison de l'infirme au Temple par Pierre et Jena grâce au Nom de Jésus ; Ac 8, 7 : paralytiques et infirmes guéris par Philippe dans une ville de Samarie ; 9, 32 : boîteux Enée guéri par Pierre à Lydda ; Ac 28, 8 : Paul guérit le père d'un certain Publius à l'île de Malte en lui imposant les mains.

II) L'ONCTION DANS LA LETTRE DE SAINT JACQUES

A part le grec stylisé, disait le Père Adnès, aucun autre livre du NT ne reflète autant la mentalité religieuse des hébreux du temps que la lettre de Saint Jacques. Elle fait penser à une homélie qui se faisait dans les synagogues : préceptes, exhortations morales, réminiscences, citations explicites des livres sapientiels. Le passage qui nous intéresse pour le sacrement des malades est : Jc 5, 14-15. Il est précédé de quelques préceptes généraux sur la tristesse et la joie. Que celui qui est dans la douleur prie, que celui qui est dans la joie psalmodie ! Saint Jacques parle ensuite de celui qui est malade. En ce dernier cas, il prescrit encore la prière comme pour la tristesse, mais cette prière doit être faite par les presbytres et accompagnée d'une onction d'huile à laquelle sont attribués divers effets de guérison physique et spirituelle. Le verset 16 demande de confesser les péchés les uns aux autres. Ce passage de l'onction des malades à cette confession implique probablement que quelque forme de confession des péchés devait être recommandée au malade selon les usages du temps.

Analyse détaillée du texte

- 1) verset 14 : 3 choses sont déterminées :

a) Le sujet de l'onction : le malade qui doit appeler les presbytres. Il ne s'agit pas, disait le Père Adnès, d'une maladie légère, s'il avait la force de se rendre lui-même chez les prêtres il ne les ferait pas venir dans sa maison ! C'est la preuve qu'il est au lit. Cela ne signifie pas que ce malade est moribond, on ne peut pas dire que l'onction est réservée aux malades en péril prochain de mort.

b) Le ministre de l'onction : les presbytres de l'Eglise = les anciens. Chaque communauté juive en Palestine était administrée par un conseil d'anciens. A Jérusalem, il y avait le Sanhédrin. Toute communauté chrétienne primitive également avait ses anciens. Il s'agit donc de ceux qui ont l'autorité dans la communauté chrétienne : les recteurs de la communauté. Pour ce qui regarde le pluriel, l'auteur n'a peut-être pas voulu dire qu'il fallait appeler plusieurs presbytres mais quelqu'un de cette classe.

c) Le rite de l'onction : "et orent super eum, uguentes eum oleo in Nomine Domini." Ces paroles se comprennent bien dans le cas d'un malade qui est au lit. Le prêtre s'incline sur le malade. Le "super eum" semble signifier une imposition des mains. Il est difficile de dire si la prière, l'imposition des mains et l'onction sont faites en même temps ou s'il s'agit d'actions qui sont faites les unes après les autres. Le Père Adnès disait qu'il était plus probable qu'il s'agissait d'une action simultanée. En Palestine l'onction d'huile était faite avec de l'huile d'olive.

"Au nom du Seigneur" : rite religieux. Kyrios est souvent utilisé dans le NT et attribué à Jésus. L'expression peut être reliée à ce qui a été dit précédemment sur la prière faite sur le malade, elle indique alors que la prière est faite au nom du Seigneur : motif qui fait espérer d'être écouté de Dieu. "Au nom du Seigneur" peut aussi être mis en connexion avec l'onction : alors l'onction serait faite par autorité, disposition, ordre de Jésus-Christ. Ceci implique que l'onction a été instituée et voulue par le Christ Lui-même. Cette interprétation semble probable parce que l'expression "au nom du Seigneur" suit immédiatement la mention de l'onction d'huile.

L'auteur n'explicite pas la formule de la prière mais il parle d'un rite connu du lecteur, il se contente de le recommander avec insistance. Ce texte n'est pas un rituel de l'onction.

- 2) verset 15 : Il est question ici de divers effets de l'onction. Ces effets sont énumérés en 3 propositions liées entre elles par la particule "kai" :

a) La prière de la foi sauvera le malade.

Il s'agit de la prière dont il a été question au verset précédent : la prière du presbytre. La prière est l'élément important qui donne au rite son sens. Cette prière est dite de la foi pour 3 raisons :

  • elle procède de la foi dans le Seigneur,
  • elle doit être faite avec confiance par les prêtres,
  • elle requiert enfin la foi du malade sur lequel elle est faite.

De quel salut est-il question ? Le verbe grec utilisé est sôsei : le contexte parlant d'une maladie physique suggère un salut physique : une guérison physique semble être au premier plan. Mt 9, 21-22 et Mc 6, 56 utilisent le verbe sôsein pour des guérisons miraculeuses opérées par le Christ. Mais ce verbe ne doit pas être limité à la guérison du corps. Jacques, dans le reste de sa lettre, utilise le verbe sôsein pour le salut de l'âme (1, 21 ; 2, 14 ; 4, 12 ; 5, 20) : "Qui converti fecerit peccatorem ab errore... salvabit animam suam a morte.

L'auteur veut donc parler du salut au sens large sans préciser davantage.

La prière et l'onction portent à chacun le bien meilleur : un réconfort intérieur par lequel l'âme recevra soutien, augmentation de force surnaturelle pour supporter chrétiennement le poids et les difficultés des maladies qui sont des épreuves pour tout homme, un moment critique de l'existence. Pour certains, ce réconfort pourra s'étendre au retour à la santé, salut physique, pour d'autres ce sera une aide spirituelle, spéciale pour affronter la mort et la venue du Seigneur avec courage et sécurité. Le Salut peut donc difficilement être entendu comme une seule guérison physique. L'homme demeure mortel !

b) Et allevabit eum Dominus (15b) : Dieu le relèvera !

Le verbe grec egerein signifie faire se lever, se relever, ressusciter. Le verbe latin allevare n'a pas toute la force du verbe grec, il signifie donner un soulagement. Il s'agit d'une image : le Christ présent invisiblement fera lever, relever le malade de son lit comme il a fait par exemple pour le paralytique (Mt 9, 6) ; pour la belle-mère de Pierre (Mc 1, 31) ; pour l'enfant épileptique et possédé (Mc 9, 27). En ces passages est utilisé le verbe grec egerein : ils se lèvent en retrouvant la santé. Ce verbe est utilisé également, 3 fois, pour signifier une résurrection : fille d'un notable (Mt 9, 25) ; le fils unique de la veuve de Naïm (Lc 7, 14) ; Lazare (Jn 12, 9) que Jésus avait "êgeirev ek nekrôn". Ce verbe est aussi utilisé pour parler de la résurrection de Jésus.

Cette seconde proposition semble avoir le même sens que la première. Le contexte suggère aussi le sens physique et corporel, mais le sens spirituel n'est pas exclu. Les 2 propositions sont parallèles : ce sont des figures fréquentes dans la littérature rabbinique.

Il y a toutefois, un changement grammatical du sujet : la prière sauvera le malade / le Seigneur fera lever le malade. La prière du prêtre sauvera le malade parce que le Seigneur, invisiblement présent, fait lever le malade, c'est Lui qui agit de manière cachée pour le relèvement physique et spirituel du malade.

c) Et si peccata operatus fuerit, dimittentur ei (15c) : rémission des péchés.

Jn 20, 23 parle des péchés remis. En Jacques, la rémission des péchés est manifestement l'effet de l'onction elle-même, comme le montre le triple kai entre les propositions. Il ne semble pas qu'il s'agisse de péchés légers. La proposition est générale. L'auteur n'aurait pas parlé ainsi s'il s'agissait de péchés légers, il n'ignore pas la distinction (cf Jc 1, 15 : amartia = péché qui, lorsqu'il est consommé, produit la mort. En revanche Jc 3, 2 : manquer à quelque chose = péché véniel). Donc si l'auteur parle de péché sans qualification, il s'agit de tous les péchés (graves et légers). L'onction remet donc tous les péchés quels qu'ils soient.

Cet effet de la rémission des péchés, toutefois, n'est pas l'effet primordial, il est l'effet conditionné, hypothétique : si le malade a commis des péchés, ils lui seront remis. L'onction n'est pas le moyen normal de la rémission des péchés, mais le péché constitue un obstacle à l'effet de résurrection de l'onction. Pour enlever l'obstacle que le péché oppose à l'effet primordial de salut et de résurrection, la remise du péché permettra l'effet primordial auquel l'action est directement ordonnée.

La forme hypothétique : l'auteur ne partage pas l'opinion diffuse dans le monde sémitique et antique en général, selon laquelle le péché et la maladie sont en connexion nécessaire car la maladie était le châtiment du péché. Quelqu'un peut être malade sans être en état de péché personnel. Cette onction est d'abord un remède surnaturel pour l'âme et le corps qui vise le salut total de l'homme malade, mais peut aussi enlever l'obstacle du péché qui s'oppose à ce salut.

III) DEVELOPPEMENT HISTORIQUE DE LA PRATIQUE SACRAMENTELLE.

Durant les 4 premiers siècles, on ne peut trouver un témoignage clair et sûr de l'onction des malades, au moins comme l'entend la lettre de Saint Jacques. Il existait cependant, autant en Orient qu'en Occident, comme le disent divers documents, la pieuse habitude pour les fidèles d'user de l'huile bénite dans le cas de maladie. Bénite soit par l'évêque (cf. Martin de Tours, PL 20, 213 ; Ilarion, ermite egyptien PL 22, 43, 44), soit par un saint. Les fidèles pouvaient prendre encore l'huile d'une lampe (PG 57, 584). L'efficacité de l'huile était attribuée à la bénédiction donnée à l'huile ou à l'origine sacrée de l'huile, beaucoup plus qu'à l'intervention de celui qui l'appliquait. Cependant la sainteté de celui qui l'appliquait augmentait son efficacité (cf. Ste Geneviève de Paris au IVe).

La première attestation importante, nous la trouvons au début du Ve, dans une lettre du Pape Innocent Ier adressée à l'évêque de Gubbio (DS 216). La lettre de Saint Jacques commence à être connue en Occident, elle entre alors dans le Canon des Ecritures inspirées du NT. L'évêque de Gubbio, Decenzio, ne l'a pas bien comprise, surtout pour ce qui concerne le passage sur l'onction. Il demande au Pape de quoi il s'agit. Innocent Ier cite Saint Jacques dans un lexte latin antérieur à la Vulgate et le commente ainsi : cela doit être entendu des fidèles malades qui peuvent être oints avec la sainte huile de chrême que l'évêque a consacrée ; non seulement les prêtres, mais tous les chrétiens peuvent user de cette onction pour eux-mêmes ou pour les parents. Deux onctions sont à distinguer : l'onction apostolique décrite par Saint Jacques est faite par les prêtres et l'onction avec le chrême que les laïcs peuvent faire. Le Pape Innocent Ier ne semble pas distinguer les deux usages.

Dans les 3 siècles suivants, persistent encore les deux onctions. L'usage populaire de l'huile perdure encore, mais cet usage est peu à peu distingué de l'onction apostolique décrite par Saint Jacques et faite par les prêtres.

Epoque carolingienne : virage décisif : le IXe est un temps de renaissance cultuelle et religieuse. L'Eglise se réorganise. Rites compliqués : sont requis 3 prêtres, parfois 7, qui répètent l'onction 7 fois de suite... à moins que le malade ne soit mort entre temps. Pour les pauvres, le nombre de prêtres est réduit à 1 seul : usage qui demeure en Occident, alors qu'en Orient, ce rite est concélébré par plusieurs prêtres.

Le fait le plus saillant : usage de ne donner l'onction qu'aux malades au moment de la mort. Auparavant l'onction se faisait plus largement (aveugles, muets, paralytiques). En aucun texte précédant l'époque carolingienne, on ne trouve l'allusion : "in extremis". L'histoire des dogmes propose diverses raisons à ce changement : a) La simonie des prêtres (grand mal de l'Eglise du Haut Moyen-Âge) : l'onction coûtait si cher qu'on attendait le dernier moment. b) Le rite de pénitence devait précéder l'onction, ce rite était renvoyé au moment de la mort à cause du poids de la satisfaction : pénitence tariffée. c) Enfin, dans les rituels des prêtres, l'usage de l'onction se trouvait inséré entre la confession et les rites du viatique et la recommandation faite à Dieu pour le moribond. De ce fait, l'onction prenait un air de préparation à la mort. On prit l'habitude encore de déplacer l'onction après le viatique et avant la commendatio animae. L'onction devint le sacrement dont le but est de préparer le chrétien à l'entrée dans la vie éternelle.

Depuis le XIIe on appelle cette onction : l'extrême onction. Cette dénomination était inconnue des temps précédents. L'onction a une connexion essentielle avec la mort : ce n'est plus le sacrement des malades, mais des mourants.

Au XIIIe, quand les théologiens scolastiques traitent de l'onction des malades (extrême-onction), ils le font en fonction de la pratique de leur époque. Ils enseignent unanimement que le but, la fin pour laquelle ce sacrement est distribué est de préparer l'âme à entrer dans la gloire céleste. Il efface ainsi les ultimes traces de péché de l'âme du malade : ultime purification. Ils connaissaient l'usage antique de l'huile (populaire et par les prêtres) : la seconde est un sacrement de l'Eglise ; l'autre n'est qu'une sorte de sacramental, avec l'usage de l'eau bénite.

Réformateurs : ils nient le sacrement de l'onction (Luther, Calvin) et n'admettent pas la canonicité de la lettre de Saint Jacques. Ce texte ferait allusion, pour eux, à un rite charismatique où l'on exerçait le don des guérisons propre à l'Eglise primitive (1 Co 12, 9, 28, 30). Mais ce charisme a disparu (baisse du niveau de la foi, et plus d'utilité comme à l'origine de la diffusion de l'Evangile dans le monde païen). Luther conclut que l'onction des malades n'est qu'une singerie inopérante, une survivance privée du sens du rite charismatique transitoire de l'Eglise primitive.

IV) LA SACRAMENTALITE DE L'ONCTION.

Le Concile de Trente traite de l'extrême-onction dans sa 14e session de l'an 1551. Il définit l'institution divine et le caractère sacramentel de l'onction contre Luther et Calvin.

Au chapitre 1 (DS 1695), il est dit que cette onction des malades a été instituée réellement et proprement comme sacrement du NT par NSJC, déjà allusion en Mc 6, 13, et elle a été promulguée ("promulgatum") par l'apôtre Jacques, frère du Seigneur. Dans le Can 1 (DS 1716) on déclare que celui qui dit que l'extrême-onction n'est pas réellement et proprement un sacrement institué par NSJC et promulgué par Jacques, qu'il soit anathème.

"Promulgatum" n'est pas à prendre en un sens juridique mais "autoritatif". Toute l'Eglise, selon Jacques, a eu connaissance de ce rite. Jacques en assure l'existence. Cela n'exclut pas que les chrétiens à qui Jacques écrit ont déjà pu user de ce rite.

Le chapitre II (DS 1696) parle des effets de l'onction : on affirme que la grâce spécifique conférée par l'onction a trait au soulagement, au réconfort, à la vigueur spirituelle donnée. Ceci est l'effet normal, habituel et principal de l'onction, quand il est reçu avec foi et dans les dispositions requises par le malade. De plus si c'est nécessaire, il est donné pour le pardon des péchés, et il est enfin la porte, le chemin des chrétiens. Enfin peut s'ensuivre aussi le salut, la santé corporelle. Ces deux derniers effets (rémission des péchés et santé) sont des effets conditionnels et secondaires.

Le chapitre III (DS 1698) traite du sujet de l'onction. Les Pères ont voulu prendre certaines distances par rapport à la théologie médiévale. Ils refusent de voir le sacrement comme celui des moribonds. On déclare que cette onction doit être faite aux malades "praesertim" à ceux qui semblent être en danger de mort. Le sujet doit donc être dans un état si grave que l'on craint pour sa vie.

Le Concile retient également à côté de l'expression "extrême-onction", l'antique nom d"onction des malades" (utilisé intentionnellement 2 fois au chapitre 1 (DS 1695) et au chapitre 2 (DS 1717).     

Problème théologique :

Comment le rite promulgué par Saint Jacques vérifiait la notion de sacrement du NT ?

La chose est facile : Le sacrement du NT est un signe sensible efficace de grâce et institué par Jésus. Or le rite dont parle saint Jacques est un signe sensible : matière = onction avec huile et forme = prière des presbytres. Ce rite est efficace d'une certaine grâce : possible guérison corporelle, production de certains effets spirituels de salut et de réconfort, force surnaturelle de persévérance pour aider le malade à supporter et vivre chrétiennement son état, enfin force et confiance pour affronter la mort avec le Christ. Il faut encore ajouter l'éventuelle rémission des péchés s'il y a des péchés mortels, ce qui sous-entend une nouvelle infusion de la Grâce. Enfin le rite de Jacques a été institué par le Christ. L'institution est insinuée dans la lettre de Jacques parce qu'onction est dite conférée dans le nom du Seigneur. L'onction se fait donc selon le commandement du Christ, elle remonte au Christ, elle est commandée, instituée par Lui.

La vertu salvifique du Christ est présente dans l'onction : "Le Seigneur le sauvera". Comment serait-elle présente si le Seigneur ne l'avait pas voulu ?

Moment de l'institution ?

C'est difficile à dire. Aucun texte ne renvoie à un tel moment. Nous savons qu'il n'est pas possible de déterminer le moment où Jésus aurait institué ce sacrement. On pourrait parler d'une institution progressive, coextensive à toute la vie publique de Jésus. Jésus a guéri et n'a jamais cessé de le faire tout au long de son ministère public. L'onction des malades est donc une continuation de l'activité du Christ envers les malades. Jésus a d'ailleurs conféré à ses apôtres le mission de continuer cette activité : "Voici les signes qui accompagneront... ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris" (Mc 16, 17-18. La lettre de Jacques montre que l'Eglise ne fait rien d'autre qu'accomplir la mission confiée par Jésus pour le bien spirituel et corporel de ses fidèles qui sont éprouvés par la maladie. Pendant la vie publique Jésus avait envoyé ses apôtres en mission. Ils guérissaient les malades en faisant une onction d'huile (Mc 6, 13).

Le seul document important du Magistère après le Concile de Trente fut Vatican II :

- en SC 73 il est parlé de l'extrême-onction qui peut être mieux appelé onction des malades... "Il n'est pas seulement le sacrement de ceux qui se trouvent à toute extrêmité. Aussi le temps opportun pour le recevoir est déjà certainement arrivé lorsque le fidèle commence à être en danger de mort par suite de l'affaiblissement physique ou de viellesse".

- en SC 74 il est parlé du nouvel Ordo du rite : l 'onction sera conférée au malade après la confession et avant le viatique. Ce rite est un retour en arrière : avant le XIIe.

- en PO 5 il est dit : "Par l'onction des malades, les prêtres soulagent ceux qui souffrent".

Le nouveau rituel a été donné en 1972. Il est très riche et distingue bien l'onction des malades et l'onction des mourants. Plusieurs schémas sont proposés et, dans le cas de l'onction des mourants, plusieurs possibilités sont prévues : viatique, rite continu (pénitence - confirmation - onction et viatique) ; onction en cas d'urgence et recommandation des mourants. Le rituel comporte des notes doctrinales très importantes.

V) LA SIGNIFICATION THEOLOGIQUE DE L'ONCTION.

Cette question a été beaucoup discutée par les théologiens ces dernières 40 années.

2 tendances se sont révélées :

a) Prolongement de la théologie classique médiévale : l'extrême onction

L'onction est le sacrement des moribonds, il est destiné au chrétien qui va entrer dans la gloire céleste. Mais idée diverse : pour les scolastiques, l'onction était destinée à l'âme, elle était l'ultime purification pour effacer les dernières traces de péché ; pour les théologiens modernes, l'onction unit le mourant à la mort salvifique du Christ. E. Mersch : sacrement qui incorpore notre mort dans la mort du Christ. L'effet primaire qui cause tous les autres effets : réconfort, paix... K. Rahner : "La théologie de la mort" : L'onction produit une appropriation de notre mort de la part de la mort du Christ vainqueur de la mort. Notre mort devient un événement de salut. M. Schmaus : l'onction est le sacrement qui conforme, configure, rend semblable au Christ en tant que le Christ à travers la mort et la Résurrection est parvenu à la Gloire et siège à la droit de Père. En résumé pour les théologiens de cette première tendance : l'onction est une espèce de consécration de la mort chrétienne.

b) Retour à la praxis antique : le sacrement des malades

Ici, refus de la première tendance : le sacrement de l'onction est fondamentalement le sacrement des malades. Il confère aux malades le réconfort spirituel et corporel dont ils ont besoin pour leur maladie.

La première tendance pourrait trouver appui en LG 11 : "Par l'onction sacrée des malades et la prière des prêtres, c'est l'Eglise tout entière qui recommande les malades au Seigneur souffrant et glorifié, pour qu'il les soulage et les sauve (cf Jc 5, 14-16) ; bien mieux, elle les exhorte, en s'associant librement à la passion et à la mort du Christ (cf Rm 8, 17 ; Col 1, 24 ; 2 Tm 2, 11-12 ; 1 P 4, 13) à apporter leur part pour le bien du peuple de Dieu". Le Père Adnès disait que l'on pouvait parler d'une consécration ecclésiale du malade qui, oint par l'onction, acquiert dans l'Eglise une situation salvifique nouvelle et spéciale. Il peut dire avec Saint Paul qu'il est heureux de souffrir en sa chair ce qui manque aux souffrances du Christ (Col 1, 24). La maladie est un mal, mais par la Rédemption du Christ, elle est devenue un moyen de rédemption. Le malade chrétien, oint, est incorporé au Christ pour participer à la Rédemption.

Le but du sacrement, concluait le Père Adnès, est sans aucun doute d'aider le malade dans sa maladie, même si elle ne conduit pas nécessairement à la mort. L'homme qui souffre a besoin d'une grâce spéciale pour combattre son mal, se soumettre dans la paix à la Volonté de Dieu. Le but de ce sacrement est aussi de sanctifier l'état de maladie en conférant les grâces nécessaires pour vivre cet état particulier. Quand la maladie tend vers la mort, le malade reçoit les grâces nécessaires, par l'onction que l'on peut renouveler alors, pour ce moment décisif.

Résumé de l'histoire de notre sacrement

L'onction des malades. Arnaud Bérard. Téqui 1996).

Du début de l'ère chrétienne à la scolastique, le sacrement des malades pouvait être considéré comme un médicament surnaturel. Nous ne sommes pas d'accord pour dire que les fidèles l'auraient donné ! Des témoignages peuvent parler d'onction faite par des laïcs sur les malades. Pourquoi dire que ces onctions étaient sacramentelles ? Le Concile de Trente a proclamé dogmatiquement que les prêtres seuls sont les ministres propres de ce sacrement (FC 885).

"L'absence de guérison systématique et aussi le recul de l'administration de la pénitence au seuil de la mort conduisent à une réflexion sur la signification théologique du sacrement. Pour cette raison la deuxième période (du XIe au début du XXe) va privilégier les effets spirituels : la rémission des péchés et surtout des reliquiae peccati pour préparer à la béatitude éternelle. Malgré son administration aux mourants, la réitération est discutée : les théologiens et le Concile de Trente admettent toujours la possibilité d'une guérison conditionnée au salut de l'âme".

"A la veille du Concile Vatican II, un nouveau mouvement surgit sous l'action de recherches théologiques et liturgiques. Nous abordons la troisième période qui s'étend de 1948 environ à nos jours. Elle est marquée par une préférence pour l'appellation "onction des malades" au lieu d'extrême-onction. Ce changement minime exprime l'évolution des notions théologiques sur le sujet et les effets du sacrement. Avec cette période, nous nous immergeons dans le débat sur la signification de l'onction des malades" (p. 81-82)

VI) LA THEOLOGIE DU SACREMENT DES MALADES DU C.E.C.

Le titre du chapitre traitant de ce sacrement est déjà significatif : l'onction des malades. Le C.E.C. a bien adopté la théologie de Vatican II qui est rappelée en introduction et s'est détaché de la théologie médiévale occidentale qui avait mis l'accent sur l'extrême-onction.

1) Fondements de l'onction des malades dans l'économie du salut (C.E.C. 1500-1513).

Cette partie du C.E.C. nous paraît extrêmement importante. Le Catéchisme montre la compassion de Jésus pour les malades. Il met bien en valeur la mission de Jésus conférée aux disciples de guérir les malades. Ce sacrement a donc bien en vue la guérison ! Mais la guérison physique n'est pas la plus importante guérison donnée par Jésus ! Il n'a pas guéri tous les malades. Ses guérisons étaient signes d'une guérison plus radicale : la victoire sur le péché et la mort par sa Pâque. La maladie n'est qu'une conséquence du mal le plus grave : le péché. C'est par sa mort rédemptrice qu'Il nous en a guéris ! Le numéro 1508 montre pourquoi Jésus ne guérit pas toutes les maladies de ceux qui sont pourtant bien disposés : elles peuvent servir à la "corédemption" (le mot n'est pas utilisé dans le C.E.C.). Au numéro 1512, en citant le Concile de Trente, le C.E.C. montre que la guérison physique peut être fruit du sacrement des malades si cela est convenable au salut du malade. Cet enseignement manifeste donc que le premier fruit du sacrement des malades est la guérison des péchés et le salut du malade, mais la guérison physique ne doit pas être négligée puisque Jésus a demandé de guérir les malades (Mc 16, 17-18). Le C.E.C. a rappelé, comme le Père Adnès, qu'au cours des siècles, l'onction des malades a été conférée exclusivement à ceux qui étaient sur le point de mourir.

2) sujets et ministres de ce sacrement (C.E.C. 1514-1516)

Le C.E.C. ne fait pas de longs développements sur les sujets qui peuvent recevoir ce sacrement ! Il se contente de rappeler ce qui a été dit : il faut commencer à être en danger de mort à cause de la maladie ou par suite de d'affaiblissement physique ou de vieillesse. Il est approprié de le recevoir au seuil d'une opération importante. On peut le recevoir à nouveau en cas de nouvelle maladie grave ou si la maladie s'est aggravée. Au sujet des ministres, pas de discussion : les prêtres seuls. Pour la célébration du sacrement, il est souhaitable que la communauté ecclésiale entoure le malade et le prêtre.

3) La célébration du sacrement (C.E.C. 1517-1519)

Le C.E.C. résume ici le nouveau rituel et l'importance à donner aux signes et à la Parole de Dieu. Il n'est pas dit ce qui est absolument requis pour la validité du sacrement. Dans le rituel, l'imposition des mains n'est pas requise comme élément essentiel ad validitatem, comme cela semble ressortir également du numéro 1531.

4) les effets du sacrement des malades (C.E.C. 1520-1523)

Cette partie du C.E.C. est extrêmement riche et importante. Le Catéchisme a synthétisé tout ce que les théologiens avaient pu développer après le Concile Vatican II et qui avait permis de retrouver le sens original de ce sacrement des malades.

- Dans le premier effet : don particulier de l'Esprit-Saint, est bien mis à la première place les fruits spirituels : grâce de réconfort, de paix et de courage, force contre les tentations de découragement et d'angoisse de la mort, guérison de l'âme, mais, sans oublier, la guérison du corps si telle est la volonté de Dieu. Cet effet est mis en dernier, avant celui du pardon des péchés, si cela n'a pas pu être réalisé par la confession.

- Le C.E.C. explicite un effet, mis particulièrement en valeur par les enseignements de Jean-Paul II : l'union à la Passion du Christ. Le C.E.C. n'a pas peur de rappeler, contrairement à l'opinion majoritaire de notre temps, que la souffrance est une séquelle du péché originel, mais que par la Rédemption, elle a reçu un sens nouveau !

- Cet effet engendre un nouvel effet : le malade est comme consacré pour une mission "corédemptrice" (le mot n'est pas utilisé, mais la réalité y est !), cette consécration apporte une grâce ecclésiale, bien mise en valeur par Jean-Paul II : les malades ont une place très importante dans l'Eglise : ils portent la mission de l'Eglise, ils permettent sa fécondité. Au lendemain de son élection, Jean-Paul II est allé confié son ministère aux malades.

- Le C.E.C. n'a pas oublié ce qui était devenu l'essentiel de ce sacrement : sacramentum exeuntium. Que les nouvelles perspectives ouvertes par Vatican II ne nous fassent pas oublier l'importance de cette ultime onction pour nos frères qui doivent endurer les derniers combats avant leur mort : "Cette dernière onction munit la fin de notre vie terrestre comme d'un solide rempart en vue des dernières luttes avant l'entrée dans la Maison du Père".

VII) LE VIATIQUE, DERNIER SACREMENT DU CHRETIEN (C.E.C. 1524-1525)

La concision de ce dernier développement ne doit pas nous faire négliger l'importance de ce que le C.E.C. y enseigne. L'Eucharistie est le gage de la vie éternelle. Jésus a promis de ressusciter celui qui s'en nourrirait (Jn 6, 54). Il convient donc de la donner en nourriture en tant que sacrement du passage de la mort à la vie, de ce monde vers le Père. Le C.E.C. , cependant, élargit la notion de viatique : ce sont la Pénitence, la Sainte Onction et l'Eucharistie qui sont viatiques. La comparaison donnée par le C.E.C. mérite d'être approfondie : Baptême, Confirmation et Eucharistie sont les sacrements de l'initiation chrétienne ; Pénitence, Onction des malades et Eucharistie sont les sacrements qui préparent à la Patrie ou les sacrements qui achèvent la pérégrination.

CONCLUSION

L’approfondissement du sacrement des malades est important pour nos récollections de Foyers car la maladie et la mort font, tôt ou tard, irruption en chacune de nos familles. Nous ne devons pas vivre d’une manière superficielle, mais ne jamais oublier que cette vie terrestre n’est qu’une préparation à la vie éternelle dans le Royaume des Cieux. Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, quelques heures avant sa mort, disait : je ne meurs pas, j’entre dans la vie. Le sacrement des malades est le sacrement qui nous permet de passer de ce monde à la vie éternelle dans le Royaume. Comprenons-en l’importance et n’ayons pas peur de nous préparer à la maladie et à la mort. Plus nous nous y serons préparés, mieux nous vivrons ce temps dans la sérénité, même si la mort est toujours une épreuve. Jésus a pleuré devant la mort de son ami Lazare. Il est humain que nous pleurions, mais la Foi, l’Espérance et la Charité nous soutiennent.

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