Les trois chemins du Fils prodigue

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Homélie du dimanche 15 septembre 2019

24ème dimanche du Temps Ordinaire

Un thème intéressant pour aborder cet évangile est celui du chemin. Dans cette parabole très touchante, et que nous connaissons bien, il est question de trois itinéraires, de trois chemins de celui qui est appelé le fils prodigue.

Le premier chemin est son éloignement : « Il partit pour un pays lointain… » Là, il dépense tout, et peut mener la vie qu’il souhaitait, en faisant tout ce qu’il veut. Il croyait trouver ainsi la liberté, loin de la maison du Père. Et il va faire l’expérience de la fausse liberté – faire tout ce qu’il veut –, fausse liberté qui va le conduire dans une prison : celle de la déchéance et de la perte de sa dignité : « Il aurait bien voulu se remplir le ventre avec les gousses que mangeaient les porcs, mais personne ne lui donnait rien. »

Le second chemin passe assez inaperçu dans le texte ; c’est pourtant le plus profond et le plus fondamental : « Il rentra en lui-même… » L’expression est très vivante. Saint Augustin, converti, dira la même chose de sa propre expérience de péché : « Tu étais au-dedans de moi quand j’étais au-dehors, et c’est dehors que je te cherchais… » (SAINT AUGUSTIN, Confessions, 10, 27). La leçon est très forte pour le fils prodigue : en s’éloignant de la maison du père, il s’est éloigné de lui-même. Et désormais il fait un chemin intérieur pour rentrer en lui-même. Ce retour en lui-même explique ce qu’est la conscience : elle est, dans l’homme, le lieu de la rencontre entre l’homme et Dieu, entre le fils et le Père. Et une fois qu’il est rentré en lui-même et qu’il a fait la lumière, il retrouve alors le chemin de la maison du père, qu’il avait quittée.

Pour faire maintenant ce troisième chemin, il va lui falloir deux choses : de l’humilité et du courage – les deux vont d’ailleurs souvent ensemble. L’humilité de reconnaître sa faute. Le courage de quitter ce pays lointain. Ces deux vertus vont l’aider à faire la vérité et à prendre concrètement la route du retour. Admirons cette humilité et ce courage du fils prodigue. Alors nous comprenons sans peine la parole de Jésus : « Il y aura de la joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se convertit, plus que pour 99 justes qui n’ont pas besoin de conversion. » Alors « il se leva, et s’en alla chez son Père ». Il s’en alla – c’est le même mot qui est employé pour dire qu’il « rentra en lui-même », signe qu’il s’agit bien du même mouvement, du même chemin. Soulignons que ce deuxième et ce troisième chemins sont la condition pour retrouver l’alliance (signifiée par l’anneau que le Père fait mettre à son doigt). Rentrer en soi-même, puis quitter concrètement le pays lointain du péché, ces deux chemins sont la condition pour être accueilli par le père. Ils sont la condition de la miséricorde et du pardon. Ce que le fils a fait dans ce pays lointain n’a pour ainsi dire plus d’importance désormais, dans la mesure où il a fait ce chemin de vérité, pour quitter ce pays lointain.

Peut-on faire de cette admirable page évangélique une application pour ce mois de septembre 2019 ? Certainement. Si l’on mettait la fille aînée de l’Église dans la personne du fils prodigue ? N’est-elle pas en train – une nouvelle fois – de voter des lois qui l’éloignent de la maison du Père ? N’est-elle pas en train de s’enfoncer un peu plus dans la débauche de ce « pays lointain », et de d’attenter encore un peu plus à la dignité humaine ? La dignité de l’homme, celle de la femme, mais aussi celle de l’enfant ? Beaucoup vont aller marcher pour l’enfant le 6 octobre prochain à Paris. Cette démarche est juste, car l’Église, experte en humanité, a toujours pris la défense, des plus fragiles, des plus petits, quand leur dignité et leurs droits sont gravement touchés. Priver volontairement des enfants de leur père est une atteinte aux droits de l’homme. Quoi de plus évident que de rappeler qu’un enfant a nécessairement (et biologiquement) un père ? Dire le contraire est une aberration du point de vue de la science. Le professeur Jérôme Lejeune, à qui l’on demandait quelle communication privilégier dans ces combats, avait répondu : « En fait, ce n'est pas vraiment très compliqué, nous devons seulement dire ce qui est sur le plan scientifique, sur le plan moral, tout cela c'est logique, nous devons juste dire ce qui est. Ce sont eux qui font toutes les entourloupettes, pour essayer de faire passer l'avortement, l'euthanasie, etc., ils doivent bonifier le mal pour arriver à convaincre les gens, et nous, nous avons seulement à dire les choses qui sont. Nous devons seulement dire la vérité, toujours la vérité, encore la vérité. » (Aude DUGAST, Jérôme Lejeune ; la liberté du savant, Artège, 2018, page 247)

En ce 15 septembre, nous pensons à Notre Dame des douleurs. La Mère est absente de cette parabole. Mais nous pouvons sans difficulté imaginer aujourd’hui cette Mère, telle qu’elle est apparue à La Salette, pleurant sur ses fils éloignés, sur son Fils défiguré. Les deux sont liés : son Fils bien aimé est défiguré parce que ses fils se sont éloignés et ont ainsi perdu leur dignité. Remercions cette Mère qui, en silence, prie et offre pour le retour de nombreux fils prodigues. Nous sommes tous un peu ce fils prodigue. Mais nous devons aussi demander une profonde joie dans nos cœurs pour le retour à la maison de ceux qui étaient partis loin. Sachons éprouver cette joie immense devant le retour de ceux que Dieu aime et que nous aimons aussi, en partageant la joie de Dieu lui-même : « car mon fils que voilà était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. »
 

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