La miséricorde et ses contrefaçons

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Homélie pour la Fête de la Divine Miséricorde

Dimanche 11 avril 2021

La miséricorde a un prix : les plaies du Christ !

Cet évangile qui nous est familier nous fait toujours réfléchir. En ce dimanche de la divine miséricorde, que nous enseigne-t-il au sujet de la miséricorde ?

La figure de l’apôtre Thomas est attachante, et nous nous retrouvons souvent dans sa difficulté à croire immédiatement. Thomas, qui s’était éloigné du collège des apôtres, exprime un refus assez net : « … non, je ne croirai pas ! » Or Jésus apparaît à nouveau, en ce huitième jour après sa résurrection. Jésus aime Thomas, mais il lui reproche son incrédulité. Ou plutôt Jésus aime Thomas, donc il lui reproche son incrédulité. Voilà la vraie miséricorde divine, celle qui aime, et qui veut donc élever, faire grandir celui qui est aimé.

Dans la prière qui suit le Notre Père, au cours de la Messe, le prêtre dit : « Par ta miséricorde, libère-nous du péché, rassure-nous devant les épreuves… » Là est exprimée l’essence de la miséricorde telle que nous la voyons en Jésus dans l’évangile de ce jour à l’égard de Thomas. La miséricorde nous libère du péché. Mais aujourd’hui, bien souvent nous prions à l’envers, et nous sommes plutôt enclins à demander : « par ta miséricorde, libère nous des épreuves, et rassure-nous sur notre péché… »

Or la miséricorde a un prix : les plaies de Jésus. Comme le disait Benoît XVI, « la miséricorde du Christ n'est pas une grâce à bon marché, elle ne suppose pas la banalisation du mal. Le Christ porte dans son corps et sur son âme tout le poids du mal, toute sa force destructrice. » [Joseph RATZINGER, Homélie de la Messe pro eligendo romano pontifice, 18 avril 2005]. Et nous voyons justement aujourd’hui que Jésus demande à Thomas de mettre ses mains dans ses plaies, signes des souffrances offertes pour lui. En même temps qu’il lui reproche son incrédulité, il lui montre le prix de sa miséricorde.

C’est un fait : le démon cherche souvent à singer les choses de Dieu. Aujourd’hui, il a inventé une parodie de la miséricorde : la « tolérance » – entendue comme la contrevaleur des dictatures du relativisme. Sous couvert de « tolérance », on veut en réalité interdire de poser un jugement sur des actes qui sont contraires aux commandements de Dieu. Alors que nous en avons le devoir, justement par miséricorde. Cette contrefaçon de la miséricorde s’est imposée même dans l’Église. Et sous le fallacieux et confortable prétexte ne pas juger, on n’a plus le courage de la vraie miséricorde qui cherche à libérer du péché, et on déguise cette faiblesse en lui donnant le nom de « charité ».

Donnons un exemple très récent de cette singerie de la miséricorde par le Prince des ténèbres. Il y a quelques semaines, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a publié une note pour répondre à la question de savoir si l’Église pouvait bénir des unions homosexuelles. La Congrégation, dans la fidélité à la Parole de Dieu et à toute la Tradition de l’Église, a répondu non. L’Église accompagne toutes les personnes avec amour, mais elle ne peut pas bénir une situation de péché. Ou plutôt, l’Église accompagne toutes les personnes avec amour, donc elle ne peut pas bénir une situation de péché. Malheureusement, des évêques, et même des cardinaux, ont pris position contre cette note. Ceci est une grave infidélité à l’Évangile, et vient d’une fausse notion de miséricorde, que l’on a coupée de la vérité. On dit : l’Église est une Mère. Mais justement : quelle mère, si elle aime son enfant, approuverait une situation qu’elle sait être nocive pour lui ? On doit dire aux personnes : c’est parce que nous vous aimons à la manière de Jésus, que nous ne pouvons pas bénir une telle situation, qui ne peut en aucun cas vous faire grandir, ni vous conduire vers Dieu, car elle est objectivement un péché grave.

Saint Jean ne nous dit pas autre chose en ce dimanche : « Car tel est l’amour de Dieu : garder ses commandements ; et ses commandements ne sont pas un fardeau… » L’Église ne peut pas dire autre chose. Elle n’en a pas le droit ni le pouvoir. Jean-Paul II, dans son encyclique sur la miséricorde, expliquait : « Dans aucun passage du message évangélique, le pardon, ni même la miséricorde qui en est la source, ne signifient indulgence envers le mal, envers le scandale, envers le tort causé ou les offenses. » [JEAN-PAUL II, Dives in Misericordia, nº 14]. Et le Catéchisme enseigne clairement : « Il n'y a pas de limites à la miséricorde de Dieu, mais qui refuse délibérément d'accueillir la miséricorde de Dieu par le repentir rejette le pardon de ses péchés et le salut offert par l'Esprit Saint. Un tel endurcissement peut conduire à l'impénitence finale et à la perte éternelle. » [Catéchisme de l’Église Catholique, nº 1864]. Or c’est là précisément ce qu’une mère qui aime ses enfants cherche à leur éviter.

Mais revenons à saint Thomas. Jésus, par miséricorde, ne le laisse pas dans son incrédulité. Il ne lui dit pas : « Chemine à ton rythme, comme tu le peux, vers l’idéal. » Il lui demande énergiquement de rompre avec ce qui l’éloigne de lui : « Cesse d’être incrédule. Sois croyant. » Par la force du Seigneur ressuscité, ce qui paraît impossible devient possible. Saint Thomas alors proclame sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! » Et il donnera toute sa foi et toute son adhésion à Jésus, jusqu’à donner sa vie pour lui. Voilà la vraie miséricorde de Jésus, et les fruits de libération qu’elle a portés. Que la Vierge Marie, Mère de la Miséricorde, nous donne le courage de la vraie miséricorde qui libère les âmes du péché pour les entraîner vers Dieu en disant : « Jésus, j’ai confiance en toi ! »

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