Jésus verse sur nos plaies l'huile et le vin

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Homélie pour le 26e Dimanche du Temps Ordinaire

Dimanche 26 septembre 2021

Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur !

Dans une parabole que nous connaissons bien, nous voyons le Bon Samaritain se pencher sur l’homme blessé, et verser sur ses plaies de l’huile et du vin. L’huile est agréable, car elle se répand, pénètre facilement, et elle adoucit. Le vin est acide, il fait mal, mais il est nécessaire pour désinfecter la plaie. Les deux remèdes procèdent d’une même source : la bonté du Samaritain, qui veut sauver l’homme à moitié mort.

Ce Bon Samaritain n’est autre que Jésus lui-même. Et dans l’évangile de ce jour, il se penche vers nous, et verse sur nos plaies de l’huile et du vin.

En effet, nous avons dans cet étonnant évangile, et sans aucune transition, des paroles d’une extrême tendresse, et des paroles d’une extrême sévérité. Les deux sont nécessaires.

Commençons par les premières qui, reconnaissons-le, sont plus agréables à entendre : « Celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense. » Notre Dieu est si sensible qu’il est attentif à un geste aussi infime que celui de donner un verre d’eau à ses apôtres. Plus encore, il le récompensera. « Goûtez et voyez comme est bon le Seigneur ! » (Ps 33, 9). Nous voyons à plusieurs reprises dans l’Évangile Jésus être reconnaissant et plein de tendresse : ainsi avec Marie-Magdeleine, la pécheresse repentie, à laquelle il a été beaucoup pardonné, parce qu’elle a beaucoup aimé (cf. Lc 7, 47). Ou encore avec Zachée ou la femme adultère…

Mais il faut également évoquer les autres paroles de Jésus, dont la dureté peut nous déconcerter. D’abord celle sur le scandale. « Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, mieux vaudrait pour lui qu’on lui attache au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’on le jette à la mer. » Benoît XVI a souligné à plusieurs reprises que Jésus, par cette expression, ne désigne pas d’abord les actes pervers auxquels nous pouvons penser aujourd’hui – même s’ils sont assurément englobés dans cette parole. Jésus, en disant « ces petits qui croient en moi », insiste sur le bien le plus grand et le plus précieux des disciples : la foi – et en particulier la foi des petits, des simples. « Donc ici, Jésus protège le dépôt de la foi avec une menace insistante de punition adressée à ceux qui lui portent atteinte. » [BENOÎT XVI, Texte sur les racines des abus, 11 avril 2019. Cf. aussi Joseph RATZINGER, Église et théologie, 1992, Paris, Mame, pages 124-125] Par cette parole sévère, nous comprenons la grave nécessité, toujours actuelle, de la conservation de la foi dans toute sa pureté et de son annonce franche et sans compromission.

Ensuite, Jésus a des paroles encore difficiles : « Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas. » Par là, Jésus veut souligner avec fermeté que le péché consenti n’est pas compatible avec la vie éternelle, et que nous devons y renoncer vraiment.

Reconnaissons-le : nous n’avons plus l’habitude de ces paroles tranchantes. Pourtant ce sont celles du Fils de Dieu qui nous avertit. La faiblesse envers le péché est contraire à l’Évangile. Le péché consenti, installé, est contraire à la condition d’enfants de Dieu.

Nous avons trop édulcoré la parole de Jésus, et son appel à rejeter le péché, ce qui est grave. Écoutons ce que disait le pasteur luthérien Dietrich Bonhoeffer : « Une communauté qui n'appelle pas le péché 'péché' ne peut non plus rencontrer la foi lorsqu'elle veut pardonner le péché. Elle commet un péché contre ce qui est saint, et elle marche d'une manière qui n'est pas digne de l'Évangile. C'est une communauté impie, parce qu'elle vend au rabais le pardon du Seigneur qui est d'un prix élevé. Il ne suffit pas de se répandre en lamentations sur l'universelle faiblesse pécheresse des hommes, y compris dans ses œuvres bonnes ; ce n'est pas cela la prédication de repentance ; il faut nommer, punir, juger le péché concret. » [Dietrich BONHOEFFER, Vivre en disciple – Le prix de la grâce, Éditions Labor et fides, 2009, page 247]  

N’oublions pas, en entendant ces mots qui paraissent durs – alors même qu’ils sont justes – qu’ils sont à conjuguer avec aussi la tendresse extrême de Jésus qui accueille le pécheur qui a fermement décidé de se séparer de son péché. Car tendresse et sévérité procèdent du même amour en Dieu – comme en tout authentique éducateur ! L’une ne va pas sans l’autre : par sa Parole, Jésus, le Bon Samaritain, répand sur nos plaies l’huile et le vin. Dieu nous aime, c’est pourquoi il nous donne son amour et sa vérité. Benoît XVI écrivait : « La parole du Christ ne fut en rien banale, aimable, gentille, comme veut nous en convaincre un faux romantisme. Elle fut âpre et cinglante comme l’amour véritable, qui ne se laisse pas diviser d’avec la vérité : et cela lui a coûté la croix. À toutes les époques elle a été insupportable pour l’opinion publique. Et cela n’a pas changé. »[ Joseph RATZINGER, Église et théologie, Mame, Paris, 1992, page 135] Et il ajoutait : « Là où [l’amour et la vérité] existent ensemble apparaît la Croix. »[ Joseph RATZINGER, Dogme et annonce, Parole et Silence, 2005, page 102]

Nous allons entrer cette semaine dans le mois du Rosaire. Qu’il soit l’occasion de mieux connaître Jésus, Notre Seigneur, tel qu’il était vraiment, plein d’amour et de vérité. Or comment le connaître mieux qu’en méditant sa vie avec le regard et le Cœur de sa sainte Mère ? Demandons la grâce de prier le chapelet, et même le rosaire, en ce mois d’octobre. Alors, par le Cœur Immaculé de Marie, nous connaîtrons Jésus dans la « force douce et lumineuse de la vérité ».[ BENOÎT XVI, Angélus du dimanche des Rameaux, 28 mars 2010]

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