Être comme le sel : conservateur !

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Homélie pour le 5e dimanche du Temps Ordinaire

Dimanche 9 février 2020

Soyons sel et lumière !

Deux belles images nous sont données par Jésus dans cet évangile.

La première est le sel. Quelles sont les propriétés du sel ? Il y en a deux principalement : d’abord il donne de la saveur, du goût. On ne le voit pas, mais on sent quand il est là… et peut-être plus encore quand il n’y est pas ! Et une seconde propriété : le sel conserve. Aujourd’hui, avec les moyens modernes, on ne l’utilise plus dans ce but. Mais nous devons être « conservateurs ». En quel sens ? Dans l’évangile il est souvent question de « garder » les paroles de Jésus, de « garder » ses commandements. Saint Paul demande à Timothée de « garder » de « conserver » le dépôt de la foi. Le mot de « conservateur » sonne un peu comme une provocation aujourd’hui. Il n’en est rien. Il est évident que toutes les civilisations ont eu besoin de garder, de conserver ce qu’elles avaient de bon et de nécessaire à leur survie. Les belles traditions d’une famille, on les conserve ! Alors il est vrai que dans un monde qui veut que tout puisse changer, qu’il n’y ait plus rien d’immuable, nous sommes à contre-courant. Jésus ajoute : « Mais si le sel devient fade, (…) il ne vaut plus rien : on le jette dehors et il est piétiné par les gens. » Interrogeons-nous : pourquoi les chrétiens de notre occident sont-ils aussi méprisés aujourd’hui ? Piétinés ? Ne serait-ce pas que le sel aurait perdu sa saveur ? Que nous serions devenus fades ? Paul Claudel disait : « L'Évangile, c'est du sel, et vous en avez fait du sucre. » Bien souvent, notre politiquement correct n’est pas le langage de Jésus, et ne correspond par à la radicalité de l’Évangile, que nous devons conserver.

Mais venons-en à la seconde image : la lumière. « Vous êtes la lumière du monde » Or Jésus exige une chose : que cette lumière brille ! Il prend l’exemple d’une ville située sur une montagne – ses auditeurs pensent forcément Jérusalem, si belle ville située sur une montagne. Jésus utilise un impératif : « que votre lumière brille devant les hommes. » Nous n’avons pas le droit de mettre la lumière sous le boisseau, d’être invisibles. Citons le beau commentaire d’un pasteur luthérien, Dietrich Bonhoeffer : « S’enfuir dans l’invisibilité, c’est renier l’appel reçu. Une communauté de Jésus qui se veut communauté invisible n’est plus une communauté qui marche à sa suite. (…) Le boisseau sous lequel la communauté visible cache sa lumière peut être la crainte des hommes ou une façon consciente de se conformer au monde. » On peut aussi prétexter qu’il faut préférer à une évidence "pharisienne" une « humble" invisibilité qui se confond avec le monde. » [1]

Pourtant, un peu plus loin dans le même discours, Jésus dira ces autres paroles, que nous connaissons bien – et que nous entendrons dans peu de temps, le mercredi des Cendres : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. » Alors ? Faut-il briller, ou éviter de se faire remarquer ? Eh bien, les deux ! Lisons très attentivement ces deux passage : dans le premier, Jésus, dit : « Que votre lumière brille devant les hommes : alors, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Là, la lumière brille, mais la gloire revient à Dieu. Dans le second cas, Jésus dit : « Ce que vous faites pour devenir des justes, évitez de l’accomplir devant les hommes pour vous faire remarquer. » Là, la gloire revient à nous… Alors, comment faire pour que cette lumière brille, mais que la gloire revienne à Dieu ? Dans l’évangile, on voit deux fois, sous des formes différentes, la phrase entendue ce jour. Nous avons entendu : « Vous êtes la lumière du monde. » Et on lit ailleurs que Jésus a dit aussi : « Je suis la lumière du monde » (Jn 8, 12). Ainsi, nous devons en quelque sorte « être Jésus ». Nous devons pouvoir dire comme saint Paul : « Ma vie, c’est le Christ » (Ph 1, 21). Ou : « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Ainsi, nous devons briller, mais briller de la lumière de Jésus, et non de la nôtre. Pour cela, il nous faut être comme lui, être transparents de sa lumière.

Mais que sont ces bonnes œuvres qui doivent faire briller en nous la lumière de Jésus lui-même ? Ce sont les paroles que Jésus a dites juste avant celles de ce jour : les Béatitudes. Or les béatitudes sont fondamentalement un portrait de Jésus. Si donc nous les vivons, nous laissons briller en nous la lumière de Jésus. Le Catéchisme enseigne : «  Les béatitudes dépeignent le visage de Jésus-Christ et en décrivent la charité ; elles expriment la vocation des fidèles associés à la gloire de sa Passion et de sa Résurrection ; elles éclairent les actions et les attitudes caractéristiques de la vie chrétienne ; elles sont les promesses paradoxales qui soutiennent l'espérance dans les tribulations ; elles annoncent les bénédictions et les récompenses déjà obscurément acquises aux disciples ; elles sont inaugurées dans la vie de la Vierge Marie et de tous les saints. » [2]

Que la Vierge Marie nous redonne la saveur du sel que nous devons donner au monde. Et qu’elle nous aide à briller de la lumière de Jésus. Alors « ta lumière se lèvera dans les ténèbres et ton obscurité sera lumière de midi. »

Références

[1] Dietrich BONHOEFFER, Vivre en disciple ; le prix de la grâce, 2009, Labor et Fides, p. 95

[2] Catéchisme de l’Église catholique, nº 1717

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