Seule la vérité et l’exigence de la vérité signifie respect authentique

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Homélie du dimanche 27 octobre

30e dimanche du Temps ordinaire

1 - Jésus et les pharisiens

Cet évangile nous est très connu. Mais il est parfois l’objet d’interprétations simplistes ou binaires : les pharisiens sont les méchants et les publicains sont les bons. La réalité est déjà plus nuancée que cela dans l’Évangile. Le Catéchisme souligne que « les rapports de Jésus avec les Pharisiens ne furent pas uniquement polémiques. Ce sont des Pharisiens qui le préviennent du danger qu'il court (cf. Lc 13, 31). Jésus loue certains d'entre eux comme le scribe de Mc 12, 34 et il mange à plusieurs reprises chez des Pharisiens (cf. Lc 7, 36 ; 14, 1). Jésus confirme des doctrines partagées par cette élite religieuse du peuple de Dieu : la résurrection des morts (cf. Mt 22, 23-34 ; Lc 20, 39), les formes de piété (aumône, jeûne et prière, cf. Mt 6,18) et l'habitude de s'adresser à Dieu comme Père, le caractère central du commandement de l'amour de Dieu et du prochain (cf. Mc 12, 28-34). » (1)

2 - Les deux travers du pharisien de la parabole

Mais alors, dans cette parabole, qu’est ce qui est reproché au Pharisien ? Deux travers qui sont particulièrement graves pour la vie chrétienne.

Le premier, c’est que ce pharisien ne voit pas son péché. Nous avons chanté mercredi aux laudes le psaume 35 : « [L’impie] se voit d'un œil trop flatteur pour trouver et haïr sa faute ; (…) il a perdu le sens du bien. (…) La route qu'il suit n'est pas celle du bien ; il ne renonce pas au mal. » Une mauvais interprétation de cette parabole serait de dire qu’il ne faut pas parler du péché des autres, qu’il ne faut pas juger le péché des autres. Ce n’est pas ce que Jésus dit. Sinon, Jésus blâmerait les prophètes, Jean-Baptiste… et lui-même ! Non. Mais Jésus a donné aussi la parabole de la paille et la poutre, et il faut donc chercher et haïr d’abord notre propre péché. Aujourd’hui, comment se manifeste ce premier travers ? Jean-Paul II en a parlé dans l’encyclique Veritatis splendor : il souligne, précisément en référence à cette parabole, que « le pharisien a trouvé une excuse à chacun de ses manquements ». Cette attitude du pharisien, poursuit-il, « s'exprime aujourd'hui particulièrement par la tentative d'adapter la norme morale à ses capacités, à ses intérêts propres et qui va jusqu'au refus du concept même de norme. » (2) Ainsi, refuser les normes morales absolues, chercher à les accommoder, est une manière de dissimuler son péché, pour ne pas le voir, et pouvoir ainsi s’autoproclamer juste.

Le second travers du pharisien de cette parabole, c’est, en étant convaincu d’être juste lui-même, de mépriser les autres. Aujourd’hui, comment se manifeste ce second travers ? On peut dire que ce travers du pharisien se manifeste de manière subtile quand on considère que la loi évangélique ou les commandements de Dieu sont un idéal que tous ne peuvent pas atteindre. Dire que quelqu’un n’est pas capable de sortir de son péché, de sa situation contraire à l’Évangile ou aux commandements de Dieu, c’est un mépris de la grâce toute puissante de Dieu, et un mépris des pécheurs. C’est l’attitude même du pharisien de cet évangile. C’est une manière de dire : « je te rends grâce parce que je ne suis pas comme les autres hommes… » Mais qui suis-je pour juger que telle personne n’est pas capable, avec la grâce de Dieu, d’abandonner son péché pour prendre la route de l’Évangile et des commandements de Dieu ? Rappelons ce qu’écrivait le théologien Romano Guardini : « Seule la vérité et l’exigence de la vérité signifie respect authentique, tandis que se montrer trop accommodant et laisser passer est signe de faiblesse qui n’ose pas exiger de l'homme la majesté du Dieu qui se révèle ; c'est, au fond, mépris de cet homme... » (3)

3 - Une exigence qui coûte

Aussi cette parabole est un grand appel à notre responsabilité. Nous devons continuer à lancer cet appel exigeant à la conversion, quoi qu’il en coûte.

Dans la seconde lecture, nous avons vu ce qu’il en a coûté à saint Paul : « Personne ne m’a soutenu. Tous m’on abandonné. » Mais sa consolation est celle-ci : « J’ai gardé la foi. » Voilà ce qui nous est demandé en ces temps difficiles : garder la foi. Et c’est là qu’est aussi notre consolation.

Mgr Georg Gäsnswein, secrétaire de Benoît XVI et préfet de la maison pontificale au Vatican, a déclaré en Allemagne il y a quelques jours : « Aujourd’hui, l’Église est à bien des égards dans une grande confusion, parce que la majorité des fidèles ne prennent pas vraiment le catéchisme au sérieux et n’adhèrent pas aux enseignements des apôtres. La nouvelle évangélisation ne peut se faire au détriment de la doctrine traditionnelle. Avec l’abaissement des biens précieux du salut par l’Église, ni une nouvelle évangélisation ni un approfondissement de la foi ne réussiront… » On peut dire que c’est un prolongement de ce que saint Paul demande dans les derniers mots qu’il écrit avant sa mort, et que nous avons entendus.

4 - Garder la foi

Que la Vierge Marie nous aide à garder la foi. Et qu’en ces temps difficiles elle nous donne cette certitude qui animait saint Paul en ces derniers instants, et qu’il exprime aujourd’hui : « Le Seigneur, lui, m’a assisté. Il m’a rempli de force (…). J’ai été arraché à la gueule du lion ; le Seigneur m’arrachera encore à tout ce qu’on fait pour me nuire. Il me sauvera et me fera entrer dans son Royaume céleste. À lui la gloire pour les siècles des siècles. Amen. »

Références

(1) Catéchisme de l’Église Catholique, nº 575. Voir aussi les nº 579 et 595

(2) Veritatis splendor, nº 104 et 105

(3) Cité par Joseph RATZINGER, Un chant nouveau pour le Seigneur ; La foi dans le Christ et la liturgie aujourd’hui, 1995, Desclée, page 251 (note 17)

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