Le jour de la tarte
Variations sur le nombre π
Il peut paraître paradoxal, sinon choquant, qu’un mensuel catholique publie un article intitulé ainsi en plein Carême. Il n’en est rien. En France, le 14 mars passe inaperçu. Si quelques rares fans penseront à l’anniversaire d’Alain Bashung – rareté certainement due à l’age de la génération concernée – nos confrères américains y verront le jour de la tarte, ou "pie day".
Cette étrange célébration ne gravite autour de la pâtisserie que par accident, ou par calembour devrait-on dire, puisque dans la langue de Shakespeare, le nombre mathématique π (pi) se prononce « paille », tout comme la tarte (pie). Cette mémoire trouve donc son origine dans le format d’écriture de la date dont il est ici question : 3.14 (en français, nous écrivons 14/03), ce que tout bon élève de collège associera facilement aux premières décimales du célèbre nombre π.
N’en déplaise aux non-mathématiciens, le nombre pi suscite la fascination. Ce n’est pas faute d’avoir commencé tardivement, puisque les premières allusions à ce qui est aussi appelé "le nombre d’Archimède" remontent à quatre mille ans. Pi est un nombre irrationnel, c’est-à-dire qu’il n’est pas un rapport entre deux entiers. Autrement dit, les décimales (les chiffres après la virgule) de pi sont… infinies ! Les Babyloniens estimaient sa valeur à environ 3,12. Les Égyptiens s’y sont attelés, les Grecs également, et chaque civilisation jusqu’à ce jour. Aujourd’hui, les progrès de l’informatique permettent des calculs très poussés et très longs. En novembre 2025, un ordinateur a permis de calculer 314 000 000 000 000 décimales de pi en 110 jours (9 mois et demi) ! Pourtant, même les astrophysiciens se contentent de quinze chiffres après la virgule.
Mais les machines ne sont pas les seules à trouver amusant d’énumérer les décimales de pi. Un site recense les « recordmen » de la récitation du nombre π. Le concours est simple : celui qui donne le plus de décimales remporte le record. Le tenant du titre, l’indien Suresh Kumar Sharma, est parvenu à énoncer quelque 70 030 décimales en pas moins de 17 heures.
Le nombre pi, à l’instar du nombre d’or, est présent dans de nombreux domaines : mécanique ondulatoire, trigonométrie, calculs de probabilités, mécanique quantique, électromagnétisme, thermodynamique, etc. Son influence dans de nombreux champs du savoir et son importance en science ne manquent pas de nous interroger et nous poussent à croire, à la suite de Galilée, que l’univers semble bien avoir été écrit en langage mathématique. La création ne finira jamais de nous étonner. Au-delà des considérations mathématiques, pi, en tant qu’il est « infini », indéfinissable, est, pour certains, une image de la divinité. Cela est appuyé par l’image du cercle, symbole du divin, du parfait auquel π est associé. Sans compter qu’il commence par le chiffre 3. D’aucuns ajouteront même que certains papes en ont pris le nom (ainsi Pie X, 1903-1914)... Tout cela vaut bien une mémoire, non ?
Crédits photos : © fdecomite - Flickr ; © Robert Couse-Baker


