Aujourd'hui, nous entrevoyons la victoire !
Homélie pour le 4ème Dimanche de Carême, dit de "Laetare" - Année C
Dimanche 30 mars 2025
La couleur rose n’a finalement de sens que si nous regardons vers le soleil levant !
Il n’a échappé à personne, en entrant de l’église ce matin, que la couleur liturgique du violet a laissé la place à la couleur rose. Pourquoi ce rose ? Parce que ce dimanche à une particularité au cœur de notre carême, il est appelé le dimanche de « Laetare », de la joie. En effet, aussi bien dans les lectures que dans les oraisons nous entrevoyons déjà la victoire : « Seigneur Dieu, par ton Verbe incarné tu as merveilleusement réconcilié avec toi le genre humain » avons-nous prié au début de cette messe. C’est donc avec la couleur de l’aurore que nous vivons ce jour du Seigneur. Comme pour l’aurore, le soleil n’est pas encore là, mais nous avons la certitude que le jour est tout proche.
C’est la raison de notre première lecture. Nous venons d’entendre l’arrivée du Peuple Hébreu dans la Terre promise. Cela faisait quarante ans très précisément que les Hébreux étaient errants dans le désert. Nous ne devons pas oublier cependant, que ces quarante ans ont été un châtiment dû au manque de confiance du peuple qui avait refusé de suivre les ordres de Dieu pour aller conquérir la Terre Promise peu de temps après le passage de la Mer Rouge. Seul Josué et Caleb, avec Moïse, ont été confiants. Le peuple avait alors voulu lapider Josué et Caleb et se trouver un autre chef pour retourner en Égypte ! Quelle ingratitude ! C’est ainsi que Dieu décréta qu’aucun de ceux qui avaient quitté l’Égypte, à l’exception de Josué et de Caleb, n’entreraient dans la Terre promise.
Mais en ce jour nous constatons surtout que Notre Seigneur accomplit toujours son œuvre. S’il est vrai que l’infidélité de l’homme peut la retarder, il demeure que rien ne l’empêchera de s’accomplir, envers et contre toutes influences contraires. Aujourd’hui nous entendons la victoire de Dieu pour les Hébreux, dans quelques jours nous vivrons la victoire définitive de Notre Seigneur sur Satan et sur la mort !
Ainsi, cette couleur rose au cœur de notre carême nous rappelle que, certes, nous sommes pécheurs, oui nous avons un besoin urgent de nous convertir, mais si nous nous tournons résolument vers Dieu avec confiance et un profond repentir, notre espérance, particulièrement en cette année sainte, est absolue, et nous savons que Jésus a triomphé et qu’il nous a obtenu toutes les grâces qui nous sont nécessaires pour vivre notre carême saintement et marcher sur le chemin de la sainteté et de la vertu.
Cependant, comme nous venons de l’évoquer, ces grâces qui nous ont été méritées ne peuvent porter du fruit que dans un cœur contrit et humilié. C’est ici tout l’enseignement de la parabole de l’Évangile de ce dimanche : la parabole du fils prodigue. Parfois on interprète de façon erronée les actions et les paroles de Notre Seigneur. Ainsi, il a pu être affirmé que Jésus est allé manger avec les publicains et les pécheurs, et donc, à sa suite, nous devrions tous les accueillir tels qu’ils sont, sans même qu’ils aient le désir de changer. Ce n’est pas ce qu’a fait Jésus. Si nous revenons à la parabole de ce jour, nous sommes devant une révélation de Dieu extrêmement riche. Tout d’abord nous voyons Dieu le Père respecter entièrement la liberté de l’homme. Le fils cadet veut partir et rien ne l’empêche de quitter la maison paternelle pour son plus grand malheur. Et nous sommes consternés de voir que le Père ne peut plus rien faire pour lui tant qu’il reste dans cette terre étrangère. Le Père éprouve une très grande souffrance devant cette décision dramatique pour son Fils, il désire ardemment qu’il revienne : tous les jours il est là, à la porte, il scrute l’horizon pour voir si son fils va revenir. Mais tant que celui-ci n’aura pas éprouvé la misère de sa situation, il sera imperméable à l’action de Dieu, et de fait, il ne fait plus partie de la maison du Père. Mère Marie-Augusta faisait remarquer : « La liberté a été le plus beau don de Dieu aux âmes fidèles, l’arme la plus redoutable pour les autres. »
Ainsi, Si Dieu ne rejette jamais le pécheur, il demeure que le pécheur qui ne se convertit pas, lui, rejette Dieu et le Seigneur ne peut lui faire miséricorde. Contrairement à ce qu’a affirmé Luther, la grâce et le péché ne peuvent cohabiter ! Le Cardinal Sarah rappelait que l’on ne peut jamais, même pour une soi-disant raison pastorale, approuver le péché, ni même l’ignorer : « Il nous faut nous opposer, disait-il, à l’illusion de ceux qui penseraient que la complicité dans le mal – sous prétexte d’attitude de miséricorde et de compréhension ou d’accompagnement pastoral – est nécessaire pour une entière solidarité avec les pécheurs. C’est le contraire qui est vrai. Loin d’être un facteur de solidarité authentique ou d’accueil, poursuivait-il, la complicité dans le mal ou le fait de banaliser et minimiser des péchés graves ne fait que miner la solidarité et augmenter leurs ravages dans le monde. »
C’est pourquoi Saint Paul nous dit en ce jour : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une créature nouvelle. » Il faut donc bien être dans le Christ pour être une création nouvelle ! Et qu’est-ce qu’ « être dans le Christ » ? Saint Paul dit encore : « il nous a réconciliés avec lui par le Christ, et il nous a donné le ministère de la réconciliation. » C’est pourquoi il nous lance ce cri aujourd’hui encore : « nous le demandons au nom du Christ, laissez-vous réconcilier avec Dieu. »
Cette couleur rose n’a finalement de sens que si nous regardons vers le soleil levant. Se tourner vers le soleil, c’est accepter de se réconcilier avec Dieu, c’est accepter de faire comme le fils prodigue, d’être vrai avec soi-même et d’avoir l’humilité de retourner vers le Père et de lui dire « Père j’ai péché contre le Ciel et contre toi ! » Alors oui, Dieu fait miséricorde au-delà même de tous ce que nous pouvons imaginer et concevoir. Oui nous avançons alors dans la véritable espérance, et nous aurons le cœur disposé pour aimer Notre Seigneur et l’accompagner avec un grand amour dans sa si douloureuse passion. La Vierge Marie veut nous aider dans cette conversion du cœur qui rend amoureux de Jésus. Elle veut aussi nous aider à être, à notre tour, les ambassadeurs du Christ, pour faire connaître et aimer Jésus et appeler à la conversion. C’est à ce cela que nous encourageait notre Père fondateur : « Dans ce grand combat entre l’Amour et la haine, disait-il, nous devons nous-même répondre librement avec amour et aider les âmes à répondre à l’amour de Jésus. »