Quel est le chemin qui conduit au Père ?

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Homélie pour le 5e Dimanche de Pâques - Année A

Dimanche 3 mai 2026

Moi, je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi 

Nous venons d’entendre les paroles prononcées par Jésus le Jeudi saint, dans l’intimité du Cénacle. Ce soir-là, le Seigneur a fait ce que chacun de nous ferait probablement s’il savait qu’il devait bientôt mourir : il rassemblerait autour de lui ses intimes, il leur léguerait ce qu’il a de plus cher, il leur dirait des paroles qui jaillissent de son cœur, et il leur ferait ses adieux. Jésus a fait de même. La veille de sa mort, après avoir rassemblé ses apôtres autour de Lui, il leur a donné ce qu’il avait de plus cher – le sacrement de l’Eucharistie et le commandement de l’amour – et, après avoir dévoilé les secrets de son cœur, Il leur a fait ses adieux.

Pour réconforter ses apôtres, Jésus leur a parlé de la maison de son Père où il s'en allait. Et il les a consolé en leur disant que cette maison les accueillerait aussi un jour. En effet, par la grâce du mystère pascal, les apôtres allaient devenir les fils adoptifs du Père et les frères de Jésus. Ils allaient donc avoir part à son héritage. Les apôtres seront dans la maison du Père pour toujours. Une maison dans laquelle Jésus précise qu’il y aura des demeures différentes, comme pour signifier que chacun d’entre nous sera la demeure de Dieu.

Cette perspective magnifique a dû enthousiasmer les Apôtres. Mais il en est l’un d’entre eux – Thomas – qui est demeuré perplexe. Jésus lui promettait un bonheur extraordinaire, mais encore fallait-il connaître le moyen d’y parvenir : quel est ce chemin qui conduit au Père ?

Cette question pragmatique de Thomas, notons-le, est la grande question que se posent les hommes depuis la nuit des temps. Les religions, les philosophies, les sagesses, sont autant de chemins que les hommes ont conçus pour rejoindre Dieu. La question de Thomas nous vaut donc une réponse à la mesure de son importance, une parole qui déborde très largement le cadre du Cénacle pour s’adresser à toute l’humanité, à travers tous les âges : « Moi, je suis le Chemin, la Vérité, la Vie ; personne ne va vers le Père sans passer par moi ». Cette parole du Seigneur compte parmi les plus importantes qu’il nous ait adressées. Et même si nous la connaissons bien, nul ne peut prétendre en avoir pénétré toute la profondeur.

Jésus est tout d’abord le Chemin. Jésus n’a pas dit : « Je suis un chemin ». Non. Il se présente comme le seul chemin qui conduit à la vie. Saint Pierre, au lendemain de la Pentecôte, proclamera la foi de l’Église en disant : « Il n'y a de salut en aucun autre [que Jésus] ; car il n'y a sous le ciel aucun autre nom qui ait été donné parmi les hommes, par lequel nous devions être sauvés. » (Actes 4, 12). Jésus n’est donc pas un simple fondateur de religion. Il est plutôt celui qui, par son être même, est la religion véritable. Lui, le Verbe qui s’est fait homme, a rétablit dans son être même la relation entre Dieu et l’humanité. En accomplissant le mystère pascal, il a fait entrer l’homme dans la vie de Dieu.

Avant de s'appeler du nom de « Chrétiens », les premiers disciples de Jésus se désignaient plutôt comme les disciples du « Chemin » ou de « La Voie » (Actes 9, 2). En effet, ils avaient compris que le chrétien authentique se reconnaît à sa capacité à toujours se remettre en route. Le chrétien est un pèlerin, tendu vers l’avant. Il ne peut se satisfaire de ce qu’il est ou de ce qu’il a. Il est sans cesse en mouvement vers cette maison du Père dans laquelle il sait qu’il goûtera en plénitude la vraie vie.

Notons cependant que dans les paroles de Jésus, il n’est pas de chemin sans vérité : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie ». Le chrétien n’est pas en chemin comme les autres. Aujourd’hui, il est à la mode de se dire « en chemin », en marche, en recherche perpétuelle de nouveau, sans certitude trop ferme. Et celui qui refuse d’entrer dans cette remise en question perpétuelle est facilement considéré comme étroit, figé ou conservateur.

Notre Église elle-même n’est pas étrangère à cette tentation. Qu’il suffise de penser à l’Église d’Allemagne, dont le chemin synodal s’est rapidement révélé être une voie sans issue. Combien sont encore nombreux les chrétiens qui estiment que l’Église doit changer, que les temps nous obligent à évoluer, à remettre en question nos certitudes les plus ancrées. On a retenu des paroles de Jésus l’importance d’être en chemin, mais on a oublié que ce chemin qui conduit à la vie suppose de connaître et de vivre dans la vérité.

Vouloir être en chemin avec Jésus, sans accepter qu’il est la vérité plénière et définitive, est impossible. Jésus le dit bien : il existe des chemins qui conduisent à la perdition, des voies de traverse qui n’ont rien à voir avec le chemin escarpé qui conduit à la vie.

Autant dire que si le chrétien est lui aussi en chemin, s’il estime qu’il a encore beaucoup à apprendre et à progresser, il n’en reste pas moins qu’il n’est pas en perpétuel questionnement ou remise en question. Le chrétien n’a pas peur de dire que la vérité à laquelle il croit ne changera pas. La vérité ne change pas. C’est nous qui devons changer pour nous conformer à elle.

Mais comment connaître cette vérité ? Et comment oser dire que nous sommes dans la vérité ? C’est ici qu’intervient l’apôtre Philippe, que nous fêtons en ce 3 mai. Sa demande, dans sa naïveté, exprime sa grande noblesse de cœur : « Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit ».

Dans cette parole, « cela nous suffit », Philippe exprime le désir ancré au cœur de tout homme, cette soif de voir la face de Dieu qui explique la démesure de nos attentes terrestres. Philippe a compris que l'homme ne trouve son repos que dans la contemplation de Dieu.

Pourtant, la réponse de Jésus semble un reproche : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ? ». Jésus nous révèle ici le mystère de la foi : la vérité n'est pas au bout du chemin, elle est le chemin lui-même. Le chrétien est celui qui, comme Moïse à l’Horeb, accepte de ne connaître Dieu que « de dos », en le suivant sans jamais prétendre le devancer. C’est en marchant derrière Jésus, en acceptant de ne pas voir sa Face en pleine lumière ici-bas, que nous entrons réellement dans son intimité. Ce « chemin nouveau et vivant » (Heb, 10, 19-20), comme le dit l’Épître aux Hébreux, passe par la participation intime à vie du Christ mort et ressuscité. Voir Jésus dans l’Eucharistie, le reconnaître dans son mystère pascal, c’est déjà, dans l’ombre de la foi, contempler le Père.

En ce dimanche, nous voudrions demander la grâce de ressembler à l’apôtre saint Philippe. Pour lui, comme pour saint Paul, tout n’était que « balayures » en comparaison de la connaissance du Christ (Ph 3, 8). Saint Philippe, comme plus tard sainte Thérèse d’Avila, pouvait dire « Dieu seul me suffit ». Et nous ? Pouvons-nous dire que Dieu seul nous suffit ? Dieu est-il la grande préoccupation de nos journées, de nos vies ?

Demandons au Seigneur la grâce d’unifier nos désirs. Que celui qui domine et ordonne tous les autres soit celui de voir la face de Dieu. Puissions-nous, à la suite des apôtres Thomas et Philippe, transformer notre route ici-bas en une marche fidèle derrière la vérité qu’est Jésus, jusqu’au jour où, au terme du voyage, nous goûterons en plénitude la vraie Vie dans la maison du Père.

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