Non pas ce que je veux, mais ce que tu veux !

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En parcourant l’Écriture... La mission du Serviteur Souffrant

3 - L'agonie

Nous poursuivons notre méditation sur la mission du Serviteur Souffrant telle que nous la laissent entrevoir les prophéties de l’Ancien Testament. Aujourd’hui, arrêtons-nous sur certaines prophéties décrivant plus particulièrement l’agonie de Jésus à Gethsémani.

Avec l’agonie à Gethsémani, Jésus commence à verser son sang pour nous.  Nous voici maintenant entrés dans « l’heure de Jésus », l’heure de sa Passion… « Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, - dit Jean-Paul II commentant le mystère pascal - qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au Jardin des Oliviers. Dans ce Jardin, il y a encore aujourd'hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là, lorsque le Christ en prière ressentit une angoisse mortelle et que « sa sueur devint comme des gouttes de sang qui tombaient jusqu'à terre » (Lc 22, 44). Son sang, qu'il avait donné à l'Église peu auparavant comme boisson de salut dans le Sacrement de l'Eucharistie, commençait à être versé. Son effusion devait s'achever sur le Golgotha, devenant l'instrument de notre rédemption : ‘Le Christ..., grand prêtre des biens à venir..., entra une fois pour toutes dans le sanctuaire, non pas avec du sang de boucs et de jeunes taureaux, mais avec son propre sang, nous ayant acquis une rédemption éternelle’ (He 9, 11-12). [1]»

Nous allons voir comment, dans son agonie, Jésus accomplit toutes les prophéties concernant « l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde [2]». Son agonie est véritablement un « combat » (c’est la signification du mot grec « agon ») : dans l’angoisse de celui-ci, on retrouve toutes les angoisses de l’humanité face à la mort. Enfin, l’agonie est le témoignage suprême de l’adhésion du Christ à la volonté de son Père.

1 – Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde

Au moment de l’agonie, Jésus accepte de prendre sur Lui tous les péchés de l’humanité et de se présenter « ainsi revêtu » devant son Père.

Pourtant dans le Deutéronome, qui nous présente la législation de l’Ancien Testament, on lit : « Les pères ne seront pas mis à mort à la place des fils, les fils ne seront pas mis à mort à la place des pères : chacun sera mis à mort pour son propre péché. » (Dt 24,16). Chacun est donc « responsable de son propre péché », de la dette qu’il a contractée envers Dieu. Et cette dette n’est pas insignifiante

Dans son livre Jésus de Nazareth, Benoît XVI écrit : « Dieu ne peut pas tout simplement ignorer l’ensemble de la désobéissance des hommes, tout le mal de l’histoire, il ne peut pas le traiter comme une chose de peu d’importance et insignifiante. Une telle sorte de « miséricorde », de « pardon inconditionnel » serait cette « grâce à bon marché » contre laquelle Dietrich Bonhoeffer s’est élevé avec raison face à l’abîme du mal de son temps. L’injustice, le mal comme réalité, ne peut être simplement ignoré, ne peut être laissé là. Il doit être éliminé, vaincu. C’est la seulement la vraie miséricorde. Et puisque les hommes n’en sont pas capables, Dieu Lui-même s’en charge maintenant… [3]».

Dans l’agonie, on commence à voir ce que peut signifier la « satisfaction vicaire », c’est-à-dire le fait que Jésus répare « à notre place », en prenant notre place, en étant pour nous « identifié au péché » ; St Paul dit : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché, afin qu’en lui nous devenions justes de la justice même de Dieu. » (2 Co 5, 21).

Et cette satisfaction-vicaire commence à se dessiner dès l’Ancien Testament. On a tout d’abord la figure de l’agneau pascal dont le sang permet de préserver les fils d’Israël du châtiment que Dieu réserve aux égyptiens. On lit dans le livre de l’Exode : « On prendra du sang [de l’agneau], que l’on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera. Je traverserai le pays d’Égypte, cette nuit-là ; je frapperai tout premier-né au pays d’Égypte, depuis les hommes jusqu’au bétail. Contre tous les dieux de l’Égypte j’exercerai mes jugements : Je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d’Égypte. » (Ex 12, 7 ; 12-13).

Le 4e chant du Serviteur Souffrant d’Isaïe permet déjà cette identification du Messie avec l’Agneau pascal. En effet il dit : « c’étaient nos souffrances qu’il portait, nos douleurs dont il était chargé. Or, c’est à cause de nos révoltes qu’il a été transpercé, à cause de nos fautes qu’il a été broyé. Le châtiment qui nous donne la paix a pesé sur lui : par ses blessures, nous sommes guéris. Nous étions tous errants comme des brebis, chacun suivait son propre chemin. Mais le Seigneur a fait retomber sur lui nos fautes à nous tous. Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. » (Is 53, 4-7).

Faisant référence à cela, Benoît XVI dit que le Jeudi Saint, « tout en priant, Jésus sort avec les siens dans la nuit, nuit qui rappelle celle où les premiers-nés de l’Egypte ont été frappés et où Israël a été sauvé par le sang de l’agneau. (cf. Ex 12) il sort dans cette nuit où il doit prendre sur lui le destin de l’Agneau. [4]»

Autre figure de l’Ancien Testament qui annonce la fonction de satisfaction-vicaire du Christ, on peut penser au « bouc émissaire » ou bouc « pour Azazel » auquel fait référence le Livre du Lévitique : « Quant au bouc sur lequel est tombé le sort “Pour Azazel”, on le placera vivant devant le Seigneur afin d’accomplir sur lui le rite d’expiation, en l’envoyant vers Azazel, dans le désert. […] [Aaron] posera ses deux mains sur la tête du bouc vivant et il prononcera sur celui-ci tous les péchés des fils d’Israël, toutes leurs transgressions et toutes leurs fautes ; il en chargera la tête du bouc, et il le remettra à un homme préposé qui l’emmènera au désert. Ainsi le bouc emportera sur lui tous leurs péchés dans un lieu solitaire. » (Lv 16, 10 ; 21-22). C’est ainsi que Jésus, chargé de tous nos péchés, sera chassé « en dehors de la ville » pour y être crucifié…

Ensuite, on voit apparaître la figure du prêtre comme « médiateur » entre Dieu et les hommes, qui porte devant Dieu le péché des hommes pour l’expier par des sacrifices : « Le prêtre accomplira pour l’homme le rite d’expiation devant le Seigneur, et il lui sera pardonné, quelle que soit la faute dont il s’est rendu coupable. » dit le Livre du Lévitique (Lv 5, 26). C’est en particulier le rôle du Grand-Prêtre le « jour de l’expiation »  (cf. Exode 30, 10 : « Aaron accomplira le rite d’expiation sur les cornes de l’autel, une fois par an. Il le fera avec le sang du sacrifice pour la faute, une fois par an, lors de la fête du Grand Pardon, de génération en génération. Ce sera une chose très sainte pour le Seigneur ») mais c’est aussi plus généralement le rôle des lévites, comme en témoigne le Livre des Nombres : « les fils d’Israël n’auront plus à s’approcher de la tente de la Rencontre, ce qui les chargerait d’une faute passible de mort. Ce sont les lévites qui accompliront le service de la tente de la Rencontre et porteront le poids de leur péché : ce sera pour vos descendants un décret perpétuel. » (Nb 18, 22-23). Jésus sera le Grand-Prêtre par excellence : comme le dit l’épître aux Hébreux, « C’est bien le grand prêtre qu’il nous fallait : saint, innocent, immaculé ; séparé maintenant des pécheurs, il est désormais plus haut que les cieux. Il n’a pas besoin, comme les autres grands prêtres, d’offrir chaque jour des sacrifices, d’abord pour ses péchés personnels, puis pour ceux du peuple ; cela, il l’a fait une fois pour toutes en s’offrant lui-même. » (He 7, 27-28)

Pendant son agonie, Jésus accepte ainsi « la coupe » que lui tend le Père, « coupe de la colère de Dieu [5]» à laquelle fait par exemple référence le Psaume 74 : « Le Seigneur tient en main une coupe où fermente un vin capiteux ; il le verse, et tous les impies de la terre le boiront jusqu'à la lie. » (Ps 74, 9). Jésus dit en effet : « Mon Père, si cette coupe ne peut passer sans que je la boive, que ta volonté soit faite ! » (Mt 26,42), puis, peu après son arrestation Il répètera à Pierre : « La coupe que m’a donnée le Père, vais-je refuser de la boire ? » (Jn 18,11).

Pourtant cette acceptation lui a coûté bien des souffrances et son agonie fut un véritable « combat » !

2 – Le combat de l’agonie, l’angoisse de « la Vie » face à la mort

Le combat du Christ à l’agonie est le combat de tout homme face à la mort. Mais ce combat a été d’autant plus extrême pour Jésus qu’Il est LA Vie même ! « Mors et vita duello »  chantons-nous dans la séquence[6] de Pâques…

Dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique, nous lisons : « La coupe de la Nouvelle Alliance, que Jésus a anticipée à la Cène en s’offrant lui-même, il l’accepte ensuite des mains du Père dans son agonie à Gethsémani en se faisant " obéissant jusqu’à la mort ". Jésus prie : " Mon Père, s’il est possible que cette coupe passe loin de moi... ". Il exprime ainsi l’horreur que représente la mort pour sa nature humaine. En effet celle-ci, comme la nôtre, est destinée à la vie éternelle ; en plus, à la différence de la nôtre, elle est parfaitement exempte du péché qui cause la mort ; mais surtout elle est assumée par la personne divine du " Prince de la Vie ", du " Vivant ". En acceptant dans sa volonté humaine que la volonté du Père soit faite, il accepte sa mort en tant que rédemptrice pour " porter lui-même nos fautes dans son corps sur le bois ".[7]»

Et Jean-Paul II affirme que « Personne n’a manifesté aussi profondément que le Christ le tourment humain de la mort, précisément parce qu’il était Fils de Dieu ; parce que l’ « humain » et le « divin » constituaient en lui une mystérieuse unité. […] On peut dire : la mort de Dieu-homme était nécessaire pour que nous, qui sommes les héritiers du péché originel nous voyions ce qu’il y a de dramatique dans la mort d’un homme. [8]»

Le Cantique de David délivré de la main de Saül, mis dans la bouche du Christ, traduit bien le combat dans l’âme de Jésus criant vers son Père  au moment de l’agonie : « Les flots de la mort m’entouraient, le torrent fatal m’épouvantait ; des liens infernaux m’étreignaient : j’étais pris aux pièges de la mort. Dans mon angoisse, j’appelai le Seigneur ; vers mon Dieu, je lançai un appel ; de son temple il entend ma voix : mon cri parvient à ses oreilles. » (2S 22, 5-7).

On peut en dire de même du Cantique d’Ezékias à l’approche de la mort : « Comme l'hirondelle, je crie ; je gémis comme la colombe. À regarder là-haut, mes yeux faiblissent : Seigneur, je défaille ! Sois mon soutien ! Que lui dirai-je pour qu'il me réponde, à lui qui agit ? J'irais, errant au long de mes années avec mon amertume ? Oui, tu me guériras, tu me feras vivre : mon amertume amère me conduit à la paix. » (Is 38, 14 ; 15 ; 17)

L’expression de Jésus « mon âme est triste à en mourir » (cf. Mt 26,38) vient quant à elle du Psaume 43 (42) : « pourquoi es-tu triste, ô mon âme, et pourquoi me troubles-tu ? » (Ps 43,5).  « Dans la parole qu’il adresse aux trois disciples, Jésus, une fois de plus, s’exprime à travers le langage des Psaumes : « Mon âme est triste », une expression du Psaume 43. La ferme détermination « jusqu’à la mort » rappelle ensuite une situation vécue par un grand nombre des envoyés de Dieu dans l’Ancien Testament et exprimée dans leur prière. En, effet, suivre la mission qui leur est confiée signifie souvent se heurter à l’hostilité, au refus, et à la persécution. Moïse ressent de façon dramatique l’épreuve qu’il subit tandis qu’il guide le peuple dans le désert, et dit à Dieu : « Je ne puis, à moi seul, porter tout ce peuple: c’est un fardeau trop lourd pour moi. Si c’est ainsi que tu me traites, fais-moi plutôt mourir ! Ah! Si je pouvais trouver grâce à tes yeux et voir la fin de mon malheur !» (Nm 11, 14-15). Pour le prophète Elie non plus, il n’est pas facile d’accomplir le service à Dieu et à son peuple. Dans le premier Livre des Rois, il est écrit : « Quant à lui, il marcha toute une journée dans le désert. Il vint s’asseoir à l’ombre d’un buisson, et demanda la mort en disant : “Maintenant, Seigneur, c’en est trop! Reprends ma vie: je ne vaux pas mieux que mes pères” » (19, 4). [9]»

Et pour affronter cette terrible angoisse, Jésus est bien seul : à l’image de David affrontant Goliath, qui n’a pour soutien que le Nom de son Dieu à qui il s’en remet : « David répondit [à Goliath] : « Tu viens contre moi avec épée, lance et javelot, mais moi, je viens contre toi avec le nom du Seigneur des armées, le Dieu des troupes d’Israël que tu as défié.[…] Goliath s’était dressé, s’était mis en marche et s’approchait à la rencontre de David. Celui-ci s’élança et courut vers les lignes des ennemis à la rencontre du Philistin. » (1S 17, 45 ; 48).

Benoît XVI montre que « Cette nuit-là aussi, Jésus priera le Père « seul », car sa relation avec Lui est véritablement unique et particulière : c’est la relation du Fils unique. On dirait même que, surtout cette nuit-là, personne ne puisse véritablement s’approcher du Fils, qui se présente au Père dans son identité absolument unique, exclusive. Mais Jésus, bien qu’arrivant « seul » à l’endroit où il s’arrêtera pour prier, veut que trois disciples au moins demeurent non loin, dans une relation plus étroite avec Lui. Il s’agit d’une proximité physique, d’une demande de solidarité au moment où il sent s’approcher la mort, mais il s’agit surtout d’une proximité dans la prière pour exprimer d’une certaine façon l’harmonie avec Lui, au moment où il s’apprête à accomplir jusqu’au bout la volonté du Père, et il s’agit d’une invitation pour tous les disciples à le suivre sur le chemin de la Croix. […] Les paroles de Jésus aux trois disciples qu’il veut près de lui au cours de sa prière à Gethsémani, révèlent qu’Il éprouve frayeur et angoisse en cette « Heure », qu’il fait l’expérience pour la dernière fois de la solitude profonde, précisément alors que le dessein de Dieu se réalise. Et dans cette frayeur et cette angoisse de Jésus est concentrée toute l’horreur de l’homme face à sa propre mort, la certitude de son caractère inexorable et la perception du poids du mal qui pèse sur notre vie. [10]»

Dans ses audiences expliquant la liturgie du Triduum pascal, Benoît XVI disait encore « Dans cette situation, apparaît également un élément de grande importance pour toute l’Eglise. Jésus dit aux siens : demeurez ici et veillez ; et cet appel à la vigilance concerne précisément ce moment d’angoisse, de menace, au cours duquel arrivera le traître, mais il concerne toute l’histoire de l’Eglise. C’est un message permanent pour tous les temps, car la somnolence des disciples était le problème non seulement de ce moment, mais est le problème de toute l’histoire. La question est de savoir en quoi consiste cette somnolence, et en quoi consisterait la vigilance à laquelle le Seigneur nous invite. Je dirais que la somnolence des disciples tout au long de l’histoire est un certain manque de sensibilité de l’âme pour le pouvoir du mal, un manque de sensibilité pour tout le mal du monde. Nous ne voulons pas nous laisser trop troubler par ces choses, nous voulons les oublier : nous pensons que peut-être ce ne sera pas si grave, et nous oublions. Et il ne s’agit pas seulement de manque de sensibilité pour le mal, alors que nous devrions veiller pour faire le bien, pour lutter pour la force du bien. C’est un manque de sensibilité pour Dieu : telle est notre véritable somnolence ; ce manque de sensibilité pour la présence de Dieu qui nous rend insensibles également au mal. Nous ne sentons pas Dieu — cela nous dérangerait — et ainsi, nous ne sentons pas non plus naturellement la force du mal et nous restons sur le chemin de notre confort. [11]»

Cependant, dans ce combat de l’agonie, Jésus nous montre le seul chemin qui nous rend la paix : faire la volonté du Père.

3 – Non pas ma volonté mais la tienne…

Avec le Psaume 142 nous chantons: « Apprends-moi à faire ta volonté, car tu es mon Dieu. » (Ps 142,10). Cette voie de l’obéissance à Dieu, nous la trouvons constamment dans l’Ancien Testament. Ainsi le prophète Samuel dira-t-il à Saül ayant désobéi : « Le Seigneur aime-t-il les holocaustes et les sacrifices autant que l’obéissance à sa parole ? Oui, l’obéissance vaut mieux que le sacrifice, la docilité vaut mieux que la graisse des béliers. » (1S 15,22)

Et c’est aussi la voie que nous indique Jésus : « Ce n’est pas en me disant : “Seigneur, Seigneur !” qu’on entrera dans le royaume des Cieux, mais c’est en faisant la volonté de mon Père qui est aux cieux. » (Mt 7,21). Cette voie, Il l’a confirmée avec plus d’intensité encore au cours de son agonie.

Le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne : « Toute la prière de Jésus est dans cette adhésion aimante de son cœur d’homme au " mystère de la volonté " du Père (Ep 1, 9). […] C’est dans le Christ, et par sa volonté humaine, que la Volonté du Père a été parfaitement et une fois pour toutes accomplie. Jésus a dit en entrant dans ce monde : " Voici, je viens faire, ô Dieu, ta volonté " (He 10, 7 ; Ps 40, 7). Jésus seul peut dire : " Je fais toujours ce qui Lui plaît " (Jn 8, 29). Dans la prière de son agonie, il consent totalement à cette Volonté : " Que ne se soit pas ma volonté qui se fasse, mais la tienne ! " (Lc 22, 42 ; cf. Jn 4, 34 ; 5, 30 ; 6, 38). Voilà pourquoi Jésus " s’est livré pour nos péchés selon la volonté de Dieu " (Ga 1, 4). " C’est en vertu de cette volonté que nous sommes sanctifiés par l’oblation du Corps de Jésus Christ " (He 10, 10). [12]»

Terminons avec ces extraits de la catéchèse de Benoît XVI sur la prière de Jésus lors de son agonie qui nous feront mieux comprendre la beauté et l’importance de l’obéissance à Dieu, de l’adhésion confiante et aimante à sa Volonté :

« Jésus tombe face contre terre : c’est une position de prière qui exprime l’obéissance à la volonté du Père, l’abandon confiant à Lui. C’est un geste qui se répète au début de la célébration de la Passion, le Vendredi Saint, ainsi que dans la profession monastique et dans les ordinations diaconale, sacerdotale et épiscopale, pour exprimer, dans la prière, également de façon physique, l’abandon total à Dieu, la confiance en Lui. Puis, Jésus demande au Père que, si cela était possible, cette heure s’éloigne de lui. Ce n’est pas seulement la frayeur et l’angoisse de l’homme face à la mort, mais c’est le bouleversement du Fils de Dieu qui voit le poids terrible du mal qu’il devra prendre sur Lui pour le surmonter, pour le priver de son pouvoir. […]

Jésus poursuit sa prière : « Abba... Père, tout est possible pour toi. Eloigne de moi cette coupe. Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36). Dans cette invocation il y a trois passages révélateurs.

Au début, nous avons le redoublement du terme avec lequel Jésus s’adresse à Dieu : « Abba ! Père ! » (Mc 14, 36a). Nous savons que le mot araméen Abba est celui qui était utilisé par l’enfant pour s’adresser à son père et exprime ainsi la relation de Jésus avec Dieu le Père, une relation de tendresse, d’affection, de confiance, d’abandon.

Dans la partie centrale de l’invocation, il y a un deuxième élément : la conscience de la toute-puissance du Père — « tout est possible pour toi » —, qui introduit une demande où, encore une fois, apparaît le drame de la volonté humaine de Jésus devant la mort et le mal : « Eloigne de moi cette coupe ».

Mais il y a la troisième expression de la prière de Jésus et c’est elle qui est décisive, là où la volonté humaine adhère pleinement à la volonté divine. Jésus, en effet, conclut en disant avec force : « Cependant, non pas ce que je veux, mais ce que tu veux ! » (Mc 14, 36c). Dans l’unité de la personne divine du Fils, la volonté humaine trouve sa pleine réalisation dans l’abandon total du Moi au Toi du Père, appelé Abba.

Saint Maxime le Confesseur affirme qu’à partir du moment de la création de l’homme et de la femme, la volonté humaine est orientée par la volonté divine et c’est précisément dans le « oui » à Dieu que la volonté humaine est pleinement libre et trouve sa réalisation. Malheureusement, à cause du péché, ce « oui » à Dieu s’est transformé en opposition : Adam et Eve ont pensé que le « non » à Dieu était le sommet de la liberté, signifiait être pleinement soi-même. Jésus sur le Mont des Oliviers ramène la volonté humaine au « oui » total à Dieu ; en Lui la volonté naturelle est pleinement intégrée dans l’orientation que lui donne la Personne Divine.

Jésus vit son existence selon le centre de sa Personne : le fait d’être Fils de Dieu. Sa volonté humaine est attirée dans le Moi du Fils, qui s’abandonne totalement au Père. Ainsi, Jésus nous dit que ce n’est que dans la conformation de sa propre volonté à celle de Dieu, que l’être humain arrive à sa hauteur véritable, devient « divin » ; ce n’est qu’en sortant de lui, ce n’est que dans le «oui» à Dieu que se réalise le désir d’Adam, de nous tous, celui d’être complètement libres. C’est ce que Jésus accomplit au Gethsémani : en transférant la volonté humaine dans la volonté divine naît l’homme véritable, et nous sommes rachetés. [13]»

Alors, à la suite de Mère Marie-Augusta, redisons-nous : « Faire la volonté de Dieu, c’est faire sa gloire ! Ne nous lassons pas dans le don de nous-mêmes… ! »

[hr]

[1] Jean-Paul II – Encyclique Ecclesia de Eucharistia (2003) – n°3

[2] Cf. Jn 1, 29 : « Le lendemain, voyant Jésus venir vers lui, Jean déclara : « Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde. »

[3] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (tome 2) – p.157 (éditions du Rocher)

[4] Benoît XVI – Jésus de Nazareth, de l’entrée à Jérusalem à la Résurrection (tome 2) – p.171 (éditions du Rocher)

[5] Cf. aussi Apocalypse 16 par exemple.

[6] Extrait de la séquence pascale « Victimæ paschali laudes » : « Mors et vita duello conflixere mirando : dux vitæ mortuus, regnat vivus. » = La mort et la vie ont engagé un duel étonnant : l’auteur de la vie meurt, et vivant il règne. »

[7] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°612

[8] Jean-Paul II – Audience générale du Mercredi Saint 11 avril 1979

[9] Benoît XVI – Audience générale du 1er février 2012

[10] Benoît XVI – Audience générale du 1er février 2012

[11] Benoît XVI – Audience générale du 20 avril 2011 – explication du Triduum pascal

[12] Catéchisme de l’Eglise Catholique n°2603 et 2824

[13] Benoît XVI – Audience générale du 1er février 2012

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