Qu'est-ce que la vérité ?

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En parcourant l’Écriture... La mission du Serviteur Souffrant

4 - Le jugement

En poursuivant notre méditation sur la figure du Serviteur Souffrant telle qu’elle se dessine dès l’Ancien Testament, nous voulons aujourd’hui nous attarder plus spécifiquement sur ce qui concerne le jugement, le procès que subit le Messie. L’innocent par excellence va être condamné à mort…

 

La condamnation de Jésus est la plus grande injustice de tous les temps… en même temps que notre délivrance à tous : « Vous étiez des morts, parce que vous aviez commis des fautes […]. Mais Dieu vous a donné la vie avec le Christ : il nous a pardonné toutes nos fautes. Il a effacé le billet de la dette qui nous accablait en raison des prescriptions légales pesant sur nous : il l’a annulé en le clouant à la croix. » (Col 2, 13-14) dit Saint Paul aux Colossiens ! L’acte de condamnation de Jésus a effacé le billet de notre dette…

1 - La condamnation de l’innocent

Dès le Livre de la Genèse, on trouve la protestation du cœur de l’homme contre l’injustice, et la confiance qu’en Dieu – et en Lui-seul - se trouve toute justice. Ainsi, Abraham plaide la cause des habitants de Sodome en faisant appel à la justice de Dieu : « Loin de toi de faire une chose pareille ! Faire mourir le juste avec le coupable, traiter le juste de la même manière que le coupable, loin de toi d’agir ainsi ! Celui qui juge toute la terre n’agirait-il pas selon le droit ? » (Gn 18,25)

Les psaumes se font également l’écho de cette confiance en la justice de Dieu. Dans le Psaume 7 par exemple, il est écrit : « Juge-moi, Seigneur, sur ma justice : mon innocence parle pour moi. Mets fin à la rage des impies, affermis le juste, toi qui scrutes les cœurs et les reins, Dieu, le juste. […] Dieu juge avec justice ; Dieu menace chaque jour l'homme qui ne se reprend pas. » (Ps 7, 9-10 ; 12). En même temps que la confiance en la justice de Dieu, ces mots, mis dans la bouche de Jésus, témoignent de son innocence

Cependant, face à ceux qui le condamnent, Jésus garde le silence.

Le 1er chant du Serviteur de Yahvé du prophète Isaïe nous dresse le portrait d’un Messie humble et silencieux : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai fait reposer sur lui mon esprit ; aux nations, il proclamera le droit. Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, il ne fera pas entendre sa voix au-dehors. Il ne brisera pas le roseau qui fléchit, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit, il proclamera le droit en vérité. Il ne faiblira pas, il ne fléchira pas, jusqu’à ce qu’il établisse le droit sur la terre, et que les îles lointaines aspirent à recevoir ses lois. Ainsi parle Dieu, le Seigneur, qui crée les cieux et les déploie, qui affermit la terre et ce qu’elle produit ; il donne le souffle au peuple qui l’habite, et l’esprit à ceux qui la parcourent : Moi, le Seigneur, je t’ai appelé selon la justice ; je te saisis par la main, je te façonne, je fais de toi l’alliance du peuple, la lumière des nations : tu ouvriras les yeux des aveugles, tu feras sortir les captifs de leur prison, et, de leur cachot, ceux qui habitent les ténèbres. Je suis le Seigneur, tel est mon nom ; et je ne céderai pas ma gloire à un autre, ni ma louange aux idoles. Les événements passés, voici qu’ils sont arrivés. Les nouveaux, c’est moi qui les annonce ; avant qu’ils ne germent, je vous les fais connaître. » (Is 42, 1-9)

C’est encore le 4e chant du Serviteur Souffrant d’Isaïe, que nous avons déjà mis en avant, qui continue à nous accompagner comme prophétie sur le jugement du Seigneur : « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche. Arrêté, puis jugé, il a été supprimé. Qui donc s’est inquiété de son sort ? Il a été retranché de la terre des vivants, frappé à mort pour les révoltes de son peuple. » (Is 53, 7-8).

La vie du Prophète Jérémie, à bien des égards, annonce également ce qu’il adviendra à Jésus. Il est déjà une figure de l’innocent que l’on condamne injustement : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir » (Jr 11, 19). « Mes ennemis ont dit : ‘Allons, montons un complot contre Jérémie. La loi ne va pas disparaître par manque de prêtre, ni le conseil, par manque de sage, ni la parole, par manque de prophète. Allons, attaquons-le par notre langue, ne faisons pas attention à toutes ses paroles.’ Mais toi, Seigneur, fais attention à moi, écoute ce que disent mes adversaires. Comment peut-on rendre le mal pour le bien ? Ils ont creusé une fosse pour me perdre. Souviens-toi que je me suis tenu en ta présence pour te parler en leur faveur, pour détourner d’eux ta colère. » (Jr 18, 18-20).

2 - Jugement, vérité et liberté 

Le livre de la Sagesse nous offre un tableau singulier de ce que sera le jugement de Jésus devant le Sanhédrin : « Les impies ne sont pas dans la vérité lorsqu’ils raisonnent ainsi en eux-mêmes : « Attirons le juste dans un piège, car il nous contrarie, il s’oppose à nos entreprises, il nous reproche de désobéir à la loi de Dieu, et nous accuse d’infidélités à notre éducation. Il prétend posséder la connaissance de Dieu, et se nomme lui-même enfant du Seigneur. Il est un démenti pour nos idées, sa seule présence nous pèse ; car il mène une vie en dehors du commun, sa conduite est étrange. Il nous tient pour des gens douteux, se détourne de nos chemins comme de la boue. Il proclame heureux le sort final des justes et se vante d’avoir Dieu pour père. Voyons si ses paroles sont vraies, regardons comment il en sortira. Si le juste est fils de Dieu, Dieu l’assistera, et l’arrachera aux mains de ses adversaires. Soumettons-le à des outrages et à des tourments ; nous saurons ce que vaut sa douceur, nous éprouverons sa patience. Condamnons-le à une mort infâme, puisque, dit-il, quelqu’un interviendra pour lui. » C’est ainsi que raisonnent ces gens-là, mais ils s’égarent ; leur méchanceté les a rendus aveugles. Ils ne connaissent pas les secrets de Dieu, ils n’espèrent pas que la sainteté puisse être récompensée, ils n’estiment pas qu’une âme irréprochable puisse être glorifiée. » (Sg 2, 1.12-22).

Ainsi, dans la condamnation de Jésus, nous retrouvons la condamnation de tous les justes dont le comportement dérange, car il met en lumière les mauvaises actions du méchant… On voit combien en définitive c’est la vérité qui est attaquée, que l’on cherche à faire taire… jusqu’à la perdre totalement ! Contre ce danger, Dieu avait demandé à Jérémie d’avertir le peuple : « tu leur diras : Voilà bien la nation qui n’a pas écouté la voix du Seigneur son Dieu, et n’a pas accepté de leçon ! La vérité s’est perdue, elle a disparu de leur bouche. » (Jr 7,28)

D’ailleurs, ce drame de la vérité ressort particulièrement lors du procès de Jésus devant Pilate : « qu’est-ce que la vérité ? » (Jn 18,38) lui demande Pilate…

Jean-Paul II, dans sa première encyclique Redemptor hominis, a bien mis en valeur cette mission du Christ de faire triompher la Vérité, pour notre vraie liberté, jusque pendant son jugement : « Jésus-Christ va à la rencontre de l'homme de toute époque, y compris de la nôtre, avec les mêmes paroles : ‘Vous connaîtrez la vérité et la vérité vous rendra libres.’ Ces paroles contiennent une exigence fondamentale et en même temps un avertissement : l'exigence d'honnêteté vis-à-vis de la vérité comme condition d'une authentique liberté ; et aussi l'avertissement d'éviter toute liberté apparente, toute liberté superficielle et unilatérale, toute liberté qui n'irait pas jusqu'au fond de la vérité sur l'homme et sur le monde. Aujourd'hui encore, après deux mille ans, le Christ nous apparaît comme Celui qui apporte à l'homme la liberté fondée sur la vérité, comme Celui qui libère l'homme de ce qui limite, diminue et pour ainsi dire détruit cette liberté jusqu'aux racines mêmes, dans l'esprit de l'homme, dans son cœur, dans sa conscience. Quelle preuve admirable de tout cela ont donnée et ne cessent de donner ceux qui, par le Christ et dans le Christ, sont parvenus à la vraie liberté et en ont fourni le témoignage, même dans des conditions de contrainte extérieure !

Et lorsque Jésus-Christ lui-même comparut comme prisonnier devant le tribunal de Pilate et fut interrogé par celui-ci sur l'accusation que les représentants du Sanhédrin portaient contre lui, ne répondit-il pas : ‘Je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour rendre témoignage à la vérité’ ? Par ces paroles prononcées devant le juge à un moment décisif, il confirmait pour ainsi dire une nouvelle fois ce qu'il avait dit précédemment : ‘Vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres’. Tout au long des siècles et des générations, à commencer par le temps des Apôtres, n'est-ce pas Jésus-Christ lui-même qui a comparu tant de fois aux côtés d'hommes jugés à cause de la vérité, et qui est allé à la mort avec des hommes condamnés à cause de la vérité ? Est-ce qu'il cesserait d'être toujours le porte-parole et l'avocat de l'homme qui vit ‘en esprit et vérité’ ? Non, il ne cesse pas de l'être devant le Père, et pas davantage face à l'histoire de l'homme. L'Eglise, à son tour, malgré toutes les faiblesses qui font partie de son histoire humaine, ne cesse de suivre Celui qui a dit : ‘L'heure vient - et nous y sommes - où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et vérité, car ce sont là les adorateurs tels que les veut le Père. Dieu est esprit, et ceux qui adorent, c'est en esprit et vérité qu'ils doivent adorer.’ [1]»

Puissions-nous, à notre tour, témoigner de la Vérité qu’est JÉSUS !

[hr]

 

[1] Jean-Paul II – Encyclique Redemptor hominis (1979) – n°12

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