La liturgie du Carême

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Petite présentation de la liturgie du Carême. Pour découvrir la liturgie de la semaine sainte, voir ici !

Introduction

Pour bien comprendre la liturgie du Carême, il faut se souvenir de 3 choses :

1- Le Carême dure 40 jours [6 semaines de 6 jours – le dimanche, qui reste le jour de la Résurrection, étant omis - + 4 jours entre le mercredi des Cendres et le 1er dimanche], (d’où son nom : quadragesima = 40 !) en souvenir des 40 jours passés par le Christ au désert avant le début de sa vie publique. Ces 40 jours de prières et de jeûne s’inscrivent, d’ailleurs, dans une longue tradition biblique. Le déluge avait duré 40 jours ; le séjour des Hébreux en Egypte 400 ans, la marche vers la Terre Promise 40 ans, Moïse et Elie étaient restés 40 jours sur la montagne de Dieu. Dans la Bible, le chiffre 4 est le signe de l’Univers matériel (les 4 éléments de la Création ; les 4 points cardinaux…). Suivi d’un ou de plusieurs zéros, il indique le temps de notre séjour terrestre, pécheur, laborieux et pénitent (cf. Benoît XVI – Jésus de Nazareth : les tentations au désert). St Grégoire le Grand dit que ces 40 jours sont aussi comme la « dîme » de notre année (1/10e des 365 jours) que nous consacrons à Dieu !
Temps de combat… mais aussi temps de grâce car moment propice à la rencontre avec Dieu : C’est le temps favorable, le temps du Salut! Le désert symbolise aussi ces 2 aspects : à la fois lieu de tentation et de proximité du Seigneur, non que Dieu soit plus proche de nous, mais plutôt parce qu’alors, dépourvu d’autres secours, nous nous tournons plus facilement vers Lui (cf. Osée : mon épouse infidèle, je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur !). Temps et lieu de silence aussi dans lequel Dieu parle (cf. Elie sur l’Horeb, Dieu parle dans la brise légère !)

2- Ces 40 jours constituaient dans l’Eglise primitive la fin du catéchuménat, ce temps habituellement très long (3 ou 4 années, souvent plus) qui avait acheminé les adultes convertis vers leur baptême. Au cours de cette quarantaine, se tenaient 7 « scrutins », ou réunions plénières de l’assemblée chrétienne. A l’occasion de ces scrutins, les catéchumènes recevaient une instruction. De plus, ils participaient à des cérémonies destinées à les purifier et à les initier progressivement aux mystères chrétiens.

3- Pendant le Carême, l’assemblée chrétienne se réunissait non seulement le dimanche, mais aussi le mardi, mercredi, vendredi et samedi (plus tard même, tous les jours !). Elle se sentait responsable des futurs baptisés, voulait les entourer de sa prière et se purifier elle-même par la pénitence, pour être dignes d’accueillir de nouveaux « saints » au matin de Pâques. À Rome, ces assemblées quasi quotidiennes se tenaient dans des sanctuaires chaque jour différents, comme pour présenter les catéchumènes à tous les saints patrons de l’Eglise. Ces réunions d’enseignement et de prière, ou « stations », rassemblaient fidèles et catéchumènes. À l’offertoire, c’est-à-dire au commencement de la messe proprement dite, les catéchumènes étaient congédiés, mais l’assemblée des fidèles continuait de penser et de prier pour eux. (1)

Le Carême est donc marqué par un rappel des temps de pénitence biblique (et un appel renouvelé à y prendre part aujourd’hui !), et une initiation baptismale accompagnée d’une visite des principales églises romaines, d’où, nous allons le voir, le choix des textes proposés aux messes de Carême.

1 – Règles générales pour le Carême

Temps de pénitence, le Carême est marqué par des ornements violets (signe d’humilité, de désir de Dieu, et aussi de deuil : appel à faire mourir « le vieil homme » !). En esprit de pénitence, les autels ne sont plus ornés de fleurs, les orgues se taisent, on omet le Gloria au cours de la messe, ainsi que le chant de l’Alléluia, qui sont signes de joie.

2 - Le Mercredi des Cendres

Le temps du Carême s’ouvre par la célébration de la messe des Cendres.

Initialement, l’Eglise accueillait en ce jour les pénitents publics (pécheurs dont la faute était connue de tous, qui méritaient donc d’être exclus de la communauté et qui n’y seraient réintégrer qu’après expiation publique de leur faute.). Devant toute l’assemblée réunie, l’évêque imposait des Cendres sur la tête des pénitents publics : ces cendres signifiaient la fragilité de l’homme. Il leur fixait ensuite la pénitence à accomplir, puis les conduisait à la porte de l’église, tandis que leurs frères priaient pour eux. C’est le Jeudi Saint que, leur pénitence étant accomplie (Jeudi Saint de la même année… ou des années plus tard !), ils étaient de nouveau introduits dans la communauté. Il n’est plus de pénitents publics. Mais parce que nous sommes tous pécheurs, nous sommes tous invités par l’Eglise à faire pénitence pour obtenir le pardon.

La signification des cendres : dès l’Ancien Testament, on trouve les cendres comme signe de la « fragilité de l’homme » qui est « poussière et retourne à la poussière » (ex. : Ps 21,16 : « Tu me mènes à la poussière de la mort. ») et comme signe de pénitence : on s’asseyait sur la cendre ou on se recouvrait de cendre (ex. les Ninivites après l’annonce de Jonas : Jo 3,6  « La chose arriva jusqu’au roi de Ninive. Il se leva de son trône, quitta son manteau, se couvrit d’une toile à sac, et s’assit sur la cendre. »). Ce signe a été repris par l’Eglise, d’abord dans les pays Rhénan, puis en Italie et ensuite étendu à l’Eglise universelle.

Avant 1970 (ancienne liturgie), on recevait les cendres en dehors de la messe. Après la réforme, on a lié l’imposition des cendres à la liturgie de la Parole pendant la messe.

Le rite de l’imposition des cendres appartient aux sacramentaux : de quoi s’agit-il ?

On trouve la définition des sacramentaux dans le Catéchisme de l’Eglise Catholique : "La sainte Mère Église a institué des sacramentaux, qui sont des signes sacrés par lesquels, selon une certaine imitation des sacrements, des effets surtout spirituels sont signifiés et sont obtenus par la prière de l’Église. Par eux, les hommes sont disposés à recevoir l’effet principal des sacrements, et les diverses circonstances de la vie sont sanctifiées". (2)

Les sacramentaux ne confèrent pas la grâce de l’Esprit saint à la manière des sacrements, mais par la prière de l’Église ils préparent à recevoir la grâce et disposent à y coopérer. " Chez les fidèles bien disposés, presque tous les événements de la vie sont sanctifiés par la grâce divine qui découle du Mystère pascal de la Passion, de la Mort et de la Résurrection du Christ, car c’est de lui que tous les sacrements et sacramentaux tirent leur vertu ; et il n’est à peu près aucun usage honorable des choses matérielles qui ne puisse être dirigé vers cette fin : la sanctification de l’homme et la louange de Dieu " (SC 61). (3)

A la différence d’un sacrement, qui agit « ex opere operato », c’est-à-dire en vertu même de l’action accomplie, un sacramental agira donc pour nous préparer à recevoir la grâce, dans la mesure de l’ouverture de notre cœur, de notre préparation à le recevoir et de notre désir de nous tourner vers Dieu. On voit donc l’importance de bien se préparer à recevoir les cendres pour en retirer la force de vivre un bon Carême par la suite, de mener à bien le combat spirituel !

Pour expliquer ce rite, Benoît XVI disait en 2010 : « Le signe pénitentiel des cendres qui sont imposées sur la tête de ceux qui commencent l'itinéraire du carême avec bonne volonté [est] essentiellement un geste d'humilité qui signifie: je me reconnais pour ce que je suis, une créature fragile, faite de terre et destinée à la terre, mais également faite à l'image de Dieu et destinée à Lui. Poussière, oui, mais aimée, façonnée par son amour, animée par son souffle vital, capable de reconnaître sa voix, et de lui répondre; libre, et, pour cela, capable aussi de lui désobéir, en cédant à la tentation de l'orgueil et de l'auto-suffisance. Voilà le péché, maladie mortelle entrée très tôt pour polluer la terre bénie qu'est l'être humain. Créé à l'image du Saint et du Juste, l'homme a perdu son innocence et maintenant, il ne peut redevenir juste que grâce à la justice de Dieu, la justice de l'amour qui – comme l'écrit saint Paul –, « s'est manifestée par la foi dans le Christ » (Rm 3, 22). » (4)

3 – Les dimanches de Carême

Durant le Carême, on interrompt les lectures suivies du temps ordinaire pour passer à une lecture thématique de l’Ecriture, les dimanches comme en semaine. Ainsi, on balaiera les différents aspects du combat spirituel, avant de suivre Jésus dans sa montée vers Jérusalem, avec la montée en puissance des tensions aboutissant à la condamnation de Jésus (chap. 7 à 12 de l’évangile de St Jean).

Les lectures sont prévues pour faire revivre l’Histoire du Salut (1ères lectures essentiellement) et former les catéchumènes sur les grands mystères chrétiens (évangiles). Ainsi par exemple,  l’évangile de l’aveugle-né permet de mettre en lumière notre aveuglement par le péché que seul le baptême peut guérir.

Dans une homélie pour le mercredi des Cendres, Benoît XVI disait : « Mort au péché dans le Christ, le baptisé renaît lui aussi à la vie nouvelle, rétabli gratuitement dans la dignité de fils de Dieu. C'est pourquoi, dans la première communauté chrétienne, le Baptême était considéré comme la "première résurrection" (cf. Ap 20, 5; Rm 6, 1-11; Jn 5, 25-28). Dès les origines, donc, le Carême est vécu comme le temps de la préparation immédiate au Baptême, qu'il faut administrer solennellement au cours de la Veillée pascale. Tout le Carême était un chemin vers cette grande rencontre avec le Christ, cette immersion dans le Christ et ce renouveau de la vie. Nous sommes déjà baptisés, mais le Baptême n'est souvent pas très efficace dans notre vie quotidienne. C'est pourquoi, pour nous aussi, le Carême est un "catéchuménat" renouvelé, dans lequel nous allons à nouveau à la rencontre de notre Baptême pour le redécouvrir et le revivre en profondeur, pour devenir à nouveau réellement chrétiens. Le Carême est donc une occasion de "redevenir" chrétiens, à travers un processus constant de transformation intérieure, et de progrès dans la connaissance et dans l'amour du Christ. » (5)

Les préfaces du Carême sont très variées (12 préfaces différentes, certaines étant prévues pour correspondre spécifiquement à l’évangile du jour !). Elles proviennent de sources anciennes ou ont été composées plus récemment mais à partir de sources anciennes tels que les sermons de Saint Léon le Grand (pape de 440 à 461). Même chose pour les collectes : on en compte 23 provenant de l’ancien rite tridentin, et 14 autres.

Pour exemple, lectures des dimanches de l’année A :

1er dimanche (station à Saint Jean du Latran = cathédrale du Pape avec baptistère de Rome ; introduction des catéchèses baptismales)
- 1ère lecture : Création et péché de nos premiers parents [La Genèse] (Gn 2, 7-9 ; 3, 1-7a)
- 2ème lecture : « Là où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé » (Rm 5, 12-19)
- évangile : Jésus jeûne quarante jours, puis est tenté [tentations au désert] (Mt 4, 1-11)
> Préparation au combat : Jésus a vaincu pour nous !

2ème dimanche (station à Saint Marie « in Dominica »)
- 1ère lecture : Vocation d’Abraham, père du peuple de Dieu [Les Patriarches] (Gn 12, 1-4a)
- 2ème lecture : Dieu nous appelle et nous éclaire (2 Tm 1, 8b-10)
- évangile : « Son visage devint brillant comme le soleil » [La Transfiguration] (Mt 17, 1-9)
> La Transfiguration = pour renforcer la foi des apôtres avant la Passion

3ème dimanche (station à Saint Laurent-hors-les-murs : exorcisme préparatoire au baptême avec le martyr St Laurent, modèle dans le combat spirituel)
- 1ère lecture : « Donne-nous de l’eau à boire » [Moïse et l’Exode] (Ex 17, 3-7)
- 2ème lecture : « L’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Rm 5, 1-2.5-8)
- évangile : « Une source d’eau jaillissant pour la vie éternelle » [La Samaritaine] (Jn 4, 5-42)
> La Samaritaine : appel à la conversion de Jésus : pour recevoir l’eau vive, il faut avoir une vie conforme aux commandements

4ème dimanche (station à Sainte-Croix-de-Jérusalem : à l’approche de Pâques, on tend vers la « Jérusalem céleste ») – dimanche de Lætare = joie !
- 1ère lecture : David reçoit l’onction comme roi d’Israël [formation du Peuple de Dieu – les Rois] (1 S 16, 1b.6-7.10-13a)
- 2ème lecture : « Relève-toi d’entre les morts, et le Christ t’illuminera » (Ep 5, 8-14)
- évangile : « Il s’en alla et se lava ; quand il revint, il voyait » [L’Aveugle-né] (Jn 9, 1-411)
> Aveuglés par le péché, le baptême nous lave et nous fait recouvrir la vue

5ème dimanche (station à Saint Pierre – méditation de la valeur rédemptrice de la mort)
- 1ère lecture : « Je mettrai en vous mon esprit, et vous vivrez » [Les prophètes] (Ez 37, 12-14)
- 2ème lecture : « L’Esprit de celui qui a ressuscité Jésus habite en vous » (Rm 8, 8-11)
- évangile : « Je suis la résurrection et la vie » [La résurrection de Lazare] (Jn 11, 1-45)

6ème dimanche : Rameaux
- évangile d’ouverture : l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem (Mt 21, 1-11)
- 1ère lecture : « Je n’ai pas caché ma face devant les outrages, je sais que je ne serai pas confondu » [prophéties de la Passion] (Is 50, 4-7)
- 2ème lecture : « Il s’est abaissé : c’est pourquoi Dieu l’a exalté » (Ph 2, 6-11)
- évangile : Passion de notre Seigneur Jésus Christ (Mt 26, 14 – 27, 66)

Triduum
- évangile : lecture de la Passion selon Saint Jean

Notes

(1) Cf. Missel biblique de tous les jours – vespéral et rituel – Ed. Tardy, 1967.

(2) CEC n°1667.

(3) CEC n°1670.

(4) Benoît XVI – Homélie pour la messe du Mercredi des Cendres – 17 février 2010.

(5) Benoît XVI – Audience générale du 21 février 2007 (Mercredi des Cendres).

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