WE Foyers : Le ministère ecclésial dans la vie de l'Eglise

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Récollection de Foyers - 2e trimestre 2021

"Nous ne pouvons pas nous passer de prêtres ! " Le ministère ecclésial

1 - Le ministère ecclésial dans la vie de l'Eglise

Bien chers amis,

nos deux précédentes récollections vous ont permis de mieux comprendre les sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence. Vous avez mieux compris aussi pourquoi les sacrements sont appelés sacrements du Christ et de l’Eglise : ils ne sont pas des rites magiques mais bien des actes du Christ dans et par son Eglise !

Dans le Sacrement de l’Eucharistie, c’est bien Jésus crucifié pour nous et ressuscité que nous rencontrons. Dans le Sacrement de pénitence, c’est bien Lui encore que nous rencontrons dans et par son prêtre. St Jean-Paul II invitait les prêtres à être très disponibles pour le sacrement de pénitence, parce que le Christ avait le droit de rencontrer ceux et celles pour qui Il avait versé son Sang !

En cette troisième récollection, nous allons prolonger les approfondissements du dernier trimestre en parlant du sacrement de l’Ordre. Saint Jean-Marie Vianney est le Saint Patron de tous les curés du monde, mais il doit être aussi, avec Saint Padre Pio et tant d’autres Saints Prêtres modèle de tous les prêtres, lui qui disait : «le Sacerdoce c’est l’Amour du Cœur de Jésus ».    

Pour approfondir le sacrement de l’Ordre, nous suivrons ce plan :

  • A) Le sacrement de l’Ordre dans la Tradition de l’Eglise et le CEC
  • B) Le prêtre, alter Christus, mais en tant que sacrement du Christ
  • C) Le ministère ecclésial et la vie et la mission de l’Eglise
  • D) La grave crise des vocations sacerdotales et l’urgence de nouvelles vocations
  • E) Le sacrement de l’Ordre au service des époux chrétiens
  • F) Sacrement de l’Ordre et sanctification des époux

A) LE SACREMENT DE L'ORDRE DANS LA TRADITION ET LE C.E.C.

Le C.E.C. enseigne que "l'Ordre et le Mariage sont ordonnés au salut d'autrui". "L'Ordre est le sacrement grâce auquel la mission confiée par le Christ à ses apôtres continue à être exercée dans l'Eglise jusqu'à la fin des temps : il est donc le sacrement du ministère apostolique. Il comporte trois degrés : l'épiscopat, le presbytérat et le diaconat" (C.E.C. 1536). Avons-nous vraiment compris cet important enseignement de l’Eglise ? Le Sacrement de l’Ordre ne se comprend que par rapport à la Mission des apôtres.

Le Concile de Trente a voulu répondre aux erreurs du protestantisme qui remettaient en question la Foi de l’Eglise sur la nature du sacrement de l’Ordre. Pour démontrer l’institution divine du sacerdoce, le Concile de Trente a affirmé que « Sacrifice et sacerdoce ont été si liés ensemble par la disposition de Dieu que l’un et l’autre ont existé sous les deux Lois. Comme, dans le NT, l’Eglise catholique a reçu de l’Institution du Seigneur le St Sacrifice visible de l’Eucharistie, on doit aussi reconnaître qu’il y a en elle un sacerdoce nouveau, visible et extérieur, dans lequel le sacerdoce a été « changé » (He 7, 12) (FC 892).

Les fondements scripturaires de cet enseignement dogmatique sont d’abord et avant tout les paroles de l’Institution de l’Eucharistie avec le commandement de Jésus : « Faites cela en mémoire de moi ». Jésus a aussi donné à ses apôtres le pouvoir de pardonner les péchés (cf. Jn 20). La Lettre aux Hébreux est aussi invoquée comme fondement scripturaire. Il serait bon de développer davantage l’enseignement inspiré de cette Lettre qui montre que Jésus est Prêtre selon l’Ordre de Melchisédech et non selon l’ordre de l’AT : les membres de la Tribu de Lévi.

Le Concile de Trente a également affirmé dogmatiquement que l’Ordre est vraiment et à proprement parler un des sept sacrements de la Sainte Eglise. Le fondement scripturaire de cette affirmation est 2 Tm 1, 6-7 : « Je t’invite à raviver la grâce de Dieu, déposée en toi par l’imposition de mes mains. Ce n’est pas un esprit de crainte que Dieu nous a donné, mais un esprit de force, d’amour et de maîtrise de soi » (FC 894).

Il est très important de souligner, comme nous l’avons fait pour les autres sacrements, que Jésus n’a pas opéré une révolution en instituant le sacrement de l’Ordre. Le sacerdoce existait dans l’AT. Des prêtres existaient aussi dans des religions païennes. L’auteur de la lettre aux Hébreux a montré qu’Abraham a été béni par Melchisédech, prêtre sans généalogie. La tribu de Lévi n’existait pas encore à ce moment-là. Ce sacerdoce selon Melchisédech est donc antérieur et supérieur au sacerdoce lévitique. Ce sacerdoce lévitique, comme le Concile de Trente l’affirme, avait été institué pour l’organisation du Culte et l’offrande des sacrifices. Les prêtres étaient des médiateurs entre les hommes et Dieu mais aussi entre Dieu et les hommes.   

a) Pourquoi le nom de sacrement de l'Ordre (CEC 1537-1538)

Le mot "Ordre" désignait dans l'antiquité romaine des corps constitués. Dans la primitive Eglise, il y avait l'ordre des catéchumènes, l’ordre des vierges, l’ordre des veuves... Aujourd'hui, on a réservé ce mot à l'acte sacramentel qui intègre dans l'Ordre des évêques, des presbytres et des diacres. L'ordination est réalisée par l'imposition des mains de l'évêque avec la prière consécratoire. Ce qu’enseigne le CEC nous fait découvrir une continuité - dans la discontinuité – entre le sacrement de l’Ordre institué par Jésus et le sacerdoce lévitique, qui était bien un corps constitué avec le Grand Prêtre, les prêtres, les lévites.

b) Les trois degrés du sacrement de l'Ordre (CEC 1554-1571)

L'ordination épiscopale : « Par la consécration épiscopale, est conférée la plénitude du sacrement de l'Ordre, que la coutume liturgique de l'Eglise et la voix des saints Pères désignent en effet sous le nom de sacerdoce suprême, de réalité totale ("summa") du ministère sacré" (CEC 1557). L'évêque représente visiblement le Christ, il est son vicaire. L’évêque a la charge d’un diocèse et il est membre du Collège des évêques.

L'ordination des prêtres : « La fonction ministérielle des évêques a été transmise aux prêtres à un degré subordonné : ceux-ci sont établis dans l'Ordre du presbytérat pour être les coopérateurs de l'Ordre épiscopal dans l'accomplissement de la mission apostolique confiée par le Christ" ( PO 2 ). (CEC 1562)

L'ordination des diacres (CEC 1569-1571). L'évêque seul impose les mains au futur diacre pour signifier que le diacre est spécialement rattaché à l'évêque dans les tâches de sa «diaconie». Le diacre est configuré au Christ qui s'est fait le serviteur (diacre) de tous.

c) Le sacrement de l'Ordre dans l'économie du salut (C.E.C. 1539-1553)

Il est important de souligner - malgré la pluralité des personnes : évêques, prêtres, diacres – que l’expression : « sacrement de l’Ordre » est au singulier. Le C.E.C. s’appuie sur l'épître aux Hébreux pour dire que le Christ est le Grand Prêtre de l’Alliance nouvelle et éternelle. Le sacrifice de la Croix est unique, il est rendu présent dans le sacrifice eucharistique. Le sacerdoce du Christ est aussi unique, il est rendu présent dans le sacerdoce ministériel.

Saint Thomas d’Aquin disait que le Christ est le seul vrai prêtre, les autres n'étant que ses ministres. Chaque prêtre devrait être davantage conscient qu’il rend présent le Christ en communion avec les autres prêtres, les évêques et le Pape mais qu’il n’est que le sacrement du Christ. En tant qu’inutile instrument, je ne peux que dire, avec Saint Paul : « c’est Jésus qui agit à travers le pauvre instrument que je suis ! Sa Puissance se déploie dans ma faiblesse ! Je ne suis qu’un petit ministre agissant en communion avec tous les autres ministres de l’Eglise au service de l’unique Prêtre : le Christ ! »

d) Le sacrement de l’Ordre au service du sacerdoce commun des fidèles (C.E.C. 1546-1547)

La crise moderniste-progressiste a eu de graves conséquences pour la Foi de l’Eglise et a engendré une grande confusion au niveau du sacerdoce ministériel et du sacerdoce commun des fidèles. Tout baptisé, il est vrai, participe à la triple mission du Christ : prêtre, prophète et roi et participe donc au sacerdoce commun des fidèles.

Mais il y a une différence de nature entre ce sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel et pas seulement une différence de degré. Le CEC (1548 à 1551) dit que le Christ est présent dans son ministre en tant que Tête de son Corps, Pasteur de son troupeau, Grand Prêtre du Sacrifice rédempteur, Maître de la Vérité. Ce mode de présence n’est propre qu’à ceux qui ont reçu le sacrement du sacerdoce. Il ne s’applique pas aux baptisés, qui participent bien au sacerdoce commun des fidèles mais n’exercent pas comme l’évêque et le prêtre le sacerdoce ministériel, qui est un service qui ne peut être assuré que par la « potestas sacra » = pouvoir sacré, transmise par le sacrement de l'Ordre et qui est participation réelle à la potestas du Christ pour le service des hommes.

Comprenons en profondeur ce riche enseignement du Concile Vatican II : il faut clairement distinguer le sacerdoce commun des fidèles et le sacerdoce ministériel, mais il faut aussi souligner le lien entre les deux. Jésus a institué le sacerdoce ministériel afin que les baptisés puissent exercer leur sacerdoce commun des fidèles. Le prêtre, par son sacerdoce ministériel, permet donc au Christ d'exercer - dans et pour son Eglise - son unique sacerdoce et d'entraîner tout son Corps à prier et à s'offrir avec Lui.

e) Qui peut conférer et recevoir ce sacrement ? (C.E.C. 1575-1580)

Les évêques validement ordonnés confèrent validement les trois degrés du sacrement de l'Ordre.

Seul l’homme baptisé peut recevoir le sacrement de l’Ordre, qui est un don immérité et gratuit. Aucun baptisé ne peut donc revendiquer le droit d’être ordonné !

f) Les effets spirituels du sacrement de l'ordre (C.E.C. 1581-1589)

L’ordonné reçoit un caractère indélébile : "Ce sacrement configure au Christ par une grâce spéciale de l'Esprit-Saint, en vue de servir d'instrument du Christ pour son Eglise. Par l'ordination l'on est habilité à agir comme représentant du Christ, Tête de l'Eglise, dans sa triple fonction de prêtre, prophète et roi" (C.E.C. 1581).

Le C.E.C. parle ensuite de la grâce du Saint-Esprit propre à ce sacrement et qui permet à l’ordonné de tendre à imiter les vertus du Christ : sa force, sa douceur, sa miséricorde, son esprit de sainteté... Le C.E.C. conclut par cette citation du Curé d'Ars : «Le Sacerdoce, c'est l'amour du Cœur de Jésus».

B) LE PRÊTRE ALTER CHRISTUS, COMME « SACREMENT » DU CHRIST

Nous voulons vous aider, en cette deuxième partie, à ne pas faire de contre-sens sur l’identité du prêtre et à ne pas mal interpréter les expressions : « in persona Christi Capitis » = dans la personne du Christ Tête ou : « alter Christus » = autre Christ. Le Christ est bien présent et agissant - dans et par son ministre - au moment où il donne les sacrements. L’indignité du ministre ne peut pas alors empêcher le don de la grâce lorsque le sacrement est donné comme le veut l’Eglise. Mais le prêtre n’agit pas nécessairement en tous les autres actes de sa vie « in persona Christi » ou comme un « alter Christus » ! Les péchés scandaleux de certains prêtres qui ont fait tant de mal à l'Eglise, en sont la douloureuse illustration !

Voici comment St Jean-Paul II comprenait ces deux expressions : « L'ordonné donne au Christ son humanité, afin qu'il puisse s'en servir comme instrument du salut. C’est en ce sens que le Christ fait en quelque sorte de cet homme un autre lui-même. Y a-t-il au monde un accomplissement plus haut de notre humanité que de pouvoir reproduire chaque jour « in persona Christi » le Sacrifice rédempteur, celui-là même que le Christ consomma sur la Croix ? ». Mais St Jean-Paul II était réaliste : « Le don du sacerdoce est toujours plus grand ! Et il est beau qu'il en soit ainsi. Il est beau qu'un homme ne puisse jamais dire qu'il a répondu pleinement à ce don. C'est un don et aussi un devoir : toujours ! Il est fondamental d'en avoir conscience pour vivre en plénitude son sacerdoce ».

Pour St Jean-Paul II, l’ordonné reçoit bien le pouvoir sacerdotal sacramentel qui lui permet d’agir in persona Christi et d’être alter Christus, mais ce don appelle un devoir : celui d’être un saint prêtre ! St Jean-Paul II a vraiment compris l’importance - pour la vie et la mission de l’Eglise - de la sainteté des prêtres. Il a institué un jour de prière pour la sanctification des prêtres : la Solennité du Sacré Cœur.

St Jean-Paul II disait encore : « En contact avec la sainteté de Dieu, le prêtre doit devenir saint Lui-même. Son ministère même l'engage à faire un choix de vie inspiré par le radicalisme évangélique. Cela explique qu'il doive vivre d'une manière spécifique l'esprit des conseils évangéliques de chasteté, pauvreté et obéissance. N'est-ce pas dans cette perspective que se comprend aussi la convenance particulière du célibat ?

Il résulte de tout cela que le prêtre a spécialement besoin de donner une place à la prière dans sa vie : la prière naît de la sainteté de Dieu et, en même temps, elle est une réponse à cette sainteté. J'ai écrit un jour : «La prière crée le prêtre et le prêtre se crée par la prière». Oui, le prêtre doit être avant tout un homme de prière, convaincu que le temps consacré à la rencontre intime avec Dieu est toujours le mieux employé, parce que, non seulement il lui est utile, mais il est utile pour sa tâche apostolique.

Si le Concile Vatican II parle de la vocation universelle à la sainteté, dans le cas du prêtre, il faut parler d'une vocation spéciale à la sainteté. Le Christ a besoin de saints prêtres ! Le monde actuel demande de saints prêtres ! Seul un saint prêtre peut devenir un témoin transparent du Christ et de son Evangile dans un monde toujours plus sécularisé. Ainsi seulement le prêtre peut devenir guide des hommes et maître de sainteté. Les hommes, surtout les jeunes, attendent de tels guides. Le prêtre ne peut être guide et maître que dans la mesure où il devient témoin authentique !". Cette citation de St Jean-Paul II est particulièrement importante pour bien interpréter l’expression « alter Christus ».

Le prêtre, en effet, n’est pas la Personne de Jésus. Sa propre personne humaine subsiste avec ses faiblesses. Il agit « in persona Christi » en certains actes mais il n’est, pourrions-nous dire, que le « sacrement du Christ ». En reprenant la distinction des théologiens thomistes dans la théologie des sacrements : sacramentum tantum (sacrement seul) - res (la réalité de la grâce du sacrement) - res et sacramentum (l’union du sacrement et la réalité de la grâce du sacrement dans l’acte sacramentel) et en l’appliquant au sacrement de l’Ordre, nous pouvons dire :

  • le prêtre est le sacramentum tantum ;
  • Jésus, l’unique prêtre pour Saint Thomas, serait comme la « res » du sacrement ;
  • dans l’acte sacramentel Jésus agit dans et par le prêtre (res et sacramentum).

C’est donc bien Jésus-Christ qui consacre l’Eucharistie, qui baptise, qui donne l’onction des malades, qui pardonne les péchés par le Sacrement de l’Ordre. Dans l’acte sacramental, il n’est donc pas exagéré de dire que le prêtre agit in Persona Christi.

Dans les autres actions, cependant, le prêtre agit en son nom propre. D’où l’appel pressant de St Jean-Paul II à chaque prêtre : soyez des saints ! Le monde et les jeunes ne comprennent pas, cependant, les distinctions théologiques que nous venons de faire, ils voient en nous le Christ : quel scandale si nous le défigurons ! Priez pour nous afin que nous soyons de saints prêtres !

Le Pape François, le 15 septembre 2018, disait à des prêtres à Palerme : « Nous ne devons pas seulement dire les paroles de la consécration in persona Christi, nous devons les vivre à la première personne. Prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous : nous le disons à nos frères, ensemble avec Jésus. Les paroles de l’Institution dessinent alors notre identité sacerdotale : elles nous rappellent que le prêtre est l’homme du don, du don de soi, chaque jour, sans vacances et sans pause. Parce que, chers prêtres, ce n’est pas une profession, mais un don ; ce n’est pas un métier, qui puisse servir même à faire carrière, mais une mission. Et il en est ainsi aussi de la vie consacrée. Chaque jour, nous pouvons faire notre examen de conscience même seulement sur ces paroles – prenez et mangez, ceci est mon corps livré pour vous – et nous demander : « Aujourd’hui, est-ce que j’ai donné ma vie par amour du Seigneur, est-ce que je me suis “laissé manger” par mes frères ? » Don Pino a vécu comme cela : l’épilogue de sa vie a été la conséquence logique de la Messe qu’il célébrait chaque jour ». Le Père Giuseppe « Pino » Puglisi, assassiné par la mafia en 1993, a été béatifié le 25 mai 2013 au cours d’une messe présidée par le cardinal Salvatore de Giorgi, au stade Barbera de Palerme. Plus de 100 000 personnes ont pris part à la cérémonie dont 100 évêques, 700 prêtres et diacres, et 200 personnalités officielles. L’Eglise considère que le Père Puglisi, qui était âgé de 56 ans, est mort en martyr, abattu par un commando devant les locaux de la paroisse de San Gaetano, dont il était curé, dans le quartier palermitain du Brancaccio. Son exécution sur ordre des patrons locaux de la mafia Filippo et Giuseppe Graviano a été faite «en haine de la foi».

Nos Père et Mère avaient, comme St Jean-Paul II, le même idéal de sainteté pour tous leurs enfants spirituels appelés à être apôtres de l’Amour. Parmi ces enfants spirituels, plusieurs sont prêtres au service de la vie et de la mission de la Famille Missionnaire de Notre-Dame, mais ces prêtres Domini ne sont pas supérieurs à leurs frères et sœurs du fait de leur ordination sacerdotale. Ils doivent être vigilants pour ne pas succomber aux subtiles tentations de l'orgueil sacerdotal. Le Christ, c’est un fait, a transmis de grands pouvoirs sacerdotaux aux prêtres. Ces pouvoirs ne leur appartiennent pas. Ils ne sont que les intendants des dons divins. Pour être de bons intendants, ils doivent demander au Cœur de Jésus et à Notre-Dame des Neiges de grandir dans la vertu indispensable de l'humilité. Voici ce que disait Mère Marie-Augusta de son idéal de prêtre : "J'ai présenté à Dieu mon idéal de prêtre : pauvre, saint, détaché, indifférent à tout ce qui n'est pas le Christ et les âmes". Priez pour que nous soyons de tels prêtres !

C) LE MINISTERE ECCLESIAL ET LA VIE ET LA MISSION DE L’EGLISE

Nous voudrions brièvement souligner, dans cette troisième partie, le caractère collégial du sacrement de l’Ordre. Chaque prêtre est bien appelé – personnellement - par le Christ : « viens et suis-moi », il est aussi ordonné – personnellement – et il agit – personnellement - dans les actes de son ministère (CEC 878), mais il n’est jamais prêtre tout seul !

Dans le numéro 1554, le CEC utilise l’expression « ministère ecclésiastique ». Dans les numéros 874 à 879, il est parlé du ministère ecclésial. Avons-nous tiré toutes les conséquences de cet enseignement traditionnel ? Jésus est vraiment l’unique Grand Prêtre qui agit dans ses ministres. Il a institué « les 12 ». A la tête de ces 12, Il a établi Pierre (CEC 877). Le CEC tire cette conclusion : il est de la nature sacramentelle du ministère ecclésial qu’il ait un caractère collégial.

Chaque évêque ordonné est membre du Collège des évêques tout en étant évêque d’un lieu. Il exerce son ministère épiscopal en communion hiérarchique avec le Pape et le Collège des évêques.

Chaque prêtre participe au sacerdoce d’un évêque, il est membre d’un presbytérium. Chaque diacre exerce son ministère de serviteur rattaché à un évêque.

Conclusion : Jésus, par le ministère ecclésial exercé aujourd’hui par le Pape François, les évêques unis à lui, les prêtres et les diacres, exerce son unique Sacerdoce au service de la vie et de la mission de Son Eglise. Ce ministère ecclésial doit, bien évidemment, être exercé dans l’unité et la vérité de l’amour. Le chapitre 17 de Saint Jean, que notre Père aimait beaucoup, nous rapporte la grande prière sacerdotale de Jésus : « qu’ils soient Un pour que le monde croie ». Les tempêtes qui viennent de secouer l’Eglise ont, hélas, révélé des divisions qui blessent gravement l’unité de notre Eglise catholique et ont de graves conséquences sur la fécondité de sa mission. Prions, souffrons et offrons pour que, par les mérites de Jésus et l’action de l’Esprit Saint, le ministère ecclésial soit vraiment exercé dans l’unité et la vérité de l’amour !

Comprenons davantage encore l’importance du sacrement de l’Ordre qui assure la continuité du ministère apostolique et permet à l'Eglise d'être "réellement" apostolique. Sans ce sacrement, l’Eglise serait privée d’une de ses quatre notes essentielles : « apostolique ». Pour Saint Irénée, l'Eglise est apostolique, parce que les évêques qui dirigent aujourd’hui les Eglises particulières sont rattachés - par une chaîne ininterrompue - aux Apôtres. L’Eglise est aussi apostolique parce qu’elle transmet, grâce au ministère ecclésial, la même Foi, les mêmes sacrements et la même doctrine que les apôtres ont transmis.

Une dernière remarque : le CEC nous invite à découvrir la nature du ministère apostolique ou du ministère ecclésial dans sa source : le collège des apôtres. Dans la vie et la mission des 12 apôtres, nous découvrons que le ministère ecclésial est très diversifié : la mission de Saint Pierre n’était pas la même que celle de Saint Paul ou que celle de Saint Jacques le Majeur.

D) GRAVE CRISE DES VOCATIONS ET URGENCE DES VOCATIONS.

Tous les baptisés de France devraient être conscients de la grave crise des vocations.

St Jean-Paul II a rappelé, en plusieurs occasions, que l’on ne pouvait pas se passer de prêtres. Sans prêtre, en effet, les fidèles seraient privés de l’Eucharistie, privés du sacrement de pénitence et du sacrement des malades. Mais ne réduisons pas la crise des vocations sacerdotales à la crise des vocations de curés de paroisses : l’Eglise ne peut pas se passer d’apôtres qui évangélisent, sanctifient et éduquent ! Nous voudrions ajouter aussi que l’Eglise ne peut pas, non plus, se passer des consacrés. L’Eglise, en effet, a besoin de sa Tête Sacrée (la hiérarchie) et de son Cœur  (les consacrés). Elle a, enfin, besoin de saints laïcs et de saintes familles.

Il serait important de développer - dans toutes les Paroisses - l’adoration eucharistique et la prière du rosaire pour l’obtention des vocations sacerdotales et religieuses dont l’Eglise a besoin pour remplir sa mission. Nous vous remercions pour vos prières pour obtenir les nouvelles vocations d’apôtres de l’Amour pour réaliser la mission que Dieu nous confie en développant nos Centres spirituels en France mais aussi en d’autres pays du monde.

E) LE SACREMENT DE L’ORDRE AU SERVICE DES EPOUX CHRETIENS

Pour vous aider à mieux comprendre ce que vous apporte le sacrement de l’Ordre, nous développerons certaines réflexions de St Jean-Paul II à l’occasion du 50e anniversaire de son ordination sacerdotale dans son livre "Ma vocation don et mystère" (1-11-97). Ce Grand Pape disait :

«  Je suis convaincu que le prêtre ne doit pas avoir peur d'être «hors du temps», parce que l'aujourd'hui humain de tout prêtre s'inscrit dans l'aujourd'hui du Christ Rédempteur. Jésus-Christ est le même hier et aujourd'hui et il le sera à jamais. Si donc nous sommes plongés par notre aujourd'hui humain et sacerdotal dans l'aujourd'hui du Christ, il n'y a aucun danger pour nous d'être d'hier, dépassés ». Il disait encore : « Si l'on analyse les attentes que l'homme contemporain nourrit envers le prêtre, on verra que, au fond, il n'y a en lui qu'une seule et grande attente : il a soif du Christ. Le reste, ce qui a une utilité économique, sociale et politique, il peut le demander à beaucoup d'autres ».

Ces deux réflexions montrent en quoi le prêtre peut vous aider : étant, en quelque sorte, « hors du temps » mais non déconnectés du réel et de l’actualité de notre monde, il peut vous aider à « relativiser » bien des problèmes et des difficultés. Attention, cependant : le prêtre n’a pas grâce d’état pour trouver la solution à tous vos problèmes et difficultés. C’est vous qui avez vos grâces d’état dans votre « jamais rien l’un sans l’autre ».

Qu’attendez-vous du prêtre ? Qu’il vous donne le Christ ! Le sacrement de l’Ordre n’a pas le même effet que le sacrement de l’Eucharistie : il n’y a ni transsusbstantiation, ni trans-personnalisation : le prêtre ne devient pas Jésus ! La personne humaine du prêtre demeure avec ses faiblesses, ses défauts et ses péchés. Le prêtre est comme le sacrement du Christ. Il faut donc distinguer la personne du prêtre de la Personne du Christ Prêtre. La distinction entre le sacramentum tantum et la res du sacrement est difficile pour les non-initiés mais très éclairante. Dans l’administration des sacrements, le prêtre agit bien in Persona Christi, mais dans les autres actes de sa vie, une distance plus ou moins grande existe entre le prêtre et le Christ. Il est important de dire cela pour que l’on n’aille pas au-devant de désillusions décourageantes. Priez pour que nous soyons davantage de saints prêtres ! Les fidèles allaient à Ars ou à San Giovanni Rotondo parce que Saint Jean-Marie Vianney ou Saint Padre Pio étaient des saints. Les jeunes se sont attachés à St Jean-Paul II et à Benoît XVI pour les mêmes raisons !

Comprenez davantage l’importance de la journée de prière pour la sanctification des prêtres, instituée par St Jean-Paul II pour la solennité du Sacré Cœur ! N’ayez pas peur de dire à vos prêtres : « votre mission est de nous donner le Christ ! Les hommes de notre temps n’attendent pas de vous que vous soyez, d’abord et avant tout, de bons « communicateurs » mais que vous soyez de saints prêtres ! » Le Père Scholtus, directeur du séminaire des carmes, disait en 2009 à Viviers à des prêtres marqués par l’idéologie progressiste : « nous avons voulu être modernes et nous sommes aujourd’hui en panne de communication ! Que s’est-il passé ? »  St Jean-Paul II donne en partie la réponse : le prêtre doit être en quelque sorte « hors du temps ». Benoît XVI avait rappelé l’essentiel de la Mission de l’Eglise dans sa lettre aux évêques : rendre Dieu présent aux hommes et permettre aux hommes d’ouvrir leur cœur à Dieu ! Le prêtre n’a pas mission de véhiculer des idéologies changeantes. Il ne doit pas être l’homme d’un mode de pensée, mais le représentant du Christ, le même hier, aujourd’hui et à jamais ! L’Evangile et l’Eglise seront toujours jeunes et éternelles alors que les modes d’aujourd’hui disparaîtront !

F) SACREMENT DE L’ORDRE ET SANCTIFICATION DES EPOUX

Les époux chrétiens ne peuvent pas se passer de prêtres parce que, par eux, ils peuvent participer à l’Eucharistie et recevoir les autres sacrements.

Au cours des deux dernières récollections, nous avons approfondi les sacrements de l’Eucharistie et de la pénitence. Nous ne répèterons pas tout ce que nous avons dit, mais nous voudrions vous faire mieux découvrir à quel point nous sommes toujours des privilégiés, même si le manque de prêtres se fait douloureusement ressentir en certains diocèses de notre pays. Si nous le voulons, nous pouvons participer à la Messe, chaque dimanche, et y participer également de temps en temps en semaine. Nous pouvons rencontrer un prêtre pour nous confesser.

Louis et Zélie Martin n’hésitaient pas à se lever très tôt, chaque jour, pour y participer. Les parents de Sainte Gianna Beretta Molla faisaient de même. Nous sommes bien conscients, cependant, qu’il n’est pas possible pour un grand nombre d’entre vous de pouvoir participer à la Messe quotidienne. Pas de découragement : à l’impossible, nul n’est tenu ! Nos frères chrétiens au Japon ont été privés de prêtres pendant plus de 100 ans lorsque le Japon a fermé ses frontières à l’Occident. L’Eglise a survécu, grâce au baptême donné par des laïcs, mais la privation de l’Eucharistie et des autres sacrements ont eu de graves conséquences. L’Eglise du Japon continue à vivre aujourd’hui, mais elle ne se développe pas comme elle aurait pu se développer.

Nous voudrions vous encourager à rendre grâce à Dieu de vous donner, par le sacrement de l’Ordre, les secours spirituels dont vous avez besoin pour votre sanctification personnelle. Ne regardons pas uniquement ce qui va mal, mais sachons remercier pour ce qui va bien, ne soyons pas des enfants ingrats ! Sachons remercier Dieu de nous permettre d’avoir en nos églises la présence réelle et substantielle de Jésus dans le Tabernacle. Lorsque l’on traverse un pays musulman et que l’on est privé de cette présence réelle, on s’aperçoit davantage des grâces que nous avons ! Quelle grâce pour la petite paroisse d’Ars d’avoir accueilli comme curé Saint Jean Marie Vianney ! Cette paroisse n’était vraiment pas fervente. Le pauvre curé d’Ars a versé beaucoup de larmes auprès du tabernacle pendant des années pour obtenir la conversion de sa paroisse : il l’a obtenue et il a permis à beaucoup d’époux de se sanctifier ! Que de grâces ont eu nos petites paroisses qui bénéficiaient de la présence de saints prêtres, humbles et discrets… Les paroissiens ont-ils su en profiter et ont-ils remercié Dieu ?

N’ayez pas peur de rappeler à vos prêtres ce que disait encore St Jean-Paul II : "Le prêtre est témoin et instrument de la miséricorde divine ! Combien le service du confessionnal est important dans sa vie ! C'est justement au confessionnal que sa paternité spirituelle se réalise le plus pleinement. Au confessionnal, tout prêtre devient témoin des grandes merveilles qu'opère la miséricorde divine dans l'âme de ceux qui accueillent la grâce de la conversion. Intendant des mystères divins, le prêtre est particulièrement un témoin de l'Invisible dans le monde. En effet, il est l'intendant de biens invisibles et incommensurables, qui appartiennent à l'ordre spirituel et surnaturel".

Dites à vos prêtres que c’est cela que vous attendez d’eux ! Priez pour que nous soyons les vrais ministres de votre sanctification ! Nous pouvons vous faire cette confidence : nous tremblons lorsque nous accueillons au confessionnal : nous savons, en effet, que nous sommes de « vils instruments », nous connaissons nos pauvretés. Ce qui nous donne confiance : les paroles de Jésus à Saint Paul : « ma Puissance se déploie dans la faiblesse ». Soyez indulgents pour vos prêtres : souvent ils ont peur de ne pas être à la hauteur ! Ils ont besoin de votre compréhension pour exercer leur paternité spirituelle, mission qui les dépasse et pour laquelle ils ont besoin de votre prière et de votre aide.

Comprenez aussi que le prêtre peut aussi être très tenté dans sa mission de sanctification ! Le Malin vise et combine sans cesse. Avez-vous pensé à la solitude d’un prêtre qui dit sa Messe, seul, la moitié de l’année ? Ne pourriez-vous pas vous organiser entre familles pour que le prêtre ne soit jamais seul pour célébrer l’Eucharistie ?

Ces paroles de Benoît XVI, lors du Jeudi Saint 2009, peuvent aussi nous aider à mieux comprendre la nécessité du sacerdoce pour notre sanctification et celle du monde : « La nourriture dont l'homme a besoin au plus profond de lui-même est la communion avec Dieu lui-même. Rendant grâce et bénissant, Jésus transforme le pain, il ne donne plus du pain terrestre, mais la communion avec lui-même. Cette transformation, cependant, veut être le commencement de la transformation du monde. Afin qu'il devienne un monde de résurrection, un monde de Dieu. Oui, il s'agit d'une transformation. De l'homme nouveau et du monde nouveau qui prennent leur commencement dans le pain consacré, transformé, transsubstantié ». Chacun a besoin, pour devenir saint, d’une vraie et profonde transformation par l’Eucharistie et le sacerdoce ! 

Le 3 octobre 2014 au Vatican, le Pape François a reconnu que les vocations manquent et que l’Eglise a besoin de prêtres. Mais il a mis en garde contre « la tentation » des évêques « d’accepter sans discernement les jeunes qui se présentent ». « C’est un mal pour l’Eglise ! S’il vous plaît, il faut penser au peuple de Dieu ». Il a exhorté à « bien étudier le parcours d’une vocation : bien examiner si elle est du Seigneur, si cet homme est sain, équilibré, s’il est capable de donner la vie, d’évangéliser, s’il est capable de renoncer à fonder une famille pour suivre Jésus. Aujourd’hui il y a tant de problèmes, dans tant de diocèses, à cause des erreurs de certains évêques qui prennent parfois ceux qui sont renvoyés d’autres séminaires ou de communautés religieuses, parce qu’ils ont besoin de prêtres». Il a insisté sur la nécessité «d’être prêtres», et non pas «se limiter à «faire» les prêtres», c’est-à-dire être «dépourvus de mondanité spirituelle» et «conscients que la vie évangélise avant les œuvres». «Une vocation entretenue par une formation permanente devient un puissant instrument d’évangélisation, au service du Peuple de Dieu ».

CONCLUSION

Chaque Sacrement est un acte du Christ dans et par Son Eglise. Il en est bien ainsi avec le Sacrement de l’Ordre, grâce auquel le Christ agit dans et par ses ministres pour actualiser chaque jour le Sacrifice de la Croix, Se donner en nourriture aux membres de son Corps dans la communion, consoler et fortifier les grands malades et les aider à se préparer à leur vie éternelle, rencontrer ceux et celles pour qui Il a versé Son Sang sur la Croix dans le sacrement de pénitence. Le Sacrement de l’Ordre est vraiment nécessaire à la vie et à la mission de l’Eglise. Remercions Jésus de l’avoir institué et prions pour le Pape, les évêques, les prêtres et les diacres : qu’ils soient de saints évêques, de saints prêtres et de saints diacres !

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