La vertu d'espérance dans la Tradition de l'Eglise
La vertu d'espérance
WE Foyers 2e trimestre 2024 - 1e enseignement
I) LA VERTU THÉOLOGALE D’ESPÉRANCE DANS LA TRADITION DE L’ÉGLISE
Bien chers amis,
après avoir approfondi la première des vertus théologales, le trimestre dernier : la Foi, nous allons nous efforcer de mieux découvrir en cette récollection de Foyers la vertu théologale d’espérance.
La vertu théologale d’espérance est un don divin qui nous permet de vivre en ce monde marqué par tant de péchés et de souffrances en étant solidement agrippés à la main de Jésus qui nous conduira au port sûr du Salut éternel. L’image évangélique qui symbolise le mieux l’espérance est celle de St Pierre s’enfonçant dans les flots. Alors qu’il n’avait pas craint de demander à Jésus de marcher sur les eaux, il s’est mis à douter et à s’enfoncer dans les flots. Jésus lui a tendu la main, il l’a saisie et il a été sauvé.
L’approfondissement de la vertu théologale d’espérance nous permettra de mieux comprendre enfin le premier et si important message de St Jean-Paul II au monde : « n’ayez pas peur » ! Oui, si nous ne lâchons pas la main de Jésus, nous n’avons pas à avoir peur. Il nous aidera à tenir bon dans toutes les tempêtes !
I-1) L’espérance est un acte de ferme confiance aux promesses de Jésus.
Avant la messe, nous avons l'habitude de réciter l’acte d’espérance : « Mon Dieu, j’espère avec une ferme confiance que vous me donnerez, par les mérites de Jésus-Christ, votre grâce en ce monde et le bonheur éternel dans l’autre, parce que vous me l’avez promis et que vous tenez toujours vos promesses ». Ainsi, l’acte d’espérance se fonde sur la fidélité de Dieu qui tient toujours ses promesses. L’objet de l’espérance est double : la ferme confiance de bénéficier de la grâce de Dieu en ce monde pour obtenir mon salut, et celle de jouir du bonheur éternel dans l’autre. Nous vous conseillons de lire attentivement ce que dit le Catéchisme sur la vertu théologale d’espérance (CEC 1817-1821).
Les relations humaines devraient être fondées sur la confiance. Lorsque nous achetons une marchandise, nous devrions avoir confiance en l’honnêteté du vendeur. Une banque devrait avoir confiance en l’honnêteté du client qui lui demande un prêt. Une entreprise devrait faire confiance à une autre personne ou entreprise qui la fait travailler. Or, aujourd’hui, cette confiance est en crise ! Des banquiers ne veulent plus prêter à des amis honnêtes, parce qu’ils ont été abusés et que leurs chefs refusent le prêt ! Des entreprises ont fait faillite parce qu’elles n’ont pas été payées ! Tant de familles sont surendettées parce qu’elles ont manqué de prudence en faisant trop d’achats à crédit !
Alors en ce monde où la confiance est en crise, peut-on encore avoir confiance en quelqu’un ? Nous savons avec une ferme confiance que nous le pouvons ! D’abord, vous vous faites totale confiance. Nous avons des personnes en qui nous avons une ferme confiance, mais nous ne pouvons pas avoir une ferme confiance envers tous les hommes. Jésus nous a dit d’être simples comme la colombe et prudents comme le serpent (Mt 10, 16) ! L’espérance théologale, quant à elle, nous permet d’avoir une absolue et ferme espérance en une Personne qui ne nous décevra jamais : Jésus.
Abraham, notre Père dans la Foi est aussi un grand modèle d’espérance, même s’il a vécu avant Jésus : il a quitté son pays, malgré son grand âge, pour aller là où Dieu le conduirait. Il était prêt à immoler son fils unique Isaac. Il a espéré contre toute espérance, dit Saint Paul (Rm 4, 18). Son espérance n’a pas été déçue : il est le père de tous les croyants.
Notre monde moderne, marqué par tant de promesses mensongères, engendre découragement et désespoir. Les plaisirs de la chair, l’argent, les biens matériels ne peuvent pas donner la joie du bonheur éternel ! Jésus, seul, peut donner la joie de l’espérance (Rm 12, 12). St Jean-Paul II a souvent redit aux jeunes de ne pas avoir peur de rendre raison de l’espérance qui les habite. Benoît XVI a donné comme deuxième Encyclique « Spe Salvi », sauvés en espérance.
I-2) La vertu théologale d’espérance.
De même que l’on ne pourrait pas faire une confiance illimitée en Jésus, si l’on ne recevait pas la grâce de la Foi, de même l’on ne pourrait pas avoir une ferme confiance en ses promesses sans la vertu théologale d’espérance. Quel homme pourrait espérer vivre éternellement dans la contemplation de Dieu ? Aucun fondateur de religion n’a envisagé une telle destinée : regardons ce que propose l’Islam comme vie éternelle : quelle pauvreté par rapport à l’Ut Sint Unum promis par Jésus ! Que proposent les Témoins de Jéhovah : quelle pauvre vie éternelle que cette même vie humaine sans souffrance sur notre terre ! Que proposent les religions orientales : l’absence de souffrances dans la paix du nirvana anonyme ! La vie éternelle que Jésus nous propose dépasse infiniment tous les projets humains, tous les espoirs humains ! Sans la vertu théologale d’espérance que l’Esprit Saint a créée en nos cœurs, nous ne pourrions pas avoir cette ferme confiance aux promesses de Jésus et désirer voir Dieu face à face pour l’éternité ! Remercions notre Père du Ciel qui, au jour de notre Baptême, a créé en notre âme spirituelle, la vertu théologale d’espérance.
Rappelons encore pourquoi nous l’appelons : vertu théologale. Elle est une force spirituelle qui est pour notre âme ce que le muscle est pour notre corps. Elle est une vertu surnaturelle, qui n'appartient pas à la nature humaine à proprement parler, mais qui est un don gratuit de Dieu.
La vertu théologale d’espérance pourrait être comparée à l’ancre de l’âme (CEC 1820). Le bateau qui serait privé d’ancre partirait à la dérive lorsque la mer est agitée. L’âme sans ancre ferait de même : elle ne pourrait résister à aucune tempête suscitée par l’Adversaire. L’espérance chrétienne est une réelle force surnaturelle qui permet de tenir au milieu de toutes les tribulations. Elle a permis aux martyrs de préférer la mort plutôt que renier le Christ ! Dans la vie éternelle, nous n’aurons plus besoin de cette force surnaturelle parce que nous verrons Dieu face à face et nous ne pourrons plus pécher ! Comprenons mieux combien grand est le don de l’espérance et combien nous devons remercier Dieu de cette « vertu spirituelle » qui nous permet de vivre dans la sérénité dans ce monde bien tourmenté !
I-3) La vertu théologale d’espérance et la Toute Puissance de Dieu.
Dieu est Tout Puissant. Il serait important de revoir dans le Catéchisme ce qui est dit sur la Providence et le scandale du mal (CEC 309-314). Nous devons continuer à espérer avec une ferme confiance en la divine Providence de Dieu et dire, avec Saint Paul que tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu (Rm 8, 28). Jérôme et Florence Philipon ont perdu 3 enfants dans le raz-de-marée d’Asie pour Noël 2005 : « L’horreur de ce que nous avons vécu est difficilement descriptible. L’immense vague de prières qui nous porte depuis plusieurs jours nous aide à apprivoiser notre chagrin. Nos 4 enfants étaient les pierres angulaire d’un édifice en construction. Cet édifice est ébranlé, mais l’amour est fort. Nos petits anges veillent et nous bâtirons pour eux, et avec eux, un édifice certes différent, mais porteur d’espoir ». Quel héroïque témoignage d’espérance chrétienne ! Espérer c’est avoir une confiance absolue en la réalisation des promesses de Dieu. Les Béatitudes : Dieu nous appelle au Bonheur éternel dans son Royaume !
Si la vertu théologale d’espérance nous donne une ferme confiance en la Toute Puissance de Dieu, nous devons, cependant rester toujours humbles : nous ne sommes pas Dieu et nous pouvons encore chuter bien lamentablement. Devons-nous alors nous décourager ? Non, sinon nous pécherions contre l’espérance. Nos chutes, même si elles sont graves, peuvent toujours concourir à notre vrai bien spirituel. Pierre avait besoin de son triple reniement pour qu’il triomphe, avec Jésus, de sa témérité. St Jean-Paul II a dit que ce triple reniement avait été, pour lui, une étape décisive. Jésus, malgré le triple reniement de Pierre, a confirmé la mission qu’Il lui avait confiée : « pais mes brebis, pais mes agneaux ».
Nos chutes peuvent nous faire découvrir que nous avions trop confiance en nous et que nous vivions cette erronée dévotion du Cœur de Jésus : Cœur de Jésus, aie confiance en moi. La vraie dévotion est : « Cœur de Jésus, j’ai confiance en Toi » ! La vertu théologale d’espérance nous aidera à être fidèle, envers et contre tout, à la résolution qui a permis à la petite Thérèse Martin d’être une grande sainte : « je ne me découragerai jamais ». Jésus a révélé, enfin, à Sainte Faustine jusqu’où devait aller l’espérance des pécheurs : la confiance absolue en sa divine miséricorde. Le dernier et grand message de Sainte Thérèse, avant sa mort, a été : « moi si j’avais commis tous les crimes possibles je garderais toujours la même confiance ».
Au numéro 27 de Spe Salvi, Benoît XVI affirmait ce qu’est la vraie et la grande espérance : « La vraie, la grande espérance de l'homme, qui résiste malgré toutes les désillusions, ce peut être seulement Dieu – le Dieu qui nous a aimés et qui nous aime toujours « jusqu'au bout » ». Le Pape a cité ensuite Saint Augustin pour fonder cette importante affirmation, puis il a donné ce résumé lumineux (30), qui devrait permettre à beaucoup de nos contemporains de comprendre que la vraie et grande espérance chrétienne ne s’oppose pas à leur soif de bonheur :
« Tout au long des jours, l'homme a de nombreuses espérances – les plus petites ou les plus grandes –, variées selon les diverses périodes de sa vie. Parfois il peut sembler qu'une de ces espérances le satisfasse totalement et qu'il n'ait pas besoin d'autres espérances. Dans sa jeunesse, ce peut être l'espérance d'un grand amour qui le comble; l'espérance d'une certaine position dans sa profession, de tel ou tel succès déterminant pour le reste de la vie. Cependant, quand ces espérances se réalisent, il apparaît clairement qu'en réalité ce n'était pas la totalité. Il paraît évident que l'homme a besoin d'une espérance qui va au-delà. Il paraît évident que seul peut lui suffire quelque chose d'infini, quelque chose qui sera toujours plus que ce qu'il ne peut jamais atteindre. En ce sens, les temps modernes ont fait grandir l'espérance de l'instauration d'un monde parfait qui, grâce aux connaissances de la science et à une politique scientifiquement fondée, semblait être devenue réalisable. Ainsi l'espérance biblique du règne de Dieu a été remplacée par l'espérance du règne de l'homme, par l'espérance d'un monde meilleur qui serait le véritable « règne de Dieu ». Cela semblait finalement l'espérance, grande et réaliste, dont l'homme avait besoin. Elle était en mesure de mobiliser – pour un certain temps – toutes les énergies de l'homme; ce grand objectif semblait mériter tous les engagements. Mais au cours du temps il parut clair que cette espérance s'éloignait toujours plus. On se rendit compte avant tout que c'était peut-être une espérance pour les hommes d'après-demain, mais non une espérance pour moi. Et bien que le « pour tous » fasse partie de la grande espérance – je ne puis en effet devenir heureux contre les autres et sans eux – il reste vrai qu'une espérance qui ne me concerne pas personnellement n'est pas non plus une véritable espérance. Et il est devenu évident qu'il s'agissait d'une espérance contre la liberté, parce que la situation des choses humaines dépend pour chaque génération, de manière renouvelée, de la libre décision des hommes qui la composent. Si, en raison des conditions et des structures, cette liberté leur était enlevée, le monde, en définitive, ne serait pas bon, parce qu'un monde sans liberté n'est en rien un monde bon. Ainsi, bien qu'un engagement continu pour l'amélioration du monde soit nécessaire, le monde meilleur de demain ne peut être le contenu spécifique et suffisant de notre espérance ».
Quel texte lumineux ! Puissent les hommes de bonne volonté tirer à la suite de St Jean-Paul II et de Benoît XVI, les leçons de l’histoire des temps modernes et du vingtième siècle : la Raison humaine déifiée qui a voulu se faire adorer et prendre la place de Dieu s’est transformée en tyrannie contre les libertés des hommes ! Le monde dans lequel nous vivons n’est pas le meilleur des mondes : c’est un monde qui continue à tuer légalement dans le sein des mamans l’être humain le plus fragile : plus de deux milliards deux cent cinquante millions d’avortements légalisés depuis 1975 ! Ce monde peut-il être « humanisé » ? Oui, il le peut ! S’il entend l’appel que Jésus a lancé au début de sa vie publique et qu’Il continue à lancer par son Église : « les temps sont accomplis, le Royaume de Dieu s’est approché, convertissez-vous et croyez à l’évangile » ! La vraie et grande espérance ne peut donc être qu’en Dieu révélé en Jésus, son Fils !
I-4) Le double objet de la vertu théologale d’espérance.
La vertu d’espérance a un double objet : la grâce et le Bonheur éternel.
a) Rappelons en cette récollection à quel point la grâce de Dieu est nécessaire pour l’œuvre de notre Salut. Sans Jésus, personne ne pourrait faire son salut. Sans la grâce de Jésus, personne ne pourrait résister, par ses seules forces, aux subtiles tentations de Satan. Ne sous-estimons jamais la puissance des démons. Ils sont beaucoup plus intelligents que nous, beaucoup plus rusés et beaucoup plus puissants. Face à eux, nous sommes comme le petit David affrontant Goliath. Mais David a vaincu parce qu’il combattait avec la force de Dieu. Jacob a reçu de Dieu le nom d’Israël, parce qu’il était fort de la force de Dieu.
Par le Baptême, nous recevons la grâce sanctifiante qui nous permet de participer à la vie de Dieu. Nous sommes réellement devenus, par cette grâce sanctifiante, des enfants de Dieu ! Mais Jésus nous donne encore de multiples autres grâces pour accomplir notre devoir d’état dans la fidélité aux promesses de notre baptême : ce sont les grâces actuelles que nous devons humblement demander chaque jour. Les membres de la hiérarchie qui ont reçu le sacrement de l’Ordre reçoivent les grâces actuelles pour leur vie et leur mission. Les consacrés reçoivent les grâces d’état pour vivre dans le Cœur de l’Église et exercer la mission de l’Amour. Les laïcs reçoivent également toutes les grâces actuelles dont ils ont besoin pour leur vie de baptisés et leur mission de levain dans la pâte. Saint Augustin a été le grand docteur de la grâce. Il s’est opposé énergiquement aux graves erreurs du moine Pélage qui prétendait que l’on pouvait accomplir des actes bons sans la grâce. Demandons sans cesse de nouvelles grâces à Jésus et ayons confiance : Il a promis qu’Il serait chaque jour avec son Église jusqu’à la fin des temps ! Demandons la grâce d’être fidèles dans le combat et la grâce de la persévérance finale.
b) Le deuxième but de la vertu d’espérance qui, de fait, est le plus important est le bonheur éternel dans le Royaume des Cieux. Tout être humain a soif de bonheur, mais de quel bonheur ? Celui-ci ne peut se trouver ni dans l’argent, ni dans le plaisir, ni dans le pouvoir. Attention aux paradis artificiels que le démon ne cesse de susciter depuis le péché originel ! Le marxisme, le freudisme, l’hédonisme, la franc-maçonnerie, le libéralisme moral promettent de faux paradis : ils engendrent de grandes désillusions, de grands désespoirs et, en fin de compte, des cultures de la mort !
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a bien résumé l’objet de l’espérance chrétienne : le Ciel, mon unique Patrie ! Saint Ignace de Loyola commençait toujours ses Exercices spirituels par la méditation sur ce principe et fondement : L’homme est créé pour louer, vénérer et servir Dieu notre Seigneur, et par là sauver son âme. Les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme en vue de l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. La conclusion de Saint Ignace dans son principe et fondement est très importante : D’où il suit que l’homme doit user des choses créées dans la mesure où elles l’aident à atteindre sa fin, et qu’il doit s’en dégager dans la mesure où elles l’en détournent. La vertu théologale d’espérance est une force divine pour nous aider à faire les bons discernements en vue de la fin pour laquelle nous avons été créés : le Royaume de Dieu, que nous pouvons appeler : le Ciel. Les choses créées, les biens de la terre, l’argent, les plaisirs charnels, la gloire humaine, le pouvoir peuvent nous détourner de notre fin. Puisse la vertu d’espérance nous aider à nous dégager, comme le dit Saint Ignace de Loyola, des biens créés qui nous détournent du Ciel et de notre Bonheur éternel.
Il nous paraît important de conclure cette partie en disant que l’objet de l’espérance chrétienne n’est pas la certitude qu’il n’y aura personne en enfer et que tous seront sauvés ! On cite - pour fonder cette fausse espérance - la phrase de Saint Paul : « Dieu veut que tous les hommes soient sauvés » (1Tm 2, 4). Mais on oublie de citer toutes les autres phrases de l’évangile où Jésus parle de l’enfer. La Sainte Vierge à Fatima a révélé aux petits enfants l’existence de damnés en enfer. La Tradition de l’Église a toujours pensé cela. Dieu, c’est évident, crée des êtres à son image et à sa ressemblance pour les appeler au Bonheur éternel et non au malheur éternel, mais Il ne peut pas contraindre leur liberté. Lucifer a fait le choix orgueilleux du refus de ce Bonheur éternel, des anges très intelligents et puissants l’ont suivi dans sa révolte contre Dieu. Des hommes peuvent, hélas, faire le même choix alors que Jésus s’est offert et a prié pour qu’ils ne le fassent pas. Même si Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, tous ne le seront pas, de fait, car tous sont libres de dire « oui » à Dieu et au Bonheur éternel ou de Lui dire, en pleine connaissance et plein consentement « non » pour toujours.
I-5) Croire que L’Église est le Navire qui nous garde dans l’espérance.
Des baptisés ont souvent représenté l’Église comme un Navire. Lisons à ce sujet la célèbre vision de Don Bosco sur les trois blancheurs. Ce Navire nous fait penser à l’Arche de Noé, qui était bien l’Arche de l’espérance. Tous ceux qui sont entrés dans cette Arche ont été sauvés des flots du déluge. L’Église est cette Arche d’espérance. Restons dans cette Arche, ne la désertons pas, ni en temps calme ni dans la tempête ! Ne nous laissons pas influencer par toutes les tentations de Satan. L’Église a les paroles de la vie éternelle. C’est par elle que nous recevons les sacrements par lesquels Jésus nous donne les grâces nécessaires à notre salut. Il faut bien distinguer l’Eglise dans son mystère divin et les membres de l’Eglise qui sont pécheurs. L’Église, dans son mystère divine, est le Corps du Christ, le Temple de l’Esprit-Saint, le Peuple de Dieu. L’enfer ne pourra jamais la détruire comme Jésus l’a dit dans le chapitre 16 selon Saint Matthieu.
Le Concile Vatican II est le premier Concile entièrement consacré au mystère de l’Église. Il nous permet de comprendre que l’Église est un grand mystère d’espérance : elle est dans le Christ comme le Sacrement, c’est-à-dire le signe et le moyen de l’union intime avec Dieu et de l’unité de tout le genre humain. Aucune autre religion ne peut se prévaloir d’une si belle et si grande mission, car seule la religion chrétienne a été fondée par le Fils de Dieu qui s’est fait homme ! Les baptisés ne doivent pas avoir peur de faire connaître l’Église et les trésors que Jésus lui a confiés. Aimons l’Église, servons-la, défendons-la et soyons reconnaissants à Dieu d’en faire partie. Rougir de l’Église, ce serait rougir de Jésus et renier notre espérance chrétienne !
I-6) Le combat de l’espérance.
a) Le combat de l’espérance au niveau personnel :
l’espérance, comme la Foi, s’exerce dans le combat parce que l’on ne possède pas encore ce que l’on espère et que l’on ne sent pas la grâce qui agit en notre âme. Il n’est pas contradictoire du tout que la vertu théologale d’espérance cohabite avec l’angoisse, la peur et les pleurs, qui sont des sentiments humains ou des conséquences de ces sentiments. La Constitution pastorale de Vatican II sur l’Église dans le monde de ce temps porte les noms de joie et d’espérance : gaudium et spes. Mais deux mots suivent immédiatement dans l’introduction de ce texte : « luctus et angor » = pleurs et angoisse. Ce titre révélait la mission de l’Église dans le monde de notre temps : elle partage les pleurs et les angoisses des hommes de ce temps tout en leur annonçant la Bonne Nouvelle du Salut. Cette annonce de l’évangile, qui est le but principal de la vertu d’espérance, prédomine, c’est pour cela que l’Église veut être témoin dans le monde de la « joie et de l’espérance du Salut », mais cette même Eglise compatit aux souffrances des hommes de notre temps, elle ressent avec eux tristesses et angoisse. Elle est divine tout en étant très humaine.
Jésus ne s’est jamais découragé. Il est notre grand modèle. Au Jardin des Oliviers, pourtant, Il a sué de l’eau et du sang en demandant à son Père que le calice s’éloigne de lui ; sur la Croix, Il a vécu le psaume 21 : « mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? Dans la nuit spirituelle la plus éprouvante, Il a remis en toute confiance son esprit au Père : « Père, entre tes mains je remets mon esprit ».
La Sainte Vierge a vécu héroïquement l’espérance chrétienne en ressentant de grandes angoisses. Lorsqu’elle retrouve Jésus au Temple, après l’avoir recherché pendant 3 jours, elle Lui dit : « ton père et moi tout angoissés, nous Te cherchions ». Dans son Encyclique sur la Sainte Vierge, en 1987, St Jean-Paul II avait laissé entrevoir l’héroïcité de son espérance. Au pied de la Croix, en effet, plus qu’Abraham, elle vit le martyre suprême de l’espérance. Ce qui se réalise est en totale contradiction avec ce que l’Archange Gabriel avait dit : Dieu donnerait à son Fils le trône de David et Il règnerait sur la Maison de Jacob. Au lieu de trône, Il est cloué sur une Croix ! Une couronne d’épines Lui tient lieu de couronne royale ! L’espérance de la Vierge Marie est mise encore plus à l’épreuve que celle d’Abraham : Dieu a arrêté le bras d’Abraham afin qu’il n’immole pas son fils unique Isaac. Dieu n’a pas arrêté le bras des bourreaux de Jésus : Il est mort crucifié ! Le martyre de l’espérance, la Vierge Marie le vivra jusqu’à l’Assomption : elle ne ressent pas la présence de son Fils dans l’Eucharistie, elle vit dans la solitude de la nuit obscure de la Foi.
Mettons en pratique ce que disait Saint Bernard : lorsque nous sommes tentés de découragement, regardons l’étoile et invoquons Marie ! En priant le Salve Regina, pensons aux paroles que nous disons : Vita dulcedo et Spes nostra salve = notre espérance : salut !
Les martyrs ont connu la peur humaine devant les souffrances qui les attendaient. La lettre de Thomas More à sa fille avant sa décapitation en témoigne. Mais, en même temps, fortifiés par l’Esprit Saint, ils ont surmonté leurs peurs et leur angoisse !
Le combat est augmenté par les tentations du démon : il vise et combine sans cesse pour décourager. Ne sous-estimons pas son action ! Il nous fait revoir notre passé pour nous montrer que nous sommes bien misérables et il tente sur le futur en faisant croire que nous n’y arriverons pas. Il peut aussi tenter par la témérité : « tu y arriveras bien tout seul ». L’espérance chrétienne, ne l’oublions jamais, est un juste milieu entre la témérité et le découragement. Ne soyons ni téméraires comme Pierre qui pensait ne jamais abandonner Jésus ; ne nous décourageons pas comme Judas qui n’a pas espéré en la miséricorde. Surtout ne restons jamais seuls dans la tentation : ouvrons-nous à ceux qui ont grâces d’état pour nous aider. Ainsi nous ne nous découragerons jamais ! Mais attention : Satan est persévérant. Soyons nous aussi patients, confiants et persévérants et veillons et prions sans cesse !
Pour vraiment connaître Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, il faut lire le livre de Monseigneur Gauchet sur la Passion de Thérèse de l’Enfant Jésus. On comprend alors que sa résolution : « je ne me découragerai jamais » n’était pas seulement une belle phrase. Elle a été très tentée contre l’espérance, mais elle a remporté une magnifique victoire ! Jésus l’a conduit en toute sûreté vers le Port du Salut.
Nous connaissons très mal les combats de Marthe Robin. Comme la petite Thérèse, elle a dû être très tentée contre l’espérance, peut-être même plus qu’elle ! Quels combats effrayants n’a-t-elle pas dû mener, chaque semaine, en revivant la Passion de Jésus et en subissant les assauts de l’enfer qui s’acharnait sur elle, pauvre petite paysanne de la Galaure ! Quelle est grande et héroïque son espérance ! Chaque semaine, le Père Finet devait l’encourager, tant elle devait avoir peur de vivre le nouveau combat qui l’attendait !
L’espérance se vit aussi dans un certain combat psychologique, parce que l’on ne ressent pas la grâce de Jésus. Jeanne d’Arc a eu cette réponse inspirée aux juges qui lui tendaient des pièges pour la faire condamner et lui demandaient si elle était dans la grâce de Dieu : « si j’y suis Dieu m’y garde, si je n’y suis pas, Dieu m’y mette ! ». Le Saint Padre Pio, qui a consolé tant de personnes, était toujours tourmenté pour son salut éternel : il avait peur d’être damné ! Son conseiller spirituel devait le rassurer très souvent ! Cela montre une fois de plus que la vertu d’espérance peut cohabiter avec le tourment ou l’angoisse et que l’on a besoin de s’ouvrir à quelqu’un qui a grâce d’état pour aider avec les lumières de Jésus !
b) Le combat de l’espérance au niveau de la société :
St Jean-Paul II est revenu souvent sur cette citation de Saint Pierre (1 P 3, 15) : « Soyez toujours prêts à justifier l’espérance qui est en vous devant ceux qui vous en demandent raison ». Le combat de l’espérance au niveau de la société, c’est le combat contre tous les athéismes théoriques et pratiques que nous connaissons depuis le siècle des lumières. Ces combats sont bien loin d’être terminés. Le temps des persécutions n’est pas encore derrière nous ! Après les terribles persécutions marxistes - que certains chrétiens endurent encore, ne l’oublions pas, en Chine et en d’autres pays, - voici les persécutions islamistes, terroristes et, d’une manière non sanglante, laïcistes. Les lois sur l’homophobie risquent d’ouvrir une nouvelle ère de persécution : celle de la fidélité à la Loi morale naturelle ! Satan peut susciter bien d’autres persécutions. N’oublions pas les meurtres de prêtres et d’enfants dont l’origine peut venir de rites sataniques !
c) Comment remporter le combat de l’espérance ?
Notre Père fondateur est notre guide et notre grand témoin de l’espérance. Il nous a sans cesse rappelé trois maîtres mots : patience, persévérance et confiance. Il nous invite en ces temps où le combat de l’espérance pourrait être de plus en plus difficile à être fidèles.
I-8) La vertu théologale d’espérance et la sainteté.
La vertu théologale d’espérance devrait nous permettre d’agir, tout en ressentant notre faiblesse, avec la Force de Dieu. Plus cette vertu grandira, plus nous réaliserons ce que Jésus a dit à Saint Paul : « ma grâce te suffit, ma Puissance se déploie dans la faiblesse » (2 Co 12, 9). Saint Paul est le grand modèle de l’espérance. Puissions-nous, à son exemple, ne reculer devant aucune adversité : ni les naufrages, ni les flagellations, ni la lapidation, ni les emprisonnements, ni les persécutions de ses frères de sang, rien ne l’a jamais arrêté. Il a combattu le bon combat, il a reçu au Ciel sa récompense méritée !
Comment être témoins de l’espérance dans un monde aussi difficile ?
Jésus répond par les Saints de la petite voie : la sainteté ne consiste pas en des action d’éclat, des exploits qui pourraient alimenter l’orgueil, mais en la fidélité dans l’observance de son devoir d’état. Si, avec humilité, nous demandons chaque jour à Jésus les grâces dont nous avons besoin, nous pourrons jouir de la sérénité de Sainte Félicité qui, après avoir enfanté dans la douleur quelques jours avant son martyre, répondait à son geôlier qui voulait la décourager : « Maintenant c’est moi qui souffre ce que je souffre. Mais là-bas, un autre sera en moi qui souffrira pour moi parce que moi aussi je dois souffrir pour lui ».
Si nous n’avions pas la vertu théologale d’espérance il y aurait vraiment de quoi désespérer de la sainteté, mais nous possédons cette vertu et nous savons, avec une ferme confiance, que nous pourrons toujours compter sur la Miséricorde infinie de Jésus pour atteindre la sainteté. Cette sainteté ne consiste pas nécessairement à ne jamais faire de péché, mais à ne jamais rester par terre lorsque l’on est tombé.
Sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus a insisté auprès de ses sœurs pour que son dernier message qu’elle ne pouvait plus écrire soit transmis : ce n’était pas parce qu’elle n’avait jamais commis de péché grave qu’elle avait une confiance inébranlable en la Miséricorde divine, car même si elle avait commis les crimes les plus horribles, elle aurait gardé la même confiance ! Finalement l’espérance chrétienne est un acte de confiance absolu en la divine Miséricorde révélée dans le Cœur de Jésus !
Benoît XVI, dans son Encyclique sur l’espérance, a cité comme témoins d’espérance des êtres humains qui ont beaucoup souffert : la petite esclave soudanaise : Joséfine Bakhita, le Cardinal vietnamien, Van Thuan, le martyr viet-namien Paul Le Bao Tinh. ajouter : le Saint Padre Pio, Marthe Robin, Jean-Paul II, et pour nous : nos Père et Mère ! Ces témoins de l’évangile de la souffrance révèlent la vraie nature de l’espérance chrétienne dont le fondement est le mystère de la Rédemption.
Notre Fondateur aimait beaucoup cette prière : « Ô Crux Ave, Spes unica » = Ô Croix, Salut, mon unique espérance ! Au numéro 38 de Spe Salvi, Benoît XVI a clairement affirmé que l’espérance d’un monde sans souffrance et sans mort était une fausse espérance : « La mesure de l'humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n'est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine ». Benoît XVI a ainsi montré, à la suite de St Jean-Paul II, que l’espérance chrétienne donne lumière, force et consolation à tous les hommes qui doivent passer par la souffrance et la mort. La souffrance et la mort, cependant, n’ont pas les derniers mots : l’homme n’est pas destiné à l’anéantissement éternel, il a été créé par Dieu pour la Vie éternelle !
Conclusion
Par cette récollection de foyers, Jésus veut faire grandir votre espérance. Il sait qu’il n’est pas facile de vivre l’esprit de famille que Dieu veut. Les temps sont difficiles ! Vous pouvez ressentir bien des angoisses et même pleurer bien amèrement. Mais ne craignez pas : Jésus est là ! Sa grâce se déploie dans notre faiblesse, malgré nos défauts. Il vous aidera toujours à vous aimer amoureusement et à aimer vos enfants. Le monde a besoin de votre témoignage d’espérance, il a besoin aussi du témoignage de votre vie de famille. N’oubliez pas le message que St Jean-Paul II avait donné lors du premier rassemblement mondial des familles à Rome : « famille tu es gaudium et spes = joie et espérance » !