Un petit tour en Brière
Entre terre et eau...
Le jour point. La brume épaisse libère de ses chaînes envoûtantes le paysage de terre et d’eau, les marais de la Brière. Le voile se lève, le chaland (barque à fond plat) vous entraîne dans un univers particulier où les routes sont des canaux et les horizons des plaines inondées, argentées par le soleil. Les nénuphars blancs et les iris jaunes balisent les curées (canal périphérique) et les piardes (plans d’eau). Le silence de cette balade aquatique revêt des atours de grandeur et de simplicité.
- Où sommes-nous, demande le voyageur ? Quelle est cette terre où nombre d’oiseaux se donnent rendez-vous sur les rives, où hérons, busards des roseaux, sarcelles, spatules et… ragondins sont des hôtes familiers ? - Sommes en Brière monsieur, la Grande Brière.
Vous voguez au cœur du deuxième plus grand marais de France, juste derrière la Camargue. Ce marais de 70 km² vous enchante ? Rien d’étonnant. Derrière ses digues formées par les alluvions de la Loire, une immense tourbière de 40 000 hectares s’est développée, laissant émerger sept îles en son cœur.
- Vous êtes en Brière monsieur. Ici, le charme des yeux est sublimé par celui des habitants. Ils accueillent. Ils sont emprunts, en leur cœur, de mélancolies oubliées. Ils sont un peuple. Un peuple fier d’arborer ses armoiries : fond blanc à croix noire centrée et cantonnée, « ar groaz du », premier drapeau national breton. Cette croix noire est, ici, bordée d'or. Aux cantons deux et trois, un champ d'hermine, rappelant la disposition de celles du « Gwenn ha du ». Aux cantons un et quatre, fond vert chargé d'un canard des marais d'or.
- Vous êtes en Brière monsieur. Au nord de l’estuaire de la Loire, entre Guérande et Blain, entre Terre et Mer, entre Ciel et Terre. La Loire abreuve, le Brieron s’abreuve. Il chasse, il pêche, il renoue avec les vieilles traditions passées. Il se rappelle, à l’est, Savenay et le massacre révolutionnaire. Il se souvient, à l’ouest, des remparts de Guérande, de ses marais salant les barattes. Par leur sel, le beurre ‘’fade’’ deviendra ‘’aux cristaux’’. C’est la magie du grain exhausteur de goût.
Le goût des balades ? En vélo cette fois-ci, non pour contenter les écolos mais seulement pour recouvrer, en silence, de doux moments de famille. Si la pluie y ajoute son grain de sel, elle devient une forge, la forge du caractère, celui de granit.
On se souvient, au nord, de Montfort à Pontchâteau. On pleure sur la Loire, au sud, la rivière de Turreau, celle de Carrier. L’eau a passé sous le pont de Saint-Nazaire dit-on. Pourquoi remuer le couteau dans la plaie ? C’est le devoir de mémoire, c’est l’hymne national Breton. C’est le « Bro Gozh ma Zadou », c’est le « vieux pays de nos Pères ».
- Nous sommes en Brière monsieur, et lorsque vous voguez sur ces flots, vous filez doucereusement le long d’un cours chargé d’eau et d’histoire. La petite histoire, celle de nos campagnes et de nos marais, celle qui a vu jouer nos enfants et les ont vu revenir de temps en temps. Celle de nos églises et de nos cités, fortifiées parfois, en toit de chaume par endroits. Voici la Brière de nos Pères. Celle des « gars d’chez nous » !