Journal de voyage
Une femme de l'Antiquité raconte son pèlerinage en Terre Sainte
Faire un pèlerinage aujourd’hui est plutôt facile si nous nous en donnons les moyens. Nous pouvons partir seul ou à plusieurs, par nos propres moyens ou par le biais d’une organisation. Se donner les moyens, c’est ce qu’a fait une femme à la fin du IVème siècle ou au début du Vème. En effet, en 1884, dans un couvent d’Arezzo en Italie, un manuscrit a été découvert, narrant le pèlerinage d’une noble dame romaine. Cependant, ce manuscrit nous est parvenu incomplet. Il n’y a ni début, ni fin. Ainsi, notre pèlerine se trouve dans la région du Sinaï dès le début du texte sans que l’on sache comment elle y est arrivée. Et le récit se termine brusquement, au milieu d’une phrase, alors que le pèlerinage n'a pas atteint son terme : « Le quatrième jour… »
Le manuscrit ne nous donne ni le nom du destinataire ni celui de l’auteur. De brillants spécialistes se sont penchés longuement sur cette question. En ce qui concerne le destinataire, la pèlerine s’adresse à plusieurs reprises à ses « sœurs » sans fournir plus de précisions. Mais, c’est sur le nom de la pèlerine qu’ils ont beaucoup réfléchi. Certains ont vu dans cette femme la fille de l’Empereur Théodose, Galla Placidia. D'autres pensent qu'il s'agit de Silvia, la sœur de Rufin d’Aquitaine. C’est d’abord ce deuxième nom qui s’imposa, et ainsi des revues spécialisées publièrent le manuscrit sous le nom de Silvia, journal de voyage. Cependant, en 1903, un bénédictin relança le débat en établissant un lien entre ce manuscrit et une lettre du VIIe siècle dans laquelle un moine faisait l’éloge d’une certaine Ethérie qui avait fait un pèlerinage de plusieurs années sur les lieux saints et en Égypte. Il vantait les mérites de cette femme qui avait osé entreprendre un long et dur voyage. Ce moine la mentionne une fois dans sa lettre comme la vierge Ethérie. Nous pouvons donc supposer qu’elle faisait partie de l’ordre des vierges. Et de cela nous pouvons en déduire que ses « sœurs » ne sont peut-être pas des sœurs naturelles, mais d’autres vierges consacrées.
Venons-en maintenant au contenu du texte, qui présente un intérêt dans plusieurs domaines. En premier, Ethérie nous fournit de nombreux renseignements topographiques sur les lieux que le peuple d’Israël a traversés lors de sa sortie d’Égypte et de son exode pendant quarante ans. En effet, elle nous décrit la montagne du Sinaï, ainsi que les endroits précis où Moïse vit le buisson ardent et où il reçut de Dieu les tables de la loi. Ces lieux et bien d’autres étaient connus en ces premiers siècles, et des moines s’installaient dans les parages pour prier et les faire découvrir aux pèlerins. De fait, Ethérie raconte à de nombreuses reprises le bon accueil de ces moines qui l’accompagnaient à chaque fois sur les lieux.
Le deuxième grand intérêt de ce journal de voyage est d’ordre liturgique, car notre pèlerine a pu assister aux nombreux offices de Jérusalem. Nous avons ainsi des détails précis sur la liturgie des lieux saints.
Nul doute que Silvia ou Ethérie a reçu de nombreuses grâces... parce qu'elle s'en est donné les moyens. Et vous, quelle est votre prochaine destination de pèlerinage ?

