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Les langues s’influencent-elles mutuellement ?

Publié le dans la rubrique (In Altum n° 179)

L’exemple des langues européennes

 

« Je passe le week-end dans un pyjama un peu kitsch en mangeant des bretzels sucrés au chocolat ». Les linguistes savent depuis longtemps que les locuteurs d’une langue empruntent facilement certains termes à d’autres langues parfois très éloignées. Dans notre exemple, vous aurez reconnu les origines anglaise (week-end), persane (pyjama), allemande (pour les deux termes kitsch et bretzel), arabe (sucre) et nahuatl (chocolat). Cette évidence linguistique ne fait l’objet d’aucune difficulté.

Il est d’autres espèces d’influence qui sont plus subtiles. Dans les années 1920, un linguiste du nom de Troubetskoï – dont la sonorité nous dispense d’indications sur sa provenance – a mis en évidence l’existence de similitudes entre certaines langues voisines de la région eurasienne, alors même que certaines d’entre elles ne sont pas apparentées généalogiquement (par exemple le finlandais, qui n’est pas une langue indo-européenne, tandis que le russe en est une). Plus tard, à partir de ce constat, a été élaboré le concept d’aires d’influence linguistique ou de convergence linguistique. Il s’agit de zones géographiques dans lesquelles différentes langues présentent des similitudes qui ne s’expliquent pas nécessairement par leur origine commune.

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En 1939, un autre linguiste, Whorf, identifie, au sein des langues européennes, différents traits qui le conduisent à penser que ces langues constituent une aire d’influence linguistique, dont le cœur serait le français et l’allemand, autour duquel de nombreuses langues graviteraient. C’est ainsi qu’il élabore le concept de Standard Average European, Européen Moyen Standard, s’étendant de l’Islande à la Grèce, différent de la notion de langue indo-européenne et présentant certaines ressemblances troublantes.

Certaines de ces similitudes semblent de prime abord sans intérêt puisqu’il est à présent bien établi que les langues romanes sont issues du latin, que les langues germaniques et scandinaves sont issues du gothique et que latin et gothique ont également un ancêtre commun. Néanmoins l’intérêt apparaît dès lors que l’on note que ces ressemblances n’existent pas dans les langues anciennes dont elles sont issues.

Dans de nombreuses langues européennes, il en va ainsi du parfait, c'est-à-dire ce temps grammatical indiquant qu'une action est achevée ou parfaite (le terme parfait est à comprendre dans son sens étymologique, signifiant « fait jusqu’au bout », c'est-à-dire achevé). Ces langues peuvent former un parfait à l’aide de l’auxiliaire avoir et d’un participe passé. Ainsi en français « j’ai fait » renvoie à une action réalisée dans le passé. De même « ich habe geschrieben » en allemand ou bien même « échô grapseï  » en grec moderne. Or ce qui est étonnant, c’est que ni le latin, ni le gothique, ni le grec ancien ne disposent de la possibilité d’une telle formation pour leur parfait.

C’est en 2011 qu’Haspelmath identifie ainsi douze traits grammaticaux propres aux langues européennes et qui leur sont exclusifs ou quasi-exclusifs, telle que la présence simultanée d’articles définis et indéfinis (« le, la » et « un, une »), des propositions relatives placées après le nom qu’elles qualifient, la possession exprimée par le datif (« je lui ai lavé les cheveux », où lui est complément d’objet indirect, mais sa valeur est possessive). La liste n’est pas exhaustive mais les autres traits sont plus techniques.
Comment ne pas voir dans ces communs éléments un signe de l’influence qu’exercent mutuellement des langues voisines ? Bref, mon français a de l’influence dans le monde entier.

Crédit photo : © CC BY 4.0 – famvin.org

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