File la laine, file les jours...
Avec le printemps, vient le temps de la tonte des moutons ! « Pauvres moutons, qu’on a tondu pour de la laine… » me chanterez-vous peut-être… Mais détrompez-vous : si sa première utilité est de récupérer la laine qui forme leur toison, la tonte est aussi une nécessité pour le bien-être et la bonne santé des ovins. En effet, la laine est une fibre dont la pousse est continue. Un mouton ou une brebis que l’on ne tondrait pas se retrouverait bientôt enveloppé d’un cocon pesant de laine feutrée, sale, humide et moisie, repaire potentiel de nombreux parasites. Et avec l’arrivée des chaleurs, moutons et brebis se portent mieux sans leur épaisse toison de laine ; s’ils ont trop chaud en effet, ils ne mangent plus et chaument, à la recherche d’un coin d’ombre… Au contraire, la tonte stimule l’appétit des bêtes et augmente la vigueur des mâles. Au-dessus de 10 °C, un mouton fraîchement tondu et en bonne santé n’a pas froid, à condition qu’il ne soit pas mouillé ou en plein vent, et quelques centimètres de laine suffiront à le protéger du soleil estival. Autre avantage : le fait d’être tondu gagne de la place en bergerie et à la mangeoire !
La tonte des moutons est le plus souvent assurée par des tondeurs professionnels : leur savoir-faire leur permet de tondre un mouton en quelques minutes. Quarante-trois passes de tondeuses : c’est le nombre moyen nécessaire pour tondre un mouton adulte. Pour faciliter la tonte, il est bon que les animaux transpirent légèrement, ainsi le suint (sueur) se liquéfie et permet une meilleure pénétration de la tondeuse dans la toison. Pour cela, on va les serrer (sans exagérer !) dans un parc d’attente ; d’instinct grégaire, les moutons sont d’ailleurs rassurés lorsqu’ils sont serrés les uns contre les autres !
Puis vient le moment de s’occuper de la laine. Plusieurs étapes sont ici nécessaires.
Le tri de la laine d’abord. Une belle laine doit être exempte d’autres matières (pailles, ficelles, excréments). Elle doit être de couleur homogène, assez longue, souple, résistante et élastique, légèrement grasse et non feutrée. Il s’agit donc d’ôter les fibres trop courtes (qui pourront être revendues pour la fabrication d’isolant de bâtiment), trop grossières et/ou souillées ainsi que les éventuels débris.
Puis la laine est conditionnée dans des « curons » (de grands sacs de toiles) et envoyée au lavage. La laine de mouton est couverte de suint et de gras qui, avec la terre, représentent de 40 à 70 % du poids de la toison. L’objectif du lavage est donc d’écarter ces trois composantes, à l’aide de bains d’eau chaude et de lessive. Les toisons sont lavées entières ou préalablement passées au « loup », une roue dentée qui les découpe en gros flocons, puis soigneusement séchées.
Ensuite vient le cardage qui a pour but d’aligner les fibres de laine, de les « peigner » en quelque sorte. Pour cela, la laine passe entre plusieurs séries de rouleaux munis de petites dents : les cardes. Vient enfin le filage : la laine cardée est séparée, étirée et entortillée sur elle-même pour créer des fils. Cette étape, que nos grands-mères réalisaient sur des rouets, est aujourd’hui prise en charge par des machines appelées « fileuses ». Mise en pelote, la laine est maintenant prête à être tricotée !
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