Nazisme : comment a-t-on pu en arriver là ?
Le racisme d’État a été préparé par d'innombrables travaux scientifiques et philosophiques
« Il est faux de considérer la science de la race comme une création de toutes pièces des nazis [...] La raciologie formait l'aboutissement de l'anthropologie physique allemande sous l'influence de la biologie darwinienne et de la nouvelle génétique dans le premier tiers du XXe siècle. » (B. Massin)
Dès 1684, dans La Revue des Savants, le médecin Bernier rompt avec la logique géographique qui prévalait jusqu’alors dans l’appréhension des groupes humains. Il avance l’idée que les hommes puissent être classés selon leurs caractéristiques physiques, en distinguant « quatre ou cinq races humaines ». À l'opposé de la doctrine chrétienne, ce courant de pensée place l’homme comme élément de la nature et non comme son métayer, lui faisant perdre la position privilégiée que lui attribuait la Genèse.
Au XVIIIe siècle, Buffon reprend l’idée que le blanc serait la couleur originelle de l’homme, les colorations sombres évoquées autrefois par la malédiction de Canaan dans la Bible étant selon lui le produit d’une dégénérescence due à l’éloignement de la zone climatique tempérée. Par la suite, la couleur de la peau est complétée par d'autres critères dans la définition des races : la taille du cerveau, mesurée par la craniométrie, la forme du crâne et des mâchoires, ainsi que la taille des os du squelette. Quant à Darwin, il pense aussi à l’espèce humaine lorsqu’il donne comme sous-titre à l'Origine des espèces : La préservation des races favorisées dans la lutte pour la vie. Une supposée bestialité des races primitives se voit intégrée désormais dans une idéologie générale d’évolution de l’humanité.
Arthur de Gobineau, dans son Essai sur l'inégalité des races humaines, est présenté comme le théoricien du racialisme. Reprenant ses thèses en 1899 dans l'ouvrage qui le rendit célèbre, La Genèse du XIXe siècle, Chamberlain soutient que la race indo-européenne (dite aryenne) est l'ancêtre de toutes les classes dirigeantes et qu'elle subsiste à l'état pur en Allemagne. Son œuvre lui vaut d'être invité à la cour du Kaiser Guillaume II. Comme ce dernier, Chamberlain fréquente les milieux intellectuels wagnériens et épousera la fille du compositeur. Il impose peu à peu une lecture nationaliste et même antisémite des textes de son beau-père. La mythologie wagnérienne devient une glorification de l'âme germanique dans toute sa force primitive. Mentionnons enfin l'américain Madison Grant, qui influença fortement les dirigeants nazis. Hitler lui écrivit personnellement pour le remercier d’avoir écrit « sa Bible ».
La politique raciale du IIIe Reich est maintenant parvenue à maturité. Pour assurer "l'hygiène raciale", la loi de stérilisation, dont le principal auteur est Ernst Rüdin, autorité internationale en psychiatrie génétique, permet aux médecins de stériliser toute personne ayant une maladie jugée héréditaire : handicapés mentaux, malades neuropsychiatriques graves, sourds-muets ou aveugles de naissance, alcooliques profonds, etc. C'est le premier chaînon menant à l'Holocauste. N'oublions pas que cette loi est à l'époque approuvée par la Société Américaine d'Eugénisme, qui propose d'en faire un modèle pour les États-Unis... Le nazisme est-il si loin de nous ?

