« Chacun à son poste ! »
« Quoi d’neuf Jipsou après ces mois estivaux ? » - Ah ! Si vous saviez tout ce que l’on apprend en contemplant la nature !... Saint Paul VI nous exhortait ainsi : « Je vous recommande l’émerveillement, l’étonnement, comme si nous découvrions sous chaque chose quelque chose de nouveau... » Ainsi, j’ai encore beaucoup à vous raconter.
Observez le littoral, la mer, la plage, les dunes, et, en arrière-plan, le marais ; quel artiste est capable de réaliser un paysage si diversifié et si harmonieux ? Le bord de mer n’est pas simplement un lieu pour se baigner, se reposer, naviguer et jouer, mais c’est comme un grand navire où chacun a un poste à tenir, même les choses répugnantes.
Voyez simplement l’amas d’algues à la lisière de la plage : les « laisses de mer » sont déposées par le mouvement des vagues à la marée haute. Elles indiquent donc le niveau quotidien de chaque marée haute ; elles sont en outre un refuge pour un grand nombre d’invertébrés, de puces de mer, larves de mouches et coléoptères qui jouent le rôle d’éboueurs et de décomposition : grâce à leurs pinces ou leurs mandibules, ils réduisent algues et déchets organiques en compost.
Cette microfaune est elle-même très recherchée et appréciée par les échassiers marins tels que le gravelot, l’aigrette ou les chevaliers qui, avec leur long bec fin et pointu, fouillent le goémon dès le retrait de la mer. Ces derniers assurent par le fait même la régulation de cette microfaune et la propreté du littoral.
Les « laisses de mer » sont encore le site de nidification favori du gravelot ; alors veillez à ne pas les déranger ni à y toucher !… Elles constituent enfin un maillon-clef de l’éco-système côtier : les vagues font échouer d’autres variétés d’algues qui contribuent fortement à la formation de la dune. – Que veux-tu dire, Jips ? – Comme vous le savez, les algues sont un bon engrais marin naturel. Loin d’être inutiles, elles favorisent, en se décomposant, la germination et le développement des plantes pionnières de la plage, telles que le Cakilier, l’Arroche des sables, le Pourpier de mer ou la Soude brûlée, et elles enrichissent le sable en matière organique, en sels, en composés azotés, pour la joie desdites plantes, qui s’installent sur le haut de la plage et assurent la stabilité de la dune par leurs racines profondes. Ces espèces supportent le sel et la sécheresse grâce à la protection de leurs feuilles grasses. Leurs racines, à leur tour, forment un abri pour les plantes vivaces qui jouent un rôle de fixation du sable pour former et maintenir la dune dite « embryonnaire ».
Voyez comme tout cela est lié ! Et quelle organisation, n’est-ce pas ? Et ceci engendre, par la suite, le développement et le maintien de tout un éco-système constitué de végétaux, d’insectes et autres espèces animales qui embellissent, régulent et égaillent ce havre de paix, même si mouettes et goélands ne cessent de crier…
« Ô Seigneur, notre Dieu, tout cela, ta Sagesse l’a fait ! » (cf. Ps 103.)

