Culture - page 9
Le David polonais contre le Goliath turc
Quand le seul le désir d’œuvrer pour la plus grande gloire de Dieu assure la victoire et le salut.
En 1683, trois cent mille Turcs commandés par le grand vizir Kara Mustapha assiègent Vienne depuis le 14 juillet. Si la ville tombe, rien ne les empêchera de prendre Rome. Face au danger, Innocent XI ne put compter que sur le roi de Pologne, Jean III Sobieski. Le Pape envoya le bienheureux Marc d’Aviano, capucin, pour décider le roi, qui se trouvait en pèlerinage à Częstochowa. Convaincu, le souverain se mit en route avec son armée le 15 août et arriva en vue de Vienne le 10 septembre.
Le 12 septembre 1683, le roi servit la messe célébrée en l’honneur de la Vierge Marie par le père Marc d’Aviano : il communia, adouba son fils et prit la tête de l’armée polonaise à laquelle s’étaient jointes celles du duc de Lorraine et du prince de Waldeck. Il invoqua le Saint Nom de Marie et appela sa protection sur son armée. Les armées réunies comptaient trois à cinq fois moins de soldats que les Turcs. « Aujourd’hui, s’écria-t-il, il y va tout ensemble de la délivrance de Vienne, de la conservation de la Pologne et du salut de la chrétienté entière ! »
Le père Marc bénit les soldats et leur prédit la victoire puis, au lieu de terminer par « l’Ite missa est », il cria : « Ioannes vinces ! » (« Jean vaincra ! ») Jean Sobieski, en chargeant, s’écria : « Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam ! Non pas à nous, Seigneur, non pas à nous, mais à Votre Nom donnez la gloire (Psaume 113) ».
L’armée des coalisés va harceler l’armée turque tout le jour, et la valeureuse cavalerie polonaise assaillir le campement du vizir Kara Mustafa. C’est la déroute pour l’armée turque, le vizir doit fuir. Dans Vienne délivrée, Jean Sobieski avec ses généraux se rend à l’église des Augustins devant la statue de Notre-Dame de Lorette pour lui rendre hommage. Sobieski envoie à Innocent XI les étendards turcs capturés avec un mot reprenant la citation de Jules César "Veni, vidi, vici" (Je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu), mais en la modifiant ainsi : "Venimus, vidimus, Deus vincit” (Nous sommes venus, nous avons vu, Dieu a vaincu). Le 25 novembre, un décret établissait la fête du Saint Nom de Marie pour le dimanche dans l’octave de la Nativité de la Vierge Marie. Plus tard, elle fut déplacée à la date anniversaire de la bataille : le 12 septembre. Cette fête disparue en 1970 mais fut rétablie en 2002 par le Pape saint Jean-Paul II.
Pour conclure, voici une petite anecdote pour montrer l’influence de cette victoire au niveau culinaire. Le croissant fut créé par les boulangers viennois suite à la victoire. En effet, durant le siège et avant sa levée, les Ottomans avaient tenté de prendre la ville par le biais de galeries creusées sous les remparts. Les boulangers, qui travaillaient de nuit, entendirent les Turcs creuser les galeries et donnèrent l’alarme, ce qui permit de déjouer leurs plans. Quant au cappuccino, son nom vient du bienheureux Marc d’Aviano, capucin (cappuccino en italien) ; les Turcs en s’enfuyant avaient laissé des sacs de café dont le religieux fit une boisson.

