Voyage apostolique du Saint-Père Léon XIV en France
Extraits d'interventions du pape
(par ordre chronologique)
Discours aux autorités, à la société civile et au corps diplomatique
[…] C’est pour moi une grande joie d’être parmi vous aujourd’hui. […] La France est aussi une terre aux riches racines chrétiennes. Depuis saint Irénée et le baptême de Clovis, l’âme de votre patrie s’est déployée en puisant dans le christianisme un génie spirituel, culturel, intellectuel, artistique et missionnaire, qui rayonne aujourd’hui à travers le monde. [...] Cette attention permanente à la dignité inhérente à toute personne humaine trouve un écho dans votre devise nationale. La liberté, l’égalité et la fraternité ne sont pas de simples mots gravés sur les frontons de vos édifices publics, mais renvoient à des exigences éthiques universelles qui trouvent aussi dans le message évangélique une source inépuisable d’inspiration et d’accomplissement.
Célébration des Vêpres avec les évêques, prêtres, diacres, personnes consacrées et séminaristes
[…] Frères et sœurs, nous ne devons pas oublier que la finalité pour laquelle ce Temple, comme toutes les autres églises, a été érigé, est la prière et la louange de Dieu. C’est le lieu où la communauté chrétienne célèbre la forme la plus élevée de prière et de louange, en renouvelant dans l’Eucharistie le sacrifice rédempteur du Christ. La cathédrale n’est pas une enveloppe de pierre à admirer : elle vit du mystère sacré qui y est célébré. Vidée de l’action liturgique, elle perdrait son âme. Ici, à Notre-Dame, cette vérité est mise en évidence par la disposition de l’autel au centre de l’espace. Ainsi, la communauté qui loue le Seigneur se trouve au cœur de l’édifice et les visiteurs, même pendant les célébrations, marchent autour d’elle et l’observent. L’Église y apparaît pour ce qu’elle est : un organisme vivant, une communauté croyante qui rassemble dans la louange tout ce que la culture et la Tradition lui transmettent. Elle est un Corps qui, en célébrant, dit à chacun la raison pour laquelle elle existe. […]
À vous qui célébrez quotidiennement l’Eucharistie, je demande de veiller à ce que les célébrations liturgiques soient toujours vécues avec dignité et convenance, même là où de plus petites communautés se rassemblent. Soyez les héritiers conscients des Pères et des Saints de l’Église qui, au fil des siècles, nous ont transmis la signification profonde et la beauté de la liturgie, en témoignant toujours d’une grande humilité face au Mystère célébré.
Veillée de prière avec les jeunes au Stade de France
[...] L’homme s’égare lorsqu’il affirme que Dieu est mort. Si Dieu n’est pas avec lui, l’homme n’a plus de salut et perd le sens de son existence, qui se réduit à une impasse ou au néant. En revanche, celui qui dit : « Pour moi, vivre, c’est le Christ ! », fait exactement l’expérience du contraire. Dans le Christ, en effet, nous savons que Dieu n’est jamais indifférent à l’homme ! Par Jésus, crucifié et ressuscité, il donne sa propre vie pour que nous en vivions. Voilà donc la manière d’annoncer le Christ qui allie courage et respect : l’annoncer comme Évangile de salut ; comme parole de vérité et de vie. Cet Évangile est une bonne nouvelle pour tous, une annonce libératrice et une règle de vie nouvelle.
L’Évangile de Jésus, en effet, ne conduit pas au conflit, mais invite toujours au pardon : tandis qu’il éclaire le drame de l’histoire, il nous forme à la sollicitude fraternelle. La rencontre avec le Christ ouvre au dialogue et prépare à sa paix, car elle offre à chaque homme et à chaque femme la promesse la plus grande, qui comble tous les désirs : la promesse de la vie éternelle.
Chère Chloé, chers jeunes, l’expérience religieuse de toute personne exprime cette quête de sens qui anime l’âme humaine. En Jésus, le Rédempteur du monde, Dieu se laisse trouver en s’adressant « aux hommes comme à des amis » (Const. dogm. Dei Verbum, n. 2). Il est la source d’eau vive, la lumière dans les ténèbres. Dans la joie de la foi, proclamons donc ensemble, ce soir : pour nous, vivre, c’est le Christ ! Ensemble : « Pour nous, vivre c’est le Christ ! » [...]
Chers jeunes, lorsque vous discernez votre vocation, soyez certains que le Seigneur ne vous parle pas de manière confuse, mais il s’adresse à chacun par votre nom, et il vous invite à le suivre car il vous aime. En accueillant son Évangile, l’esprit clair et le cœur pur, vous comprendrez comment Jésus vous appelle à servir. Il s’agit toujours d’un don de vie : plein, fidèle, débordant d’amour. Pour vaincre l’angoisse ou l’incertitude, ayez le courage de dire un seul mot, simple et magnifique : merci. Merci, Jésus, pour ton amour.
C’est pourquoi maintenant, sans crainte mais dans la confiance et plein de joie, nous pouvons déjà dire tous, tous ensemble, à la suite des saints : Me voici Seigneur ! Tous ensemble : Me voici Seigneur !
Et je m’adresse à ceux d’entre vous – et ils sont nombreux ici ce soir – qui pensent entendre l’appel à suivre Jésus sur la voie du sacerdoce ou de la vie consacrée. Chers amis, l’Église en France a tant besoin de vous !... elle prie pour vous, elle vous attend. Chers amis, n’ayez pas peur de cet appel ! Ayez de l’audace ; ayez confiance en Jésus qui veut faire de vous ses plus proches amis : Il ne vous décevra pas et sera toujours à vos côtés ; votre vie sera merveilleusement belle et féconde.
Homélie sur la prairie du sanctuaire de Lourdes
Les textes que la Liturgie nous propose en ce dimanche rejoignent un aspect central du message que la Vierge Marie est venue confier à sainte Bernadette : un appel, tendre et pressant, à la conversion. Jésus pose dans l’Évangile un regard de vérité et de profonde tristesse sur les cœurs fermés : « Vous ne vous êtes pas repentis ! » (Mt 21, 32). Pourquoi cette blessure dans le Cœur du Christ ? Parce que Dieu ne veut pas la perte de ses enfants. Le prophète Ézéchiel nous le rappelle : « Tout homme qui commet le mal et meurt dans cet état, c’est à cause de son mal qu’il mourra », alors que s’il se convertit, s’il « ouvre les yeux et se détourne de ses crimes, c’est certain, il vivra, il ne mourra pas » (Ez 18, 26.28).
C’est pourquoi les appels à la pénitence résonnent sans cesse dans les Saintes Écritures, et traversent la prédication de l’Évangile au cours des siècles. Ils revêtent une gravité salutaire pour en manifester l’urgence et la nécessité : c’est aujourd’hui – pas demain – qu’il faut se convertir ; c’est aujourd’hui le moment favorable, le jour du salut (cf. 2 Co 6, 2). Oui, Dieu désire que l’homme vive, qu’il ouvre les yeux et retourne à Lui. Se convertir, c’est quitter les chemins de l’errance pour s’engager sur la voie de la vie, en ouvrant notre cœur à la seule joie qui ne passe pas.
Jésus lui-même ne mâche pas ses mots lorsqu’Il exhorte à la pénitence, comme nous le rapporte, par exemple, saint Luc : « Si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous » (13, 5). Mais Il élargit l’horizon de la vie terrestre à celui de la vie éternelle. Alors que le bonheur ici-bas est une réalité éphémère, relative, parfois hélas inaccessible pour certains, le bonheur véritable est en revanche promis à tous, en espérance ; et il devrait faire l’objet principal de notre recherche, de nos efforts et de nos choix. La Vierge Marie n’a-t-elle pas dit à sainte Bernadette : « Je ne te promets pas d’être heureuse en ce monde mais dans l’autre » ?
Cette promesse, proclamée ici-même, résonne avec une force particulière en cette terre de France et bouscule nos ment-alités contemporaines. Dans ce moment de l’histoire, au sein d’une société en quête de progrès et de bien-être matériel, mais parfois tentée d’oublier l’horizon de l’éternité, Marie vient nous rappeler la grandeur et l’ampleur de notre vocation à la vie, à la vie éternelle.
Salutation aux malades et à leurs accompagnateurs à l'Accueil Notre-Dame
Je sais que pour certains d’entre vous, en raison de pathologies particulières et de douleurs parfois terribles, l’horizon peut apparaître sombre, incertain, sans issue. Mais aucune loi humaine ne doit vous faire perdre la certitude de votre dignité. Au contraire, c’est au nom de cette dignité inaliénable de la personne humaine que la tentation de donner la mort sous couvert de fausse compassion doit être fermement rejetée. Il est impossible de considérer comme normal de donner la mort. Ce qui est légal n’est pas nécessairement moral.
Ici, à Lourdes, cité des malades et de l’espérance, j’appelle toute la communauté des soignants à se souvenir du sens profond de sa vocation : veiller sur la personne souffrante et non pas la supprimer. Oui chers amis, soyez des serviteurs passionnés de la vie ! Personne n’a le droit, jamais, « sur la base d’algorithmes de laboratoire, de décider de la vie de tel embryon ou de telle personne âgée ! Jamais la médecine ne pourra se faire la servante de la mort programmée ! » (Discours aux membres de la Fondation Jérôme Lejeune 2026).
En ce sens, je vous invite d’une part à développer sans relâche les structures de soins palliatifs et de recherche ; d’autre part à accompagner avec tendresse les malades, comme ici à Lourdes où médecins, infirmiers, brancardiers, aumôniers, équipes pastorales des malades, et tant d’autres encore exercent leur vocation au service de la dignité de la personne humaine, pour que le monde ait la vie. En soignant les corps, vous pansez aussi les âmes.
Discours après la procession aux flambeaux
« Je suis l’Immaculée Conception ! » C’est bien de cette manière que Marie s’est désignée ici-même, dans la plus grande humilité, mais reconnaissante à Dieu pour le privilège absolu-ment unique dont elle a eu la faveur et qui représente pour nous l’aurore du salut. Jésus a voulu, par les mérites de sa Passion et de sa Résurrection, préserver sa Mère de toute trace de la faute originelle ; Il en a fait une nouvelle Ève sur qui le démon n’aura jamais aucune prise, et à partir de qui tout recommence, tout redevient possible, pour le monde comme pour chacun de nous.
Voilà pourquoi son soutien et son intercession ne sont pas accessoires au chrétien qui veut accueillir la grâce de la Rédemption obtenue par le sang de Jésus, et lutter contre le mal. Elle est l’étoile de la mer – Stella maris – qui nous secourt dans les tribulations comme l’a si bien exprimé saint Bernard : « Ô toi qui te sens loin de la terre ferme emporté sur les flots de ce monde au milieu des orages et des tempêtes, ne quitte pas des yeux la lumière de cet astre si tu ne veux pas sombrer. […] Si tu la suis, tu ne dévies pas ; si tu la pries, tu ne désespères pas ; si tu la consultes, tu ne te trompes pas. Si elle te protège, tu ne crains rien. Si elle te conduit, tu ne te fatigues pas. Si elle t’est favorable, tu parviens au but. » (Saint Bernard, Deuxième homélie Super Missus est, n. 17).
Alors, chers frères et sœurs, pèlerins et malades, qui êtes venus de France comme du monde entier faire cette procession de lumière, fervente et sereine, portons nos intentions les plus chères et les plus pressantes, et présentons-les à Notre-Dame. En la contemplant dans son Immaculée Conception, une joie et une invincible espérance montent dans nos cœurs : car, revêtue du soleil, la lune sous les pieds et couronnée d’étoiles, elle est glorieuse, elle est puissante ; et, en même temps, elle est humble, toute proche de nous. Elle est la mère de Jésus, elle est notre mère.
Discours « Aux racines de l'Europe pour la paix et l'unité » à Metz
[…] Nous voulons entreprendre aujourd’hui, par la pensée, un voyage qui commence aux racines de l’Europe, pour aboutir à son présent, et se tourner vers l’avenir. Et nous nous demandons de quelle manière Robert Schuman a été façonné par l’histoire de cette terre, dont il était le fils, et comment il a fondamentalement contribué à façonner l’Europe moderne, au point d’en être considéré comme un “Père fondateur”.
Mais pour comprendre cette longue histoire, on ne peut passer sous silence un autre Père de l’Europe : saint Benoît, que le saint Pape Paul VI a proclamé son Patron en 1964, le qualifiant de « messager de paix, artisan de l’union, maître de civilisation ». L’aide aux pauvres, aux malades, aux personnes âgées ; l’éducation des enfants et les universités ; les hôpitaux et la médecine ; l’architecture et l’ingénierie ; le développement des sciences ; le droit et l’organisation des villes et des États eux-mêmes : tant de choses, en Europe, ont été profondément influencées par saint Benoît et ses moines ! Sans ce terreau monastique, la civilisation européenne, telle que nous la connaissons, n’existerait pas. Ici, à Metz, grâce à l’œuvre, entre autres, de saint Chrodegang, se respira un esprit bénédictin de fraternité, de communion et de partage. C’est d’ici que le chant grégorien s’est répandu dans les territoires carolingiens, apportant harmonie et beauté à tout le continent. On ne peut donc pas parler de l’Europe sans évoquer le christianisme.
Aux jeunes, je dis : ayez le courage de vivre de manière responsable la mission de construire la paix, dans votre cœur, dans vos relations, au sein de votre famille, dans les écoles et les universités, dans la vie de vos villes, de vos pays et de toute l’Europe. Ne vous soumettez pas à la logique de la violence et de l’oppression. Aimez la vie à chaque instant, et n’ayez pas peur de l’avenir !
N’ayez pas peur de fonder une famille, de mettre des enfants au monde, de défendre la dignité de toute personne, du premier instant dans le ventre de sa mère jusqu’à son dernier souffle. N’ayez pas peur de travailler sans relâche au service du bien de vos communautés, y compris par l’engagement politique. Soyez des bâtisseurs de communautés ! Et avec vous, l’Europe, solidement enracinée, continuera à s’épanouir et à inspirer le monde entier. Que Dieu vous soutienne dans ces résolutions et qu’Il bénisse et protège l’Europe tout entière !
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La phrase :
« personnellement, je me suis vraiment senti béni d’avoir eu le privilège de me rendre en France pour encourager en particulier les jeunes qui, de toute évidence, sont en quête de quelque chose. »
Léon XIV - Conférence de presse au retour de son voyage
Crédits photos : capture d’écran youtube - https://www.youtube.com/@ktotv






